‹ Contribution à l'étude: de la rate dans les maladies infectieusesChapitre 19 sur 46 · PRE LEE · texte numérisé non relu

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mononucléaires de forme variable, ovoïde ou ‘polyédrique, souvent d'aspect müriforme, dans lesquels le noyau, en général petit et d’ordinaire unique, est situé à ‘un des pôles de la cellule, tandis que le reste du protoplasma est rempli d’hématies. Celles-ci nous ont paru en général peu dégénérées et il est rare dé trouver les cellules bourrées de pigment. Dans un cas cependant, elles étaient remplies d'hématies dégénérées et de pigment ocre. Celui-ci se trouvait aussi en liberté dans les mailles de la pulpe et même dans quelques cellules du corpuscule de Malpighi.

Ces grandes cellules ‘siègent surtout, comme l'a bien montré M. Cornil, dans les veines de la pulpe, mais on les retrouve aussi dans les mailles de celles-ci; Billroth les a trouvées dans les vaisseaux du foie et même dans les veines périphériques.

Pas plus que les lésions du corpuscule, cette lésion de destruction des hématies n'est spécifique de la fièvre typhoïde; Billroth l’a retrouvée dans les veines de la rate dans la tuberculose aiguë; nous l'avons de même rencontrée dans plusieurs cas de granulie dans des infections à pneumocoques, etc. C’est une lésion banale d'infection, mais qui présente dans la fièvre typhoïde une intensité telle qu’elle permet de reconnaître presque à Coup sûr une rate de typhique.

Les cellules de la pulpe sont en général tuméfiées, leur protoplasma est plus abondant que dans celles de la pulpe normale et est souvent rempli de divers éléments.

Ces éléments peuvent être des:leucocytes, soit des leucocytes mono:

Fe. 6. — Leucocytes dans la fièvre typhoïde.

a, b, macrophages contenant ‘des débris de noyau et des leucocytes.

nucléaires, soit des leucocytes polynucléaires. Dans ce cas la cellule

prend parfois un aspect spécial: à un des pôles se trouve le noyau

entouré de protoplasma quiva, en diminuant d'épaisseur, entourer une B. 6

ou plusieurs cellules ; souvent entre la cellule phagocytaire et le contenu existe un espace clair en forme de croissant qui représente une vacuole digestive de la cellule; dans d’autres cas, au lieu de leucocytès à contours définis, on trouve des noyaux. plus ou moins fragmentés, ou bien des débris de noyau ; dans certains cas le protoplasma de la cellule incluse ne se voit plus et l’on pourrait se croire en présence d’une cellule à deux ou à plusieurs noyaux. Dans ces mêmes cellules qui contiennent des leucocytes, on trouve également une ou deux hématies ou du pigment sanguin, parfois de petits grains, débris moléculaires de noyau ou de bactéries déformées.

: Les cellules de la pulpe peuvent subir encore d’autres modifications : elles peuvent, comme les cellules du corpuscule, présenter des phénomènes de division, et l'on voit de place en place des cellules avec un noyau bilobé ou renfermant deux noyaux voisins; mais ces phénomènes de division nous ont paru rares dans la pulpe de la rate typhique et la plupart des phénomènes observés ressortissent PIRE à des lésions de nécrose variées.

Ces cellules présentent souvent de la vitrification du protoplasma qui apparaît réfringent, homogène, et prend uniformement les couleurs d’aniline; dans d’autres cas, ni protoplasma, ni noyau n'apparaissent et l’on ne voit qu’un vague contour cellulaire.

Les mailles de la pulpe présentent encore une autre altération des plus intéressantes et qui manque très rarement, nous voulons parler des foyers de nécrose cellulaire analogues à ceux que nous avons décrits dans le corpuscule. Ces foyers dans la pulpe, présentent tout à fait l'aspect des nodules qu’on rencontre dans le foie des typhiques à la même période.

Nodules de la pulpe. — Wagner (1) dit que, dans quelques cas, il a trouvé dans la rate des corpuscules grisâtres, correspondant à ceux qu'on observe dans le foie.

Siredey ne signale pas cette altération, et dit qu'on ne voit qu'un petit nombre d’éléments lymphatiques ayant subi la transformation vitreuse ou la dégénérescence granulo-graisseuse.

MM. Cornil et Babès enfin disent « que très fréquemment dans le tissu où siègent les bacilles, il existe des parties nécrosées où les

(1) WAGNER. Arch. fur Heilkunde, 1860, p. 322, et 1861, p. 108.

cellules sont unies en même temps que leurs bords sont effacés ; entre les cellules on voit des grains qui se colorent de la même façon que les bacilles et qui seraient d'anciens foyers de bactéries. »

Il ne nous semble pas que cette lésion, que l’on rencontre souvent, en effet, soit comparable aux petits nodules que nous allons décrire, nodules dans lesquels, pas plus d’ailleurs que dans le foie, on ne rencontre de bactéries (1).

Ces nodules sont d'une fréquence extrême dans la rate (neuf fois sur 15 observations), presque toujours ils se rencontrent en même temps dans le foie: ils sont beaucoup plus marqués dans la pulpe que dans le corpuscule.

Ils sont tantôt nettement arrondis, tantôt à bords irréguliers, comme diffus; leur volume est extrêmement variable : tantôt ils n’ont guère comme dimension que celles qu’auraient six à dix cellules de la pulpe accolées, tantôt ils sont beaucoup plus volumineux et atteignent la dimension de petits corpuscules de Malpighi.

Nous avons vu leurs caractères dans l'intérieur des corpuscules, nous n’y reviendrons pas; dans la pulpe, ils apparaissent souvent légèrement en relief, comme si la pulpe était épaissie à ce niveau. Cet aspect tient à ce qu'ils forment une masse compacte, au milieu du réseau délicat du parenchyme. A un faible grossissement ils semblent formés d’une matière amorphe sur laquelle se détachent irrégulièrement des granulations plus ou moins colorées ; à un fort grossissement on voit nettement, surtout par l'emploi du bleu phéniqué de Kühne. que sur un fond vaguement grenu, dans lequel on retrouve encore de place en place quelques contours cellulaires, apparaissent

(1) Dans le foie, où ces nodules ont été bien étudiés, ils 8e présentent, d’après LEGRY {Contr. à l'étude du foie dans la fièvre typh. Th. Paris, 1890), avec l'aspect suivant :

Masses arrondies, ovalaires ou à contours irréguliers, de dimension variant d’un vingtième de lobule à l’épaisseur de trois ou quatre cellules hépatiques, de nombre variable, rares ou très fréquents.

Ils apparaissent comme formés de cellules lymphatiques plongées dans une substance grenue vitreuse ; en réalité, ils sont formés de noyaux et de débris de protoplasma provenant des cellules hépatiques tombées en détritus. On ne trouve pas de bacilles dans leur intérieur ni à leur voisinage,

D'après LETULLE (L’inflammation, 1894), ces nodules se composent en grande partie d'éléments lymphatiques diapédésés, de cellules fixes proliférées par Karyo-

kinèse, peut-être de cellules endothéliales multipliées, et certainement d’un certain, nombre d'éléments nobles du tissu en voie d’atrophie ou même de mortification.

des noyaux, plus où moins pigmentés et déformés (1). Sur certains points, on aperçoit encore le protoplasma tumëfié de la cellule, qui a perdu tout contour nettement défini, mais qu'on peut facilement reconstituer; dans d’autres on ne voit plus trace de cellules : toute structure a disparu, et sur le fond bleu clair ou verdâtre se détache de la poussière de noyau, soit dissociée, soit encore groupée au lieu

Fig. 7. — Nodule nécrolique de la pulpe dans la fièvre typhoïde.

æ, pulpe splénique; €, capillaires; #, leucocyte contenant des: hematies; e, endothelium; *, nodule.

et place du noyau disparu; de place en place enfin, on retrouve un noyau coloré.

Ces nodules ne renferment ni à leur intérieur, ni à leur voisinage, de bacilles typhiques.

Sur certains points enfin, dans la pulpe, on voit juxtaposés de grands leucocytes mononucléaires, à protoplasma tuméfié, à noyau bien coloré encore, mais commençant à se fragmenter; c'est là un début de formation nodulaire.

: Le nodule dans la pulpe comme dans le corpuscule est donc formé

‘ (1) On retrouve ici, comme dans le corpuscule, toutes les variétés d'altération nucléaire; il semble qu’il y ait eu excès de leucocytes mononucléaires surtout, et l'on voit un grand nombre de noyaux vésiculeux déformés, maïsil y a aussi des fragmentations du noyau avec excès de chromatine.

par la tuméfaction des grandes cellules de la pulpe (leucocytes mononucléaires), dont le protoplasma se nécrose, et dont le noyau se fragmente à des degrés différents. |

N y a là un phénomène analogue à ce qui se passe dans le foie où, les nodules nous ont paru surtout formés par une tuméfaction avec nécrose de la cellule hépatique, avec fragmentation plus où moins avancée du noyau.

Le rôle des cellules fixes du réticulum est très difficile à définir : dans la rate comme dans le foie, elles subissent certainement la nécrose comme les cellules de la pulpe et les cellules hépatiques, car on ne les retrouve point colorées au milieu dé la nécrose générale du tissu.

La formation du nodule est-elle liée à l’embolie ou à la thrombose des capillaires nourriciers, ou n’est-elle, comme le dit M. Letulle, qu'une réaction phagocytaire, sollicitée par des embolies microbiennes? C'est ce qu'il est impossible de préciser; il nous semble cependant qu'on doit y voir surtout un phénomène nécrotique dû à l'influence des toxines microbiennes.

Il n'y a, à proprement parler, de réaction phagocytaire que lorsqu'interviennent les grands macrophages, comme on le voit assez souvent, pour se charger des débris nucléaires et protoplasmiques des

cellules.

Les autres altérations de la pulpe sont peu importantes et ne nous arrêteront pas longtemps. Il n'est pas rare de rencontrer dans les mailles des granulations en quantité considérable, granulations ayant les caractères histologiques des noyaux. Enfin, on voit souvent du pigment jaune d’or ou ocre en liberté.

Nous ne dirons qu'un mot des altérations que présentent les capillaires veineux.

Billroth a signalé une prolifération des noyaux des grandes cellules endothéliales qui les tapissent. |

Pour Siredey, les canaux veineux présentent des lésions très prononcées. Les cellules fusiformes endothéliales sont détachées; elles ont subi pour la plupart la transformation vitreuse; leurs noyaux tantôt restent colorés, tantôt ne se distinguent plus; les fibres arciformes que recouvrent ces cellules sont détachées et l'on voit leurs débris tuméfiés, ondulés, se mélanger aux cellules endothéfales et lymphatiques plus où moins dégénérées.

LR LL

MM. Cornil et Babès signalent la prolifération des cellules. endothéliales des petites veines qui se détachent de la paroi et dont le protoplasma granuleux contient parfois des globules rouges.

Nous avons trouvé souvent l’endothélium de ces veines extrémement tuméfié, mais il nous a semblé toujours rester facilement colorable. 7

Dans l’intérieur de ces canaux veineux, on rencontre en abondance toutes les variétés cellulaires que nous avons déjà décrites, petits et grands macrophages, cellules remplies d'hématies ou de pigment, vieilles cellules granuleuses sans noyau colorables; nous n’y insisterons pas davantage. ba 6

Bactériologie. — On sait que dans la fièvre typhoïde, après un très court passage dans le sang, le bacille d'Eberth se cantonne dans les différents viscères, dans la rate en particulier, où il forme de véritables foyers de pullulations.

Pendant la vie, la ponction de l’organe rend compte de la présence de ce bacille, comme l'ont montré Marigliano qui l’a trouvé quinze fois, Hein et depuis Philippowicks, Lucatello, Chantemesse et Vidal. | |

Dans le typhus levissimus, embarras gastrique fébrille, Chantemesse (1) a toujours obtenu des résultats négatifs.

A l’autopsie des typhiques, le bacille d'Eberth a été retrouvé par la plupart des bactériologistes. Froenkel et Simmons l’ont toujours observé dans les cultures, mais n’ont pu le retrouver sur les coupes ; Gaffky, par contre, vingt fois sur vingt-deux a vu des petits îlots formant de véritables colonies de bacille.

MM. Cornil et Babès, ont conseillé de recueillir la rate aseptiquement et de la laisser à l’étuve : de cette façon, on voit facilement les foyers microbiens.

Ce procédé ne nous a pas paru nécessaire, et dans presque tous nos cas nous avons trouvé par la culture, et sur les coupes, de petits foyers de bacilles d'Eberth.

Ces foyers, comme l'ont bien montré MM Cornilet Babès, siègent

(1) CHANTEMESSE, Semaine médicale, 1889, et in COURTET. Æmb. gast. fébrile, Th. Paris, 1893.

Le

d'ordinaire dans la pulpe, dans les lacunes dilatées de celle-ci; ils présentent à leur périphérie des cellules en multiplication directe et des foyers de nécrose.

Ces foyers de bacilles ne siègent jamais dans les corpuscules de Malpighi ; on les trouve quelquefois au voisinage ou dans la paroi des vaisseaux. |

On trouve, outre ces foyers, des bacilles isolés dans les mailles de la pulpe ; ces bacilles sont rarement contenus dans les cellules.

Le bacille d'Eberth disparaît assez vite de l'organisme et il n'est

pas rare, lorsque la mort survient tardivement, de ne plus trouver de bacilles d'Eberth dans la rate. |

Le baeille d'Eberth n'est pas le seul microbe que l’on rencontre dans la rate, nous avons souvent isolé en même temps que lui le bacterium coli commune, et ce fait bien connun’est pas sans valeur pour réfuter la théorie qui veut que le bacille typhique ne soit qu’un bactérium coli transformé par le fait même de l'infection.

Bonardi dit avoir rencontré du streptocoque etdustaphylocoque(1) presque aussi souvent que le bacille d'Eberth.

Vaillard et Vincent (2) ont trouvé enfin le streptocoque associé au bacille d'Eberth dans le sang et dans le parenchyme de la rate ; dans certaines formes véritablement septicémiques de la fièvre typhoïde où il y avait intégrité de l'intestin et tuméfaction intense de

la rate.

Rate dans la convalescence. — Au moment de la convalescence la rate diminue de volume et n’est bienttôt plus perceptible à la percussion. On peut même dire que la convalescence n'est véritablement établie que lorsque la rate a repris son volume normal.

Au point de vue anatomo-pathologique, nous connaissons mal le mode de réparation du tissu splénique. « En général, dit Siredey, il reste un peu d’épaississement de la capsule ; quelquefois des traces

(1) La présence du staphylocoque peut être due à des infections secondaires mais le fait doit être très rare ; le plus souvent, comme l'ont vu MM. Achard et Phulpin et comme nous l'avons souvent observé, c’est un agent d'infection agonique ou cadavérique. ACHARD et PHULPIN. Contribution à l'étude de l’envahissement des organes par les microbes pendant l’agonie et après la mort. Arch. de méd. expér., ler janvier 1895.

(2) VAILLARD et VINCENT. Société méd. des hôp. 14 mai 1890.

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