CHAPITRE IH
Méthodes de préparation des pyovaccins
MÉTHODES DE ManNGaAN (Autovaccin). — « Première méthode. — Prendre 1 à 3 centimètres cubes de pus ou de tissu nécrotique, les mélanger à 20 ou 30 centimètres cubes d’eau dans un tube à essai et passer à travers la flamme d’un bec Bunsen jusqu’à ce que la solution commence à se coaguler; filtrer à travers une gaze stérile (3 épaisseurs), ajouter une goutte de phénol. Prendre 1 c.c.5 à 2 centimètres du filtrat pour l’injecter dans le tissu aréolaire de la région pectorale.
« Deuxième méthode. — Une cuillerée de matière purulente (15 c. c.) obtenue en grattant la lésion est additionnée de 180 c. c. d’eau et mélangée soigneusement. Administrer per os.
« Troisième méthode. — Mélanger 1 à 3 c. c. de
A Ve pus à 20 ou 30 c. c. d’eau et abandonner le mélange pendant 8 à 14 heures à la température de la chambre en l'agitant souvent. Filtrer au Berkfeld. Le filrat sera inoculé au poitrail à la dose de 1à 5e. c. 5.
MÉTHODE DE WEINBERG et SEGUIN (Autovaccins).
— (Mettre une quantité de pus ou de sérosité (1/5) en contact avec la solution de Lugol (4/5) (diluée au 1/3 d’eau distillée) pendant 10 à 30 minutes ; le mélange est ensuite centrifugé; le culot est débarrassé de sa partie liquide et repris avec quelques centimètres cubes d’eau physiologique. Le contact avec la solution iodée est prolongé (20 à 30 minutes) lorsque la plaie renferme des éléments sporulés. »
« Les microbes, même sSporulés, ainsi traités sont non seulement désintoxiqués, mais presque toujours tués, comme le montrent les ensemencements des vaccins iodés conservés à la glacière. »
MÉTHODE DE BELIN (Hétérovaccins). — « Aprés badigeonnage des abcès à ponctionner avec de la teinture d’iode, recueillir le pus dans un flacon bouilli d’une capacité telle qu'après l'addition de quatre parties d’éther, il soit à demi rempli ; ajouter l'éther progressivement : agiter très énergiquement jusqu'à homogénéisation ou dissociation aussi complète que possible du pus recueilli; pratiquer, quand on se {rouve en présence d’un pus très consistant, le broyage avec une pince à forcipressure. Au bout de 18 à 24 heures, ajouter à peu près autant d’eau bouillie froide qu’il a été mis d’éther et le vaccin est prêt.
Il présente l'avantage de rester stérile, malgré les souillures possibles lors de l’utilisation dans des conditions défectueuses. La préparation est extrémement simple. » (VELU.)
Belin précise les avantages de son pyovaccin dans les termes suivants :
« Ce pyovaccin est absolument inaltérable grâce à l'éther qu'il contient, ce qui nécessite évidemment l'emploi de flacons soigneusement bouchés (bouchons recouverts de vaseline) pour éviter son évaporation. L’éther a sur l’iode l'avantage de pouvoir être maintenu au contact du vaccin, et de pouvoir être injecté sans inconvénient en même temps que celui-ci. On évite ainsi une centrifugation et on obtient très facilement un vaccin actif et inaltérable. »
Belin a donné récemment une DEUXIÈME MÉTHODE DE PRÉPARATION DE PYOVACCIN.
« Le pus est recueilli dans un flacon stérile. On y ajoute un volume égal d’éther ; on agite jusqu'à ce que la matière purulente soit bien dissociée et on complète ce mélange en 2 ou 3 fois, par 6 parties d'eau iodée à 1 p. 1000:
LOTO Ne NS seules 1 gramme lodure de potassium ... 4 grammes JANET Se on D MES 1000 grammes
« On filtre sur plusieurs lames de gaze, et une demi-heure après, ce pyovaccin peut être employé. « Ces pyovaccins.. sont constitués par des mélanges de pus provenant de {rès nombreuses souches... »
MÉTHODE DE VELU (Hélérovaccin). — « Prélever
A CISE le pus des lésions fermées par aspiration dans une seringue bouillie à laquelle on aura adapté une aiguille de gros calibre ; les poils seront coupés et la peau désinfectée à la surface de l’abcès avant la ponction. Si l'on ne possède pas d’aiguille assez forte où si la consistance du pus n’en permet pas l'emploi, on coupera les poils, désinfecterarà la teinture d'iode. Après une toute petite ponction au bistouri, on fera sourdre par de légères pressions sur les lésions, les produits puriformes qui seront immédiatement aspirés avec la seringue non munie d'aiguille.
« Il convient de recueillir, en outre, à la surface des lésions ouvertes, entre les craquelures des croûtes qui les recouvrent, les liquides (pus ou sérosilé) qui s'y collectent. Ce prélèvement sera fait aussi proprement que possible avec la seringue, sans aiguille.
« Après évaluation exacte du volume par simple lecture sur la seringue, tous ces produits pathologiques seront réunis dans ün flacon préalablement bouilli, et renfermant une petite quantité (également mesurée, quelques centimètres cubes) d’éther et de sérum physiologique phénolé à 5 p. 1000. Par agitation vive du flacon, on obtiendra en quelques instants un mélange bien homogène. On opérera rapidement de façon à éviter la coagulation du pus ; dans le cas où le mélange n'aurait pu être fait immédiatement et où cette coagulation se serait produite, il sera toujours possible de fragmenter le caillot par agitation avec des billes de verre.
Rte
« On réunira, dans un même flacon, les produits prélevés sur divers malades. Pour préparer le vacein, il n'y aura plus qu'à ajouterles quantités d’éther et de sérum physiologique phénolé à 5 p. 1000 nécessaires pour que les constituants du vaccin soient entre eux dans les rapports suivants :
ER SAC ON DE Re NS ER PATES 1 ET en ARR An MA eee 1,5 Sérum physiologique phénolé .......... 10
« La filtration sur gaze stérile (4 à 6 épaisseurs) complètera cette préparation en éliminant les particules les plus grossières. » (VELU).
MÉTHODE DE VAN SACEGHEM. — Aux injections sous-cutanées de pus traité à l’éther, Van Saceghem substitue les injections intraveineuses de pus émulsionné dans l'huile. « Au pus recueilli aussi proprement que possible, on ajoute à volume égal, huile et éther sulfurique. Le tout est versé dans une bouteille. On agite vigoureusement de façon à obtenir un mélange bien homogène qu’on passe sur une fine mousseline et reverse ensuite dans une bouteille qu'on ferme hermétiquement. On agite plusieurs fois par jour, de manière à bien remélanger le pus avec l'huile et l’éther qui surnagent. Après 48 heures, ce pus peut être injecté. Au moment de l'emploi, on décante soigneusement le liquide qui surnage, on aspire le pus avec une seringue et on injecte directement dans la veine jugulaire. » (VELU.)
Tous ces procédés de préparation des pyovac-
cins se ressemblent dans les grandes lignes. Notons seulement que Mangan, Weinberg et Seguin ont utilisé des autovaccins, alors que Velu, Belin et van Saceghem ont employé des hétérovaccins.
CHAPILRE IN
Effets cliniques immédiats des injections de pyovaccin
L'injection sous-cutanée ou intraveineuse d’une dose convenable de pyovaccin détermine plus ou moins rapidement une réaction de l'organisme qui se traduit par des signes cliniques très nets au niveau des lésions.
On constate d’abord l'apparition d'une phase négative. Il y a aggravation de tous les symptômes. La suppuration augmente considérablement. L'hypersensibilité des lésions inflammatoires est notablement exagérée ainsi que l’œdème. Cette phase dure 3 ou 4 jours, quelquefois 5 ou 6. Son intensité varierait, d’après Velu, avec la dose de pyovaccin
employée. C'est un point que nous n'avons pu vérifier.
La phase positive remplace alors la phase négative, — « L’œdème se résorbe, la douleur s'atténue,
pe le tissu réactionnel se densifie ; les sécrétions se tarissent à tel point que le pansement local antiseptique devient presque inutile ou ne demande à être renouvelé qu’au bout de 3 ou 4 jours ; la cicatrisation se fait avec une rapidité qui étonne. Cette phase dure en moyenne 4 à 5 jours, mais elle peut varier de 0 à 10 jours, dans des conditions qui n'ont pas encore été précisées. Lorsqu'elle est terminée, la maladie reprend son cours normal. Une nouvelle injection entraîne alors l’évolution des mêmes phénomènes ; mais si elle est faite avant la fin de la phase positive, la phase négative consécutive se produit avec un certain retard ; elle est peu intense et de plus courte durée que lors de la première injection ; elle peut même ne pas exister.
« Le problème du traitement par la pyothérapie se réduit donc à rechercher les doses convenables et les intervalles au bout desquels elles doivent être renouvelées pour déterminer des phases négatives insignifiantes et des phases positives prédominantes.
« Il a été résolu de plusieurs façons par les auteurs qui ont établi des techniques de la pyothérapie.
« Le pyovaccin n’entraine d'ordinaire aucune réaction générale de l’organisme ; les malades ne présentent jamais ni abaltement, ni inappétence. On a cependant constaté quelquefois (Belin, Chanier, Franc) des manifestations générales ; elles sont exceptionnelles sauf dans la méthode de Van Saceghem. Cet auteur estime même qu'une bonne réaction générale est indispensable pour obtenir des effets curatifs dans la lymphangite ulcéreuse.
PS ÉjRe
« In'est pas rare d'observer des réactions locales au point d'inoculation des pyovaccins (VELu). Belin les attribue au mode défectueux de stérilisation du pus. M. le Professeur Vallée estime qu'il s’agit de phénomènes d'allergie et que les produits bactériens utilisés au titre thérapeutique sont accueillis par l'organisme comme la tuberculine et la malléine.
« Il est peut-être possible d'attribuer aussi un rôle aux protéoferments d’origine leucocytaire. » (VELU).
Plus récemment, Belin rapporte ces réactions à «un élat de microbiose latent ; des spores atoxiques pouvant être véhiculées assez longtemps dans l’organisme ; mais à la faveur de l'injection de diverses substances, l'affection peut se déclancher, comme Sanarelli vient de le montrer pour le charbon. » (Communication personnelle inédite 1925).