OBSERVATION IV
(RoussEAU.)
P... Martine nous est arrivée de la prison d'Auxerre où elle avait été écrouée sous l’inculpation d'incendie volontaire. En effet, le 28 juin, elle avait mis le feu à la maison où elle travaillait comme apprentie et le 20 septembre, dans l'habitation même de ses parents. Le premier incendie avait été éteint avant qu'il ait pu occasionner des pertes sérieuses, et l’on n’a pas su d’abord quel en était l’auteur. Quant au second, il
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avait été plus important, les circonstances dans lesquelles l'acte criminel avait été accompli amenèrent la preuve certaine de sa culpabilité. Elle nia d’abord avec énergie ; puis accablée par l'évidence, elle fit des aveux complets et déclara en même temps que l'incendie initial était son œuvre personnelle. Elle vivait en très bonne intelligence avec ses parents et n’avait qu'à se louer de sa maîtresse. Aussi lui était-il impossible d'expliquer sa conduite. Cependant, elle se souvient que sa maîtresse lui avait donné un Jour un soufflet et elle suppose que cette injure aurait pu lui inspirer des sentiments de vengeance. Une fois en prison ses facultés intellectuelles ne présentèrent rien d’anormal, sa conduite ne laissa rien à désirer, elle s’occupa régulièrement. Mais elle ne tarda pas à se livrer à des bizarreries qui attirèrent l'attention des gardiennes. Elle se montrait triste, répondait à peine aux questions qu'on lui adressait, fuyait toute société et recherchait la solitude. Elle se balançait automatiquement sur sa chaise dont elle entourait un des pieds de morceaux de chiffons pour ne pas faire de bruit. Tout cela finit par paraître si étrange qu'on crut devoir charger un médecin d'examiner son état mental.
P... venait d’avoir seize ans quand eïle mit le feu pour la première fois. Elle était d’une taille petite, ses organes étaient bien conformés, sa santé physique excellente, ses facultés intellectuelles bien développées. Elle savait lire et écrire convenablement, son caractère était doux et timide. Pendant que nous l’interrogions, elle ne faisait que pleurer et non seulement elle ne cherchait pas à se défendre, mais elle mettait tous
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les torts de son côté. D'autre part, elle fut impuissante à faire comprendre pourquoi elle s'était attaquée directement à sa famille et elle déclare que depuis son incarcération elle éprouvait un ennui profond, que les oreilles lui sifflaient et qu'elle était obsédée par des idées de suicide.
Après ces recherches d’un ordre purement moral, nous dirigeâmes toute notre attention sur les grandes fonctions physiologiques et la lumière se fit pour ainsi dire instantanément à notre esprit. Elle avait été réglée la première fois le 28 juin, la deuxième fois le 20 septembre de la même année et la troisième fois le 16 mars. La coïncidence était frappante, puisque la première et la seconde de ces dates correspondaiïent exactement à celles des incendies. Alors, avec les plus grands ménagements et sans jamais lui poser une question qui ait pu la guider, nous sommes parvenus, en faisant appel à sa mémoire pour ainsi dire, heure par heure, à reconnaître un processus pathologique parfaitement caractérisé et à en reconstituer pièce par pièce tous les éléments fondamentaux.
La première manifestation menstruelle avait été précédée trois jours à l'avance de phénomènes nerveux d’une violence extrême. C'était un ennui accablant, un malaise général, une anxiété insupportable, des céphalalgies accusées, des douleurs dans toute l’étendue de l’abdomen. Toute occupation était imposisble et elle ne pouvait pas même rester en place. La nuit, loin de lui apporter du soulagement, augmentait encore sa situation ; l’insomnie était complète et elle entendait des chuchotements qui l’effrayaient et la faisaient trembler. Elle eut ensuite la perception de voix