OBSERVATION VI (G.-L. WARNER
E..., célibataire, âgé de 18 ans, entre à l'hôpital psychiatrique le 5 juin 1931 venant de la prison où il avait été incarcéré pour incendie.
Il a été arrêté le 17 avril 1931 au moment où il sor-
tait d’une maison d'habitation dans laquelle un incensic venait de se déclarer.
I avait mis le feu à deux voitures d'enfant placées dans le corridor de cette maison, il avoua plus tard que pendant une période d'environ six semaines, il avait mis le feu à des voitures d'enfant dans les coukärs de nombreuses habitations.
À l'entrée, il paraît assez déprimé, mais il a conservé une personnalité intacte et raisonne avec logique. Il n'existe aucun trouble dans le mécanisme de sa penc£e I] dit n'être sujet ni à des illusions ni à des hallucinations. Maïs il est incapable de donner la plus minime raison susceptible de nous éclairer sur le mobile de son acte criminel. Il nous explique qu'il a imcendié en cédant à une poussée intérieure ; et, visiblement désireux de nous aider, nous donne jes informations suivantes concernant sa vie privée, sa famille, et enfin les événements consécutifs à ses crimes.
Il a trois sœurs et deux frères, il est le cadet de sa famille, étant né lorsque son plus jeune frère avait déjà treize ans. [I fut très choyé, particulièrement par sa sœur aînée qui l’entoura de ses meilleurs soins durant son enfance (il se souvient que ce fut elle qui le soigna au cours d’une maladie grave de la <econde enfance, mais il ne peut nous donner aucun renseignement précis concernant cette affection).
Quand il eut sept ans, sa sœur s'enfuit de la maison paternelle et se maria. Elle se fixa dans un appartement proche de celui de ses parents, et elle eut de nombreux enfants. Il nous explique alors qu'il fré-
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quenta assidûment la maison de sa sœur et aida celle-ci à s'occuper de ses enfants.
Malgré le retard scolaire causé par cette maladie sérieuse, qui nécessita une longue convalescence, il travailla, fit de rapides progrès et passa ses examens de second degré avec succès à l’âge de quinze ans. II quitta l’école, devint apprenti plombier. Ce métier ne lui plaisant pas, il le délaissa et devint maître d’hôtel ; mais fut congédié de cette place quelques mois plus tard parce qu'il s'était livré à un trafic de liqueurs avec certains clients de l'hôtel. Depuis, il avait vécu dans l’oisiveté et une nuit, tandis qu'il sortait d’un bal et s’apprêtait à rentrer chez lui, il fut accosté par un homme d’une trentaine d'années qui, après lui avoir demandé une allumette, lui proposa d’accomplir l’acte sodomique avec lui. E... céda et l'acte eut lieu dans le couloir obscur d’une grande maison dans lequel ils s'étaient cachés. Il éprouva à la fois du plaisir et de la douleur, s’étonna que la sensation fut telle, mais ne se soucia pas de la renouveler.
N'ayant pas de travail et étant incapable d’en trouver, il était devenu mélancolique, ne s’intéressait à rien et attribuait à l’acte pervers auquel il s’était anté: rieurement livré d’avoir provoqué un tel état de choses.
Quelques semaines plus tard, il rencontra des camarades qui le prièrent de les accompagner dans une maison de danse. Sur le chemin du bal, il s’arrêta dans le corridor d'une maison pour allumer une cigarette. Apercevant une voiture d'enfant dans le couloir il fut saisi pour la première fois de l’idée d'y mettre le
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feu ; il réalisa immédiatement son idée en enflammant des papiers qu'il avait placé dans le fond de la voiture. Il continua à se livrer à cette pratique (mais il insiste sur le fait qu'il n’incendia des voitures d’enfant que dans la rue qui conduisait au bal où il s'était rendu lors de son premier incendie) au rythme de deux ou trois incendies par semaine. Îl ajoute qu'il mettait le signal d’alarme en marche, mais qu'il n’attendait jamais l’arrivée des pompiers, car à ce moment-là il ne portait plus aucun intérêt à l’acte qu'il venait d'accomplir.
Après chacun de ses incendies, il rentrait directement à sa chambre, se couchait et s’endormait profondément. Il nous dit combien il essayait de résister à cette impulsion au feu, mais il était toujours finalement contraint de céder et qu'ensuite il éprouvait un très réel soulagement.
Nous avons noté que le fait d’avoir détruit la propriété d'autrui n'avait jamais éveillé chez lui aucun remords.
Le malade nous assure n'avoir jamais fréquenté aucune femme. Il nie, d’autre part, qu'aucune émolion sexuelle ou autre sensation de même nature ait accompagné son acte criminel ; mais il signale que durant toute la période où il s'était livré à ces incen- Tes il ne s’était pas masturbé et n'avait pas présenté d'éjaculations nocturnes. De plus, il avoue que l'idée de se masturber ne l’avait jamais obsédé pendant cette période. E... pratiquait la masturbation depuis l’âge de 14 ans, mais il ne s’adonnait pas à cette pratique sans être tourmenté par des scrupules. Il s'était ef-
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fnscé de résister à la tentation parce qu'il craignait que cette mauvaise habitude nuisit à sa santé. Il se hvra plus fréquemment à son plaisir solitaire lorsqu'il eut perdu sa place, avant beaucoup plus de temps à d'sposer pour ses loisirs ; mais il se tracassait à cause de cela et avait décidé de cesser cette pratique obsédante enviren un mois avant d'allumer le premier incendie. Cette suppression brutale réclamait une énorme puissance de volonté, et souvent il eut la sensation d'une tension considérable et fut sur le point de céder. Ii éprouvait un réel soulagement et une détente de cette tension chaque fois qu'il allumait un incendie, comme précédemment il en éprouvait après la masturbation ; et cette analogie est d'autant plus significative qu'il avait perpétré son premier incendie sur le chemin du bal ane soirée où, après avoir longtemps dansé avec la même femme, sa tension sexuelle avait été particulièrement forte et avait joué le rôle de mécanisme déclancheur.
Ces faits montrent que nous sommes en présence d’un phénomène de remplacement. L'acte incendiaire avait été inconsciemment substitué et avait revêtu les caractères de l’acte onaniste.
Mais pourquoi le feut fut-il choisi comme objet substitutif et pourquoi était-il essentiel que notre malade détruisit une voiture d'enfant situé dans un corridor d'immeuble. Cette intime association des idées « feu » et « sexualité » dans le subconscient de notre sujet doit nous aider à trouver la solution du problème.
Notre malade n’a jamais montré pour le feu et les
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engins à feu un intérêt différent de celui d’un garçon normalement constitué. Il n'avait jamais mis le feu avant cette suite d'incendies pour laquelle il est examiné. Le seul incendie important dont il se souvient se produisit près de sa maison quand il avait dix ans et cela ne semble pas avoir fait une impression notable sur Jui. Il ne peut se souvenir de rêves dans lesquels le feu aurait tenu une place prépondérante. Il est incapable de se rémémorer aucun incident dans lequel, soit le feu, soit une voiture d'enfant, ait joué un rôle appréciable. Il n’y avait Jamais de voiture d'enfant dans le couloir d’entrée de la maison où il fut élevé, parce qu'il y avait un avis défendant leur stationnement par crainte des incendies.
Ainsi l’idée de voiture d'enfant avait toujours été associée dans son esprit à l’idée de risque d'incendie. Cela peut être significatif.
D'autre part, l'attaque homo-sexuelle dont il fut l’objet quelques semaines auparavant, dans un corridor, a dû jouer un rôle non seulement dans l’accroissement de sa tension sexuelle mais aussi dans le choix du lieu où l’acte transféré se serait accompli.
Il nie tout sentiment de contrainte, de réticence, pouvant se rapporter à son comportement antérieur vis-à-vis des enfants de sa sœur.
Peut-être a-t-1l inconsciemment ressenti l’usurpation de ses intérêts au profit de ses autres frères et sœurs ? Ce sentiment a-t-il été reflété dans son impulsion à détruire les voitures d'enfant ?
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