‹ Contribution à l'Étude de la Question du Déterminisme SexuelChapitre 10 sur 24 · ENTRE · texte numérisé non relu

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De Buffon, moins excusable, car les découvertes de de Graaf et les travaux de Verheyen, Ruysch, Fallope, Lœwenhaard, avaient donné à la question une tournure plus scientifique, de Buffon admettait encore que le rapport quantitatif entre les semences mâle et femelle déterminait le sexe du produit.

Bien avant Ambroise Paré et de Buffon, Anaxagore (4) avait déjà dit que les enfants ressemblaient à celui des deux qui a fourni le plus de semence.

Une autre théorie dont le succès fut considérable, est celle si poétique d’Aristote (6) : frappé de la ressemblance habituelle des produits de la génération avec le père, il a supposé que la femelle ne fournissait que la matière (sang menstruel), tandis que le mâle donnait la forme avec le principe de la vie et du mouvement : « la liqueur seminale est à la génération, ce que le sculpteur est au marbre ». Cette théorie rallia de nombreux partisans au moyen-âge, surtout ceux qu'effrayaient un peu les moyens... radicaux d'Hippocrate, Galien et consorts.

Un monument littéraire, respectable de par sa vétusté, le Talmud de Babylone (1), considère dans l’acte sexuel la part de plaisir qu'y prennent les deux conjoints. ( Pour avoir des garçons, y est-il écrit, il faut que la femme désire ardemment son mari, comme Lia a désiré Jacob ». Dans la Bible, même indication. Plus près de nous, Empédocle reprend cette théorie : «S'il y a dans la semence du père et de la mère le « même degré de chaleur, il nait un garcon qui « ressemble au père ; sile même degré de froid, une « fille qui ressemble à la mère. Que si la semence du

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père est chaude, froide celle de la mère, il naïîtra un garçon dont les traits seront ceux de la mère ; mais si la semence de la mère est chaude, et froide celle du père, il naîtra une fille qui aura ressem-

blance avec le père ».

Tentée par ces idées, M°° Anna d'Oranovskaïa

(1900) les à reprises, si bien même qu'elle s’en est attribué à tort la maternité. « D’après mon expérience

et mes observations (M"° d’Oranovskaïa nous raconte ses impressions, celles de son mari, de ses parents, de ses amis), le sexe du fœtus dépend du degré de l'intensité du plaisir sexuel éprouvé par les deux copulants au moment même du coït, ou du manque absolu de la sensation sexuelle, soit chez un des copulants, soit chez tous les deux... L'absence de plaisir sur les deux parents donne un fils..., l'absence chez l'homme, un fils (c’est le cas de sa cousine), intensité plus grande chez la femme, un fils (c'est le cas de sa tante), intensité égale, sexe probablement masculin », et ainsi de

suite.

Le docteur Louis Billon a réfuté cette théorie dans

sa thèse, d’une façon à la fois scientifique et très lit-

téraire ; qu'il nous suffise de donner sa conclusion :

Les sentiments de l’homme et de la femme sont fort différents. L'homme désire, la femme aime (Michelet). Peut-on comparer deux unités de nature diverse, comment mettre en rapport la sensation de celui qui donne, avec la sensation de celle qui recoit ? »

Enfin la lune vint... Lœwenhard (30) dit dans le

journal de Siebold : « La susceptibilité de la matrice « augmente et diminue comme la lune croît et dé- « croît. La plupart des femmes sont réglées à l’époque « de la pleine lune, cela va diminuant jusqu’au 12° ou € 14° jour après la pleine lune. Selon que l’accou- « chement d’un enfant à terme a lieu pendant la « lune croissante ou décroissante, la nature acquiert « la propriété de produire dans la conception sui- « vante un germe mâle ou femelle. L'accouchement « pendant la lune croissante fera que le fœtus de la « grossesse suivante sera du sexe masculin ; au con- « traire, si la femme accouche pendant que la lune « décroît, elle fera une fille dans son prochain ac- « couchement. »

Et c'est « la théorie lunatique » qui, tout naturellement, porte à la joie. Cependant que nos devanciers l'ont traitée un peu cavalièrement, nous serons beaucoup plus modérés. « Remplacer l'examen par « la moquerie, c'est commode, mais peu scientifique, « a dit Victor Hugo. La science est ignorante et n’a « pas le droit de rire. Un savant qui rit du possible « est bien près d’être un idiot. »

Un article tout récent du docteur Emile Legrain, dans l'Afrique Médicale (septembre 1909), établit un rapprochement entre l'éclosion de diverses maladies et les phases lunaires : de là à dire que les sexes peuvent être sous une dépendance lunaire, il n’y a qu'un pas. C'est pourquoi il nous à paru intéressant de mentionner cet article dont l’auteur, très convaincu, est en même temps très modéré. « Sans vouloir évi- « demment ressusciter l’ens astrorum, l'entité as-

L'RBRE

« trale de Paracelse, dit-il, entité causale des mala- « dies, il est permis de ne pas repousser d'emblée « la possibilité de l'influence des astres sur la marche

« des maladies. »

C'est à bon droit, selon nous, que le découragement naît d’un pareil chaos, et combien nous comprenons cette phrase si sensée de Basset (132) : «Je « crois que pendant longtemps, la sagesse humaine « devra prendre, selon le proverbe, le temps comme « il vient, les enfants comme ils naissent. » À moins que nous ne nous contentions de moyens mystiques, comme ceux préconisés par le cheick Nefzaoui, dans son Jardin Parfumé (Witkowski) : » Des sages et des « savants (que Dieu leur accorde à tous le pardon !) « ont dit: Si quelqu'un posant sa main sur les or- « ganes d’une femme enceinte a prononcé les paroles « suivantes : Au nom de Dieu, qu'il accorde le salut « et la miséricorde à son Prophète. O mon Dieu, je « vous prie, au nom du Prophète, de faire de cette « conception un garcon — il arrivera que, par la « volonté du Créateur et en considération de notre « Seigneur Mohammed (que le salut et la miséri- « corde de Dieu soient avec lui) la femme accouchera « d’un garçon. »

Mais l'expérimentation scientifique est venue donner à la question du Déterminisme sexuel un essor nouveau, et ce sont ses résultats que nous allons envisager maintenant.

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