‹ Contribution à l'étude de la pyromanieChapitre 20 sur 30 · I. —— L'INDIVIDUALITÉ DU PYROMANE · texte numérisé non relu

I. —— L'INDIVIDUALITÉ DU PYROMANE

La psychiatrie doit mettre à jour le traumatisme grave que peut recevoir un psychisme par le spectacle d’une meule ou d’un toit incendiés, d’une grande flambée dans le ciel nocturne, dans l'infini de la plaine labourée. « Presque toujours l'incendie dans les champs est la maladie d’un berger. Comme des porteurs de sinistres flambeaux, les hommes de misère transmettent d'âge en âge la contagion de leurs rêves d'isolés ».

Un grand nombre d'incendies se produisent en effet à la campagne. Les pyromanes sont presque toujours des paysans. Quatre de nos observations sur sept sont celles de gens de la campagne. C’est là une règle à peu près générale ; la pyromanie est presque inconnue en ville.

Pourquoi le pyromane est-il un terrien ? La couleur d’un délire est vraisemblablement empruntée au mileu où vit le délirant. L’obsession-impulsion n'estelle pas conditionnée par la connaissance des choses que peut avoir le sujet et par l'habitude qu'il à de se servir de ces choses ? Ainsi le suicide se réalise actuellement à Paris par la projection sous une rame de wasons du métropolitain ; la défenestration, la chute du

haut de l'Arc de Triorsphe ou de la colonne de la Basülle deviennent exceptionnelles, alors qu'il y a trente ans elles étaient fréquentes.

L'homme des champs, en état de délire ou d’obsession, orientera son délire vers les choses de la terre : l’eau et le feu, les principaux éléments de sa connaissance et de ses sensations ; ce qui établit un rapport net avec son degré d'évaluation intellectuelle.

La raison, pense Marandon de Montyel, réside surtout dans l’imitation. « Les maladies mentales ne sont pas à point des espèces déterminées qu’elles aient chacune une étiologie spéciale, elles relèvent toutes de mêmes causes et la forme qu'elles revêtent est plutôt déterminée par des influences secondaires. Ainsi les héréditaires ne viennent pas au monde avec une prédisposition à la manie ou à la lypémanie, ils naissent avec une prédisposition à une maladie mentale quelconque qui évoluera ou n'évoluera pas, selon les circonstances et les milieux ; et qui, évoluant, aboutira à telle ou telle forme morbide, selon ces circonstances et ces milieux. L'imitation n’est en effet, en dernière analyse, au moral comme au physique, que le résultat de cette propriété qu'a la cellule nerveuse de reproduire, comme par une nécessité impérieuse, ce qui l’impressionne et nécessite pour se manifester une impression et une prédisposition normale dans l’ordre physiologique, morbide dans l’ordre pathologique ».

En ce qui concerne nos malades, la prédisposition existe, les pyromanes sont des héréditaires, c’est-àdire des dégénérés à intelligence souvent faible et c’est le propre de la dégénérescence psychique que de

donner naissance à des impulsions. Le cerveau du déficient intellectuel sera sensibilisé, sera apte à réagir à l'impression (les incendies à la campagne sont un plus grand sujet de préoccupation que dans les villes et sont l’objet de craintes continuelles). De plus, l’influence de récits d’incendies peut, comme nons l'avons vu, jouer un rôle considérable. L'impression aura déterminé la forme.

IT. —— Son ÉTAT INTELLECTUEL.

Les pyromanes accusés et arrêtés nient le plus souvent leur culpabilité ; et même devant le psychiâtre chargé de pratiquer leur examen mental, ils persistent à ne rien avouer ; ils gardent « leur secret ». Il devient très difficile pour le médecin expert d'apprécier à sa juste valeur la responsabilité d’un individu sain d’esprit lors de l'expertise et qui se refuse à donner le moindre renseignement sur ses dispositions psychiques au moment de l'incendie.

Mais cet examen mental permettra de distinguer le degré de différenciation intellectuelle du prévenu et de constater chez lui des stigmates physiques de dégénérescence, s’il en présente. Toutefois, il permettra rarement d'obtenir des renseignements sur les phénomènes d'ordre moral et intellectuel qui se déroulaient dans son esprit tandis qu'il faisait le geste criminel. Or ce sont ces mêmes phénomènes que le médecin psychiâtre doit essayer de préciser.

r La

Le degré d'évolution intellectuelle, la dégénéres-

Le r

cence physique révélatrice d’une certaine dégénéres-

PTE

cence psychique, découverte par l'observation du sujet, ne nous fourniront aucune donnée positive pour affirmer ou infirmer la pyromanie.

L'opinion publique est le plus souvent unanime à déclarer que ces individus n’ont Jamais donné aucun signe de folie avant leur impulsion vésanique. Mais elle aussi unanime pour les déclarer originaux, instables, bizarres, quelquefois faibles d'esprit. On rencontre assez souvent la pyromanie chez les gens réputés « innocents ».

Trois de nos sujels observés sont dans ce cas. Ne doit-on pas en déduire que l'expert est autorisé à se méfier des incendiaires qui auraient la réputation d'être hien doués du point de vue intellectuel ? Mais il ne faut pas ériger cette question en principe, nous avons quatre observations d'individus chez lesquels ie diagnostic de pyromanie a été porté et chez lesquels on se trouve en présence d’un intellect tout à fait normal.

La pyromanie, telle que nous la concevons, avec ses hésitations, ses luites intimes, sa préméditation et sa ruse, se concilierait mal avec la symptomatologie de l'insuffisance intellectuelle marquée, voire même de l’idiotie dans laquelle les incendies sont le résultat de l’inconscience et de la bêtise la plus pure.

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