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CHAPITRE Il

Infections localisées susceptibles de généralisation microbienne.

Dans ce chapitre nous allons étudier un groupe d’affections où les bactéries sont le plus souvent absentes de la circulation, et restent cantonnées dans les points où a eu lieu l’envahissement primitif de l’économie.

La pneumonie, l’érysipèle, la grippe sont parmi les plus importantes de ces affections.

Lorsque la terminaison est fatale, la mort survient soit par suite de la gravité des accidents locaux intéressant un viscère nécessaire à la vie, comme dans certains cas de pneumonie, soit qu'il y ait infection généralisée à tout l'organisme, foie, rein, cerveau, rate (1), etc.

La rate sera donc, selon les cas, respectée ou envahie par le microbe, mais, même dans le premier cas, devra être étudiée, car, à défaut du microbe, les toxines sécrétées par celui-ci sont susceptibles de se généraliser et de produire dans la rate soit des phénomènes de réaction, soit des lésions de dégénérescence cellulaire.

(1) D’après ETTLINGER (Étude sur le passage des microbes pathogènes dans le sang, th. Paris, 1893), la mort survient presque toujours, lorsque dans la pneumonie le pneumocoque se généralise ; M. Jaccoud a cependant signalé la possibilité de guérison dans ce cas.

$ 1. - Pneumonie et affections à pneumocoque.

SOMMAIRE. — PNEUMONIE. Za rate est d'ordinaire augmentée, dans les formes à infection pneumococcique généralisée.

LÉSIONS HISTOLOGIQUES : Les corpuseules de Malpighi sont le siège d'une transformation très intense de leurs lymphocytes en leucocytes polynucléaires. Ceux-ci se retrouvent en excès dans les mailles de la pulpe.

Cette transformation des lymphocytes en leucocytes polynucléaires est à rapprocher de la leucocytose polynucléaire signalée dans la pneumonie.

Érupe ccinique. — Dans la pneumonie, d'après Gerhardt et Queyrolo, l’augmentation de la rate peut être perçue pendant la vie; d'après Stolz, on peut reconnaître cette augmentation 45 fois sur 100; nous l'avons nous-même observée plusieurs fois dans des cas de pneumonie accompagnée d'infection généralisée.

ÉTUDE ANATOMO-PATHOLOGIQUE ET BACTÉRIOLOGIQUE. — Nous n'avons trouvé dans la littérature médicale aucun document où les altérations de la rate dans la pneumonie soient signalées : les auteurs se bornent à mentionner son hypertrophie et sa consistance qui est tantôt accrue, tantôt diminuée; c'est donc d’après nos seules observations que nous écrivons ce chapitre.

Des quatorze observations que nous avons recueillies, il résulte que la rate est hypertrophiée dans plus de la moitié des cas (9 fois sur 14). Cette hypertrophie n’est jamais aussi considérable que dans la fièvre typhoïde, et le poids de l'organe dépasse rarement 300 gr.

Cette hypertrophie est presque toujours liée à la présence du pneumocoque dans la rate. La rate est le plus souvent molle, diffluente, rouge lie de vin à la coupe.

Chez le vieillard, la rate est presque toujours petite; nous l'avons cependant trouvée hypertrophiée chez une femme de 70 ans, où elle pesait 300 gr. Trois fois sur sept cas nous avons observé le passage du pneumocoque.

Dans les infections pneumococciques septicémiques d'emblée, la

rate est d'ordinaire volumineuse.

Érupe msrococioue. — La capsule est le plus souvent normale, parfois épaissie ; quelquefois il ÿ a un peu de périsplénite.

Les corpuscules sont le plus souvent profondément modifiés dans leur structure.

Comme daus la fièvre typhoïde, mais à un degré beaucoup plus marqué encore, la plupart des lymphocytes sont transformés, soit en leucocytes mononucléaires, soit surtout en leucocytes à noyau multilobé, ressemblant absolument à la variété de leucocytes qu'on ren-

contre dans le sang, au leucocyte polynucléaire. Dans un même

FI1@. 8. — Aspect d’une coupe de rate dans la Pneumonie.

a, artériole; ce, corpuscule de Malpighi; 6, capillaires; p, pulpe splénique.

corpuscule on retrouve toutes les formes de transition entre le leucocyte mononucléaire et le leucocyte polynueléaire ; le noyau vésiculeux du leucocyte mononucléaire s'étrangle, se subdivise en donnant un aspect de rosace, dans lequel la nucléine reste à l’état liquide, ou bien celle-ci se tassant sur certains points finit par former deux, trois et quatre noyaux dans le même corps protoplasmique. Ces noyaux sont le plus souvent reliés les uns aux autres par des filaments chroma-

re pus

tiques ; dans un certain nombre on voit très nettement des figures karyokinétiques.

Assistons-nous là à une phase d'activité cellulaire, à la transformation du lymphocyte en formes plus parfaites en leucocyte mononucléaire et polynucléaire, où ne sommes-nous en présence que de phénomènes de dégénération du noyau, c'est ce qu'il nous faut discuter.

La première hypothèse nous paraît devoir être admise, et ceci pour plusieurs raisons : 1° le protoplasma de la cellule est peu tuméfié et se colore bien; 2° les différents grains chromatiques qui forment l'ensemble de ce noyau multilobé sont régulièrement disposés, symétriquement par deux ou par quatre, souvent encore reliés par des filaments chromatiques : 3° il n'y a pas de phase plus avancée de fragmentation, et l’on ne retrouve pas dans le corpuscule ces cellules, remplies de petits grains chromatiques, de poussière de noyau que nous avons décrits dans les cas de dégénération cellulaire de la fièvre typhoïde ; 4° enfin, il existe en quantité considérable dans les mailles de la pulpe splénique, des leucocytes polynucléaires ayant les mêmes caractères que ceux que nous venons de décrire, qui sont libres et non contenus dans les macrophages, comme le sont d'ordinaire les cellules dégénérées.

De telle sorte que nous croyons pouvoir conclure que dans un grand nombre de cas de pneumonie les leucocyles du corpuscule de Malpighi se transforment en leucocytes polynucléaires, qui à la périphérie du follicule passent dans la pulpe splénique.

Cette transformation, que nous avons rencontrée dans presque tous les cas de pneumonie était à son maximum dans un cas de pneumonie avec infection sanguine par le pneumocoque, et surtout dans un cas d'infection pneumococcique généralisée. Dans ce dernier cas, dans certains corpuscules de Malpighi presque tous les lymphocytes étaient transformés en leucocytes polynucléaires de forme aussi régulière que si on les observait dans le sang.

Cette production intensive par le corpuscule de leucocytes polynucléaires, que nous avions déjà vue ébauchée dans les autres maladies infectieuses est à rapprochér de la leucocytose (polynucléaire) signalée par Hayem et Grancher, Tchistowitch, Bieganski dans le sang des pneumoniques. :

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