‹ Contribution à l'étude: de la rate dans les maladies infectieusesChapitre 21 sur 46 · AO · texte numérisé non relu

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Nous avons pu faire, dans le service de notre maître M. Debove, l’autopsie d’une malade de 16 ans, morte au dixième jour d’une rechute de fièvre typhoïde. La rate était volumineuse et contenait du bacille d'Eberth ; elle pesait 300 gr.

Sur les coupes, on voyait de nombreux foyers de bacilles dans les mailles de la pulpe et quelquefois dans les artérioles.

Les lésions étaient doubles et l’on voyait, d'une part, des altérations rappelant celles que nous avons décrites à la période de convalescence (atrophie corpusculaire, épaississement du réticulum dans le corpuscule) et des lésions d'infection jeune, tuméfaction des cellules de la pulpe dont un grand nombre contenaient des hématies.

Complications. — Ixrarcrus. — Les infarctus ne sont pas très rares dans la rate au cours de la fièvre typhoïde.

Étudiés par Jenner dans la fièvre typhoïde, et dans le typhus par Rokitansky qui en a donné une description devenue classique, ils ont été trouvés 4 fois sur 118 autopsies, par Griesinger, et 9 fois sur 260 cas, par Hoffmann.

Il ne s’agit là que des grands infarctus, car il existe souvent dans la rate de petits infarctus qui n’entraînent pas par eux-mêmes de désordres graves (Siredey).

ABcès DE LA RATE. — Les abcès de la rate sont très rares dans la fièvre typhoïde. Murchiso n les a trouvés 2 fois sur 61 cas à la suite d’infarctus, Griesinger sur 118 autopsies les a rencontrés 6 fois ; Louis n'a jamais observé de suppuration de la rate, Andral ne trouve pas un seul abcès de la rate sur 96 autopsies de fièvre typhoiïde, etc. |

Ces abcès sont le plus souvent consécutifs aux infarctus, comme l'a montré Leudet; ils sont dus soit à des microbes d'infection secondaire, comme dans le cas de Froenkel qui a trouvé un coccus pyogène (et dans ce cas, d'après Tripier, se verraient surtout à la suite d’eschares), soit au bacille typhique qui, comme on sait, peut dans certains cas posséder des propriétés pyogènes.

Nous ne connaissons que deux observations d’abcès de la rate dus au bacille d'Eberth ; et même dans ces deux cas l'examen bactériologique ne permet-il pas de dire si l’on a eu affaire à du bacille typhique ou à du coli bacille.

Voici rapidement résumées cés deux observations :

O8s. I. — Abcès de la rate. — Roux et Vinay. Lyon médical, 10 juillet 1888. — Un homme de 26 ans, au dix-huitième jour de sa fièvre typhoïde, est pris de douleur et d'oppression dans le flanc gauche avec nausées, vomissements, fièvre irrégulière, mort au vingt-deuxième jour. A l’autopsie, rate adhérente vers son extrémité inférieure avec le péritoine pariétal; abcès de la grosseur d'une noix rempli de liquide jaunâtre, sur d’autres points petits abcès ; dans le rein, abcès miliaire.

Dans ce pus on trouva un bacille en navette ayant sur gélatine les caractères du bacille d'Eberth et qui inoculé à une chienne lui donna un abcès.

O8s. II. — Abcès de larate.— ViNcENT. Mercredi médical, 17 février 1892. — Fièvre typhoide légère, semblant guérie; rechute, fièvre, état adynamique ; mort au huitième jour.

Rate de 294 gr., très ramollie; à la partie antéro-supérieure de l'organe on trouve un abcès du volume d’une noix à cavité anfractueuse, remplie de pus blanc, épais et visqueux ; il y avait en même temps endocardite infectieuse

mitrale.

Dans le pus on trouva un bacille en navete ayant sur uns inclinée les

caractères du bacille d’Eberth. i

Nous avons eu l’occasion d'observer nous-même un cas d'abcès de la rate, survenu dans le cours d’une fièvre typhoïde grave au vingtième jour de la maladie. La fièvre très élevée avait le type continu. La rate pesait 280 gr. et était un peu diffluente ; elle présentait des foyers de périsplénite sur trois ou quatre points de sa surface. La sec- : tion faite à ce niveau faisait voir une masse d'aspect caséeux légèrement ramollie ; au centre de l'organe existait une poche remplie de véritable pus phlegmoneux.

L'ensemencement de la pulpe splénique, et l’ensemencement du pus, dénotèrent l'existence du bacille d'Eberth.

Nous avons, dans ce cas, pratiqué toutes les manœuvres classiques pour la différenciation du bacille typhique du coli et nous avons vu qu'il s'agissait bien de bacille d'Eberth. Le bacille était peu virulent ; inoculé à un cobaye dans le péritoine, il n’a pas produit la mort de celui-ci. Rte | :

L'examen histologique des parties nécrosées et non encore puriformes montre bien que l’on a affaire à de petits infarctus transfor- . més en abcès.

Dans notre cas, en effet, le centre de l’abcès était formé de leucocytes en voie de dégénérescence graisseuse sans noyau colorables et

— Dit

de cristaux d'acides gras ; on ne voyait plus trace de structure de l’organe; de place en place, seules quelques travées fibreuses avaient persisté. Cette zone ne renfermait pas de bacilles,.

Autour de cette zone on trouvait de place en place, au milieu des leucocytes morts, quelques leucocytes polynucléaires plus ou moins dégénérés et déjà fragmentés, mais encore nettement colorables, et de nombreux foyers de bacilles typhiques en amas; à mesure qu'on s'éloignait du centre, les leucocytes polynucléaires devenaient de moins en moins fragmentés et l’on arrivait à un point où il n’y avait que des leucocytes polynucléaires en activité.

Autour de cette masse qui formait l’abcès proprement dit, on voyait une zone nécrotique où l’on retrouvait bien la structure fondamentale de la rate, mais où les cellules ne se coloraient plus par les réactifs. Dans cette zône on voyait de place en place, surtout à la périphérie, des foyers hémorrhagiques.

La limite externe de cette zone était marquée par une région où les travées se rapprochaient et où les logettes comprises entre les mailles. s’aplatissaient et disparaissaient, comme s’il y avait eu compression de la pulpe à ce niveau.

L'histoire clinique des abcès de la rate n'est pas faite. C’est le plus souvent une trouvaille d’autopsie, l'intensité de la douleur, la modification de la courbe de la fièvre que l’on trouve dans la première et la deuxième observation, manquaient complètement dans la nôtre (1). Ces abcès dans certains cas peuvent s'ouvrir dans le péritoine et être cause de la mort.

Ruprure DE LA RATE. — La rupture de la rate a été signalée par Vigla, Landouzy, Loebl, Liebermeister, Withmann;elle s’accompagne d'ordinaire d'accidents rapidement mortels, rappelant le tableau soit des grandes hémorrhagies intestinales, soit celui de la péritonite suraiguë ; dans certains cas cependant il pourrait y avoir rupture sèche, c’est-à-dire sans épanchement du sang dans le péri toine, à cause 4 la périsplénite concomitante.

(1) Voir à ce sujet les thèses de MICHON, 1890; GEIN, 1891; DÉHU, 1893 ; sur le rôle du bacille d'Eberth dans les complications de la fièvre typhoïde.

BRUHL et FERNAND BEZANÇON : article Abcès de la rate dans le Manuel de médecine, t. V.

PérisPzéniTe. — Nous ne décrirons pas Îes caractères de la périsplénite, qui n’a rien de particulier dans la fièvre typhoïde; nous rappellerons seulement que, comme l'ont bien montré M. Merklen et Davillé dans sa thèse, elle s'accompagne souvent de pleurésie dia phragmatique.

La douleur localisée à la région splénique en cas de périsplénite, irradie à l'épaule gauche en cas de propagation au diaphragme.

On connaît mal les rapports qui rattachent à la fièvre typhoïde certaines lésions consécutives de la rate; nous rappellerons seulement que Mossler a vu survenir une pseudo-leucémie splénique, avec tuméfaction persistante de la rate, faiblesse extrême, hémorrhagies nasales et buccales à la suite de la fièvre typhoïde.

$ 2. — Typhus exanthématique.

SOMMAIRE. — Mature de la maladie. — L'hypertrophie de la rate est fréquente, mais non constante. Présence d'infarctus de périsplénite. Corpuseules de Malpighi et artériole (mêmes altérations que dans la fièvre typhoïde). Pulpe splènique : Congestion, mais surtout accumulation considérable de leucocytes ‘à divers stades dans le tissu réticulé. L'absence de nodules nécrobiotiques et de grands macrophages chargés d’hématies distingue la rate du typhus exanthématique de la rate de la dothiénentérie.

Quelle que soit la nature exacte de cette affection dont l'agent causal est encore l'objet de nombreuses discussions que ce soit une maladie générale, à déterminations viscérales multiples, ou que ce soit une maladie primitivement locale dont les lésions capitales siègent dans la gorge et dans les voies respiratoires, il est un fait certain que très rapidement le typhus prend les allures d’une maladie infectieuse généralisée à tout l'organisme et que par suite les modifications que présente la rate dans cette affection, doivent être étudiées ici,

Tandis que, comme nous l'avons vu dans le précédent chapitre, dans la fièvre typhoïde, l’hypertrophie de la rate est constante et fait partie des symptômes fondamentaux de la maladie, dans le typhus cette hypertrophie souvent considérable, manque assez fréquemment cependant ou n’a qu'une importance secondaire.

D'après Murchison, la rate est hypertrophiée dès le cinquième jour et cette hypertrophie peut être intense comme dans le cas de Salomon, cité par Eichhorst, où l'organe pesait 700 gr.

Griesinger fait remarquer que cette tuméfaction est inconstante et varie avec les épidémies. ‘

Constante et considérable dans l'épidémie de typhus de Prague (1848), l'hypertrophie manque dans les épidémies de Dorpat, de Toulon, d'Angleterre.

Gueneau de Mussy et Bally tirent même de ce fait que la rate est petite dans lé typhus, un signe important de diagnostic entre cette affection et la fièvre typhoïde.

Jacquot dans le dictionnaire de Dechambre, article Typhus, dit que sur 59 autopsies la rate était normale 18 fois, triplée de volume et molle 1 fois, doublée de volume et ramollie 3 fois, moins augmentée 14 fois, dure avec des cloisons fibreuses 5 fois.

Dans les dernières épidémies observées, soit à l’île Tudy(Calmette et Thoinot), soit à la maison de Nanterre en 1893 (Dubief et Brühl), la rate était hypertrophiée, doublée et même triplée de volume, d'après ces derniers auteurs.

Dans un cas publié par M. Bourcy (Société médicale des tas . avril 1893), la rate pesait 615 grammes ; d’autre part, dans la même séance de la Société médicale des hôpitaux, MM. Rendu et Huchard ont cité chacun un cas où la rate était normale.

Les caractères extérieurs de la rate varient selon les rer ans souvent rouge sombre et diffluente, la rate peut être dure ou de consistance normale. |

Dans un assez grand nombre de cas, la rate présente des infarctus assez volumineux ; ce fait, signalé par Murchison, par Griesinger a été récemment observé par Dubief et Brühl.

Eichhorst, outre les infarctus, signale la présence d’abcès.

Nous ne connaissons pas d'observations où l'examen histologique ait été pratiqué en dehors des observations de Dubief et Brübl, qui signalent la distension extrêmement marquée des vaisseaux de l'organe, distension allant sur certains points jusqu'à la suffusion sanguine.

Au point de vue bactériologique, Dubief et Brühl ont trouvé, soit par ponction pendant la vie, soit par ensemencement après la mort, un petit diplocoque qu ‘ils ont retrouvé dans le sang du doigt et surtout dans les voies respiratoires. .

Curtis et Combemale ont retrouvé de même dans la rate un petit diplocoque, se groupant parfois en pseudo-staphylocoques, parfois en pseudo-streptocoques.

Nous n'avons pratiqué qu'une fois l’ensemencement de la rate, dans le cas de M. Bourcy, et nos cultures, de même que celles qui étaient pratiquées simultanément par lui, sont restées stériles.

Outre cette pièce donnée par M. Bourcy, nous avons eu, grâce à l'obligeance de MM. Dubief et Brühl, entre les mains un certain nombre de rates provenant de leur collection et nous avons pu les étudier en détail. Voici ce que nous avons observé :

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