RARES
confuses qui peu à peu devinrent parfaitement distüinctes. Elles lui disaient : « Mets le feu, mets le feu » et lui répétaient continuellement le même ordre. Elle résista pendant vingt-quatre heures, mais sa volonté devint impuissante à continuer une pareille lutte et elle succomba le jour même où le phénomène le plus important de la puberté venait de se révéler. Lorsque l'acte criminel fut accompli, l'angoisse, les hallucinations disparurent et tout rentra dans l’ordre. Un mois après, le flux cataménial se reproduisit et les choses se passèrent sans aucun incident. Enfin, lorsque les règles se montrèrent pour la troisième fois, elle avait éprouvé durant trois mois consécutifs de l’insomnie ainsi que des sifflements dans les oreilles et pendant la nuit qui précéda cet incendie, l’anxiété et les troubles sensoriels s'étaient reproduits avec le même carectère que lors de ses premières règles.
Elle habitait alors chez ses parents, et c’est dans cette même nuit que n'y pouvant plus tenir, elle se leva avec la ferme intention de mettre le feu. Mais elle fut saisie d'horreur en pensant à ce qui pouvait arriver à sa famille. Elle fit un effort surhumain et alla se remettre au lit, abandonnant ainsi un dessein dont elle devait poursuivre inexorablement l'exécution quelques heures plus tard. Cet accès fut la reproduction exacte du premier, avec cette différence toutefois que l'angoisse persista tout le temps de l'écoulement menstruel, c’est-à-dire pendant trois jours environ.
En examinant les différents organes de cette jeune fille, on les trouve indemnes de toute lésion appréciable ; mais la sensibilité est complètement éteinte.
rase
L'anesthésie est générale et se remarque sur la peau et sur les muqueuses. Ni la douleur, ni la température, ni le chatouillement ne sont perçus. On peut même lui passer des corps légers sur la conjonctive oculaire sans déterminer le moindre mouvement réflexe. Reconnue aliénée, elle est transférée à l'hôpital psychiatrique d'Auxerre. Son état mental parut d’abord aussi satisfaisant que possible, mais vers la fin de la première quinzaine, elle tomba dans une profonde mélancolie. Les nuits devinrent très mauvaises, elle s’accroupissait sur son lit, les yeux grands ouverts et s’entretenait avec ses parents. Le lendemain elle avait perdu le souvenir de tout ce qu'elle avait fait. Le 14 août les règles réapparurent et elle fut prise d'un violent accès d’agitation : rire convulsif, blasphèmes, cris aigus. Elle supplia qu'on lui appliquât la camisole, disant qu'elle allait commettre quelque catastrophe.
Le 18 août le calme est revenu, mais elle se plaint de violents maux de tête.
À partir du mois de septembre, elle éprouve encore quelques accès d’agitation, mais ils diminuent de fréquence et d'intensité. Ils coïncident invariablement avec l’époque menstruelle et l’anesthésie est toujours aussi profonde. En même temps elle ressent de violentes douleurs abdominales.
Le 26 janvier, elle est calme, laborieuse et manifeste les meilleurs sentiments. Les règles surviennent sans incident. Elle assure qu'elle n’a plus envie de mal faire et que, depuis les actes odieux qu’elle a accomplis, l’idée de mettre le feu ne lui est jamais
Lee
revenue, même quand elle était le plus malade. La sensibilité persiste au même degré.
Le règles n’ont pas reparu depuis le 26 janvier. Il existe des troubles digestifs et elle accuse des vertiges mcessants. Le 21 mars l'écoulement menstruel très abondant est apparu pendant la nuit dernière.
Le 14 mars, il se produisit un phénomène remarquable : l’anesthésie, qui était complète et générale, a disparu et la sensibilité s’est réveillée brusquement.
Depuis, la situation de cette jeune fille s’est progressivement améliorée et tout chez elle est rentré dans l’ordre. L'examen a permis de constater que l’utérus est tout à fait dans son état normal, sans congestion appréciable, le col est souple et l’orifice externe est parfaitement régulier.
Elle est restée soumise à une observation attentive pendant près de deux mois et comme ses fonctions physiques et ses facultés psychiques ne laissaient plus rien à désirer, elle sortit par guérison de l'hôpital psychiatrique le 31 mai. à