‹ Contribution à l'étude de la pyromanieChapitre 10 sur 30 · V... était un enfant abandonné, élevé par l’hospice · texte numérisé non relu

V... était un enfant abandonné, élevé par l’hospice

de Dijon ; on ne savait rien de sa famille. Tous les maîtres qu'il avait servi étaient unanimes à louer hautement ses facultés intellectuelles ; on le considérait comme un domestique précieux, sachant tout faire. Quant à son caractère, les avis étaient partagés : les uns le présentaient comme un homme irritable, violent, méchant et buveur ; les autres comme un modèle de douceur, d’obéissance et de sobriété. En rapprochant les dates nous nous aperçumes que les premiers avaient été ses maîtres bien avant et les autres l’avaient eu à leur service deux ans après. Il était dès lors démontré qu'une transformation complète s’était opérée dans sa manière d’être. De ceux qui, l'ayant eu chez eux les trois dernières années, faisaient l’éloge de son caractère, tandis que quelques-uns le dépeignaient comme un garçon gai, Jovial, aimant à rire, d’autres le représentaient taciturne, sombre, fuvant la société, aimant à parler sans cesse de feu et à raconter qu'il avait reçu une récompense pour acte de dévouement dans un incendie. Or, ici encore, en rapprochant les dates, il était facile de s’apercevoir que les dispositions noires de son esprit, son besoin de parler d'incendies coïncidaient avec les époques des crimes et que son humeur jJoviale se manifestait dans l'intervalle. V... avait eu, à des mois de distance, il est vrai, mais enfin il avait eu jusqu'à l’âge de seize ans, des attaques d'épilepsie. Depuis cet âge, elles ne s'étaient plus montrées.

Il y a certainement dans ce cas des données suffisantes pour diagnostiquer la pyromanie. L'absence de tout mobile, la coïncidence des crimes avec la tacitur-

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nité et le besoin de parler d’incendies, alors que d'ordiraire le sujet était gai et expansif, indiquaient clairement le travail morbide qui, à certains moments, s’opérait dans le cerveau de V. Ses impulsions irrésistibles sont liées chez lui très probablement à une transformation de l’épilepsie (cette dernière s’est manifestée par une seule crise à l’âge de seize ans). Les impulsions en vertu desquelles il mettait le feu n'ont pas pris naissance sur un terrain de dégénérescence favorable à leur diversité, et pour expliquer leur raison d’être chez l’inculpé on doit admettre, qu’elles étaient alors produites par la transformation de son épilepsie convulsive en épilepsie psychique ; on trouvera déjà dans ce fait la raison d’un doute motivé. Le propre de la folie épileptique, transformée ou non, n'est-il pas, en effet, d'amener chez le sujet à chaque accès convulsif ou psychique, la répétition des mêmes actes.

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