OBSERVATION VII (G.-L. WARNER
Pb:
pital psychiatrique venant de la prison où il avait été
…, célibataire, âgé de 31 ans, est admis à l’hôincarcéré pour crime d'incendie.
À son entrée, il paraît un peu déprimé et ému, il est visiblement tracassé par la situation difficiie dans lequelle il s’est mis ; il se soucie fort de son devenir. Sa personnalité est intacte, il raisonne logiquement et n’a jamais présenté ni allusions ni hallucinations, exceplé lorsqu'il se trouve en état de dépression et que, méditant, il entend la voix de sa mère l’exhortant à se bien conduire seul et à ne jamais perdre courage.
Il est enfant naturel mais il n’en a pas eu connaissance avant vingt-et-un ans. Il est l’aîné d’une famille de cinq enfants et se souvient que son père présumé était très sévère avec lui et qu'il le maltraitait. Sa mère l'avait toujours protégé et défendu, mais il fut contraint de la quitter et de gagner sa vie, étant encore très jeune. Cependant, il continua à fréquenter l’école toute une année, puis il passa ensuite deux ans à l’école du soir pour étudier le commerce ; enfin, comme preuve de sa persévérance et de sa bonne volonté, nous ajouterons qu'il fut employé pendant six ans et demi par la même maison.
Il vivait avec une femme qui mourut à l’âge de dixneuf ans, mais il n’entretint vraisemblablement avec elle que des rapports de pure amitié, car il n'avait aucune expérience sexuelle et ignora tout de cette
Lt
tp
question jusqu'à vingt-et-un ans. À cet âge, il fut le témoin involontaire d’un rapport sexuel entre une femme et un homme, et il éjacula avant, dit-il, d’avoir réalisé pleinement le spectacle qui s'offrait à lui. Il ne confia cette petite aventure à personne, mais par la suite il se masturba avec une fréquence croissante.
Sa mère mourut à ce moment et il ressentit très vivement cette perte. Peu après, il fut l’objet d’une condamnation pour avoir insulté un homme qui l’avait traité de bâtard ; ayant jugé que cette réflexion était injurieuse pour la mémoire de sa mère.
Il n'eut plus d'histoires avec la justice jusqu'en janvier 1927, date à laquelle il fut arrêté et accusé d'incendie. Il avoua avoir provoqué de multiples petits incendie, lesquels d’ailleurs il était capabie d’éteindre après qu'il se fût masturbé. Antérieurement à ces faits, il avait présenté des éjaculations nocturnes en rêvant de feu, mais résista aussi longtemps qu'il le pût à la tentation de transposer ses rêves sur le plan de la réalité. Il purgea sa peine puis changea de ville en février 1930. Il vécut dans cette nouvelle cité en compagnie d’amis d'autrefois, il travailla dans une maison de commerce, puis varia ses occupations par la suite. Sa conduite ne laissa rien à désirer jusqu'en septembre 1931, date à laquelle il fut arrêté à nouveau pour vol.
Il chômait depuis deux mois et se trouvait sur un chemin de la banlieue ; il s'était rendu à cet endroit avec l'espoir, d’ailleurs vain, de trouver du travail. I était découragé et rentrait chez lui par le métropolitain. Subitement, pour une cause inconnue, il quitta
NS
le métropolitain à une station située à trois kilomètres de sa destination et décida de continuer son chemin à pied. Il marchait sur ie trottoir en longeant les maisons, lorsqu'il aperçut une fenêtre ouverte et fut brutalement saisit par l’idée de pénétrer dans l’appartement. Il recula, s’efforça de lutter contre cette idée obsédante, mais il fui finalement contraint d'entrer, il s’introduisit dans une chambre obscure. Il fouilla les meubles et réunit machinalement quelques bijoux, mais présenta subitement un accès d'érotisme, excité, dit-il, par la situation dans laquelle il se trouvait. Il s'arrêta alors et se mit à se masturber. Il commençait à réaliser les réelles conséquences de son attitude et se disposait à laisser là son aventure quand la sonnette de la porte d'entrée retentit. Il s’échappa par la fenêtre, mais fut rejoint et saisi par les policiers.
I avoua avoir auparavant éprouvé une telle contrainte à commettre des actes analogues, mais il avait Jjusque-Rà résisté avec succès et s'était soulagé de cette obsession en se masturbant. Cette forme d’impulsion avait évidemment remplacé l'impulsion du feu. Il avait toujours réussi à réprimer cette dernière, mais il n'en continuait pas moins à rêver de feu et à présenter des éjaculations concomitantes.
Le malade se souvient d’un événement de sa seconde enfance qui l'avait particulièrement frappé. Il avait alors quatre ans, le logement qu'il habitait avec sa famille prit feu et il se souvient distinctement avoir été secouru avec sa mère et son plus jeune frère.
\ la suite de cet accident, il rêva fréquemment de feu, et c’est à ce moment qu'il présenta de l’énuresie
qui dura jusqu'à l’âge de douze ans et ne se produisit plus par la suite que lorsqu'il rêva de feu. La grande frayeur qu'il éprouva lors de l'incendie de son habitaüon et le choc émotif de sa première expérience sexuelle à l’âge de vingt et un ans peuvent expliquer cette étroite association qui se créa dans son esprit entre le feu et sa sexualité.
Mais ici apparaît un nouveau rapport avec le souvenir très vif de sa mère. En effet, quelques mois après la mort de celle-ci, il eut pour la première fois un rapport sexuel avec une prostituée et il le répéta à trois ou quatre reprises, mais avec une certaine réticence, craignant la contamination vénérienne. Les femmes plus jeunes que lui ne l'avaient jamais attiré, et dans toutes ses expériences sexuelles, que ce soit dans le domaine du rêve ou dans celui de la réalité, il avait toujours choisi des femmes beaucoup plus âgées que lui. La dernière femme avec laquelle il avait vécu et pour qui il éprouva une affection très marquée était une veuve ayant un enfant ; une femme non seulement plus âgée que lui, mais vis-à-vis de laquelle il aimait à se comporter comme un enfant ainsi qu'il le faisait quand il vivait sous l’heureuse protection de sa mère. Cette femme, assure-t-il, avait été le personnage actif dans l'établissement de leurs relations sexuelles.
I nous fit ensuite le récit du souvenir qu'il à de sa première éjaculation nocturne concomitante de son rêve de feu : il rêvait qu'il était couché avec une femme, qu'il avait un rapport sexuel avec elle, lorsque le feu éclata dans une pièce contiguë à la leur. Lui et