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phagocytaires, absents de tout l'organisme, étaient, au contraire, très manifestes dans cette petite rate. C’est donc au rôle phagocytaire de la rate qu'est due son influence protectrice.

Ce sont aussi, d’après Bardach, les phagocytes qui jouent le rôle actif, et non pas l’action bactéricide des humeurs, comme le prouve ce fait qu'on peut voir se développer la bactéridie charbonneuse dans les fragments de rate de chien mis à la chambre humide, bien que l’action des humeurs puisse s’y faire sentir.

Les humeurs de la rate ne seraient pas cependant sans action sur les bactéries, d'après certains auteurs. Hankin (1) a signalé la présence dans la rate d’une globuline microbicide. L'influence de l’ablation de la rate sur le pouvoir microbicide du sang a été surtout étudiée par Montuori. D'après cet auteur, chez le chien et le lapin, cette ablation supprime pour un certain temps le pouvoir microbicide du sérum sanguin,mais ce pouvoir reparaît bientôt, pour reprendre son activité initiale au bout de trois à quatre mois. Le pouvoir bactéricide du sang des animaux serait dû à un véritable ferment, qui, d’après Ogata, serait très abondant normalement dans le sang et dans la rate; ce ferment ferait défaut dans le sang après la splénectomie.

2 Modifications apportées dans les phénomènes de l’immunité par la splénectomie.

Le rôle de la rate dans les phénomènes de l’immunité naturelle ou acquise est très difficile à établir, car l’immunité, c’est là un fait bien démontré (2), n’est pas fonction d'un seul organe, et il est très difficile de définir cequi appartient dans sa production à la rate ou aux autres

kewitch, que les singes inoculés avec des spirochætes guérissent même quand la rate a été enlevée au préalable : les singes immunisés conservent l’immunité, de même, après ablation de la rate. Il attribue la mort des singes, dans le cas de Soudakewitch, à ce fait que cet auteur,opérait en hiver. Or les singes tombent, au cours de la fièvre récurrente, dans un état de prostration telle que le moindre refroidissement les tue.

(1) Cité par Roger: Nous empruntons ces détails et ceux qui suivent,au sujet de l’action bactéricide, du sérum, à l'excellente revue critique de Roger, que nous avons déjà citée,

(2) Bardach a montré que si la plupart des chiens dératés étaient susceptibles de prendre le charbon, il en était quelques-uns qui restaient réfractaires malgré l’ablation de la rate.

organes. D'autre part, les modes de vaccination employés pour conférer l'immunité aux animaux sont nombreux, et le rôle de la rate ne doit pas être le même selon qu'on emploie comme vaccin desibactéries vivantes mais atténuées, ou bien des vaccins chimiques, cultures, filtréés ou stérilisées, ou bien du sérum d'animaux vaccinés.

Par l'emploi de cultures vivantes et atténuées, Bardach ne peut immuniser les lapins dératés contre la bactéridie charbonneuse, tandis que Kanthack leur donne limmunité contre le bacille pyocyanique malgré l’ extirpation de la râte.

Les résultats ne sont pas plus concluants à la suite de l'emploi des vaccins chimiques. Césaris Demel injecte des cultures filtrées de pneumocoque à un lapin dératé pour le vacciner ; huit jours plus tard, il pratique une inoculation virulente, et voit que la vaccination a échoué, puisque l'animal succombe aussi vite qu'un lapin neuf non vacciné pris comme témoin.

Tizzoni et Cattani, de même, ne peuvent rendre réfractaires contre le tétanos les lapins ayant subi auparavant la splénectomie.

Par contre, Foa et Scabia vaccinent les animaux dératés, aussi facilement que les animaux sains, contre le pneumocoque. Kanthack donne l’immunité aux animaux dératés, contre le bacille pyocyanique, par l'emploi de matières solubles, et hot parvient à vacciner des souris contre la fièvre typhoïde expérimentale et le choléra, malgré l'extirpation de Ja rate. |

Benario obtient les mêmes résultats. Les souris dératées peuvent être vaccinées contre la ricine dont on connaît les rapports avec les toxinés microbiennnes ; il en est de même pour le tétanos, contrairement aux données de Tizzoni et Cattani.

D'après Kanthack et Benario, chez l animal dératé ét vacciné. le sérum conserve ses propriétés thérapeutiques.

Enfin, chez des animaux préalablement vaccinés, l’ablation de la raten'enlèverait pas à ceux-ci l'immunité, comme l’a montré Bardach pour le charbon et Kanthack pour le bacille pyocyanique.

Le résumé rapide qui précède montre qu'on ne peut tirer aueun document, au sujet du rôle de la rate dans la défense de l'organisme, du mode d’expérimentation que nous venons d'étudier, car s'il faut tenir compte de faits positifs et aussi bien observés que ceux de

Bardach, le nombre des faits négatifs est trop considérable pour qu'il soit permis de généraliser et de déduire des expériences de cet auteur que la rate est l'organe principal où se concentre la lutte contre les bactéries.

3° Étude des modifications de la rate par l'emploi combiné de l'anatomie pathologique et de l'expérimentation.

L'étude anatomo-pathologique de la rate infectieuse nous avait montré quel développement prenait, sous l'influence de l'invasion des bactéries ou de leurs toxines, la fonction leucocytopoiétique de l'organe, mais ne nous avait permis que dans des cas exceptionnels de surprendre dans le parenchyme de l'organe des phénomènes de phagocytose. |

L'étude, pleine de faits contradictoires, des modifications apportées dans l’évolution des maladies infectieuses et dans les phénomènes de limmunité par l’ablation de la rate, ne nous a fourni aucun document nouveau au sujet du rôle de la rate dans le cours des maladies infectieuses. 4

C'est à l'anatomie pathologique combinée à l’expérimentation que. nous allons maintenant recourir, en étudiant dans la rate non plus ce qui se passe à l’autopsie d'individus dont l'infection a suivi et terminé son évolution naturelle, mais en cherchant à connaître ce qui se passe au cours même de cette infection, aux différentes étapes du processus infectieux.

Par cette méthode, en sacrifiant les animaux en expérience à des périodes plus ou moins avancées de la maladie infectieuse, on peut essayer de reconstituer les phénomènes intimes qui se passent dans la profondeur des parenchymes étudier, dans la pulpe les phénomènes phagocytaires, et chercher pour le corpuseule à vérifier le processus d'activité cellulaire que nous avons déjà maintes fois signalé.

L'étude des phénomènes intimes qui se passent dans la pulpe a été l'objet d'un certain nombre de travaux. Nous allons les rappeler brièvement. ;

Depuis longtemps on sait que les particules solides introduites dans le sang n'y séjournent pas, mais se déposent dans les organes, dans la rate en particulier où les cellules phagocytaires viennent les

englober; Wérigo, qui a repris cette étude, a vu qu'introduites dans la circulation ces particules sont surtout englobées par les leucocytes du sang et en petite quantité par les endothéliums vasculaires du foie et les macrophages de la rate; la rate jouerait dans cette destruction un rôle bien inférieur au foie dont les endothéliums vasculaires, soit directement, soit par englobement des leucocytes chargés de carmin, fixeraient presque toute. la matière colorante. |

Wyssokowitsch a vu de même que les microbes injectés dans le sang des animaux à sang chaud disparaissaient du sang très rapidement, et s'accumulaient dans les viscères : foie, rate, moelle des os ; les bacilles non pathogènes seraient rapidement détruits, tandis que les pathogènes se multiplieraient et parviendraient ensuite à envahir le sang à nouvean, |

Hess a montré que chez le rat blanc, qui est peu sensible à l’infection charbonneuse, on trouvait, lorsqu'on sacrifiait l'animal, un grand nombre de bactéridies dégénérées dans l’intérieur des phagocytes de

la rate et du foie. Fat Gamaleïa a vu l’hypertrophie de la rate survenir chez les animaux après injection soit de bactéries pathogènes, soit de toxines, soit enfin de corps. étrangers ; il a montré que la rate n’était grosse que dans les infections ayant duré plus de cinq à six heures, ce qui serait en faveur de cette opinion de Metchnikoff que l'hypertropie de la rate est en raison directe de la durée de la résistance, Gamaleïa montre surtout que, dans les cas où l’organisme résistait contre l'infection, les bactéries se fragmentaient et prenaient mal les colorants. C'est dans les cellules de la pulpe que se fait la destruction. Dans les cas où la mort de l'animal survient, c'est que les macrophages ne

réussissent pas à détruire toutes les bactéries qui infectent l'organisme de leurs poisons.

Metchnikoff a repris ces expériences, et a vu que chez le rat blanc, qui est un animal peu sensible au charbon, la mort peut cependant survenir après inoculation de la bactéridie, Dans ce cas, on voit un grand nombre de bactéridies contenues dans l'intérieur des phagocytes de la rate et du foie, surtout dans les grands macrophages

de la pulpe splénique, où les bactéridies apparaissent souvent entou-

rées de vacuoles digestives, et prennent mal les colorants, ce qui est l'indice certain de leur dégénération.

Un récent mémoire de Werigo prouve bien encore le rôle de la pulpe splénique dans la phagocytose, mais montre que ce rôle est moins considérable qu'on ne l’admet généralement, et que la rate joue un rôle bien moins actif que le foie dans la destruction des bactéries,

Wérigo prend, comme base de son travail, le développement de l'infection charbonneuse chez le lapin, et étudie comparativement le foie et la rate aux divers stades de l'infection. D'après lui, les bacté= ridies injectées dans le sang sont arrêtées principalement par le foie, où elles sont englobées par les macrophages (1).

La rate n'arrête que relativement peu de bactéries, et le rôle joué par les cellules de la pulpe dans cette destruction est très faible en comparaison du rôle important des cellules endothéliales du foie.

La lutte est si faible dans la rate, que les bactéridies l'emportent rapidement sur les cellules de la pulpe, et que la rate devient un véritable centre de formation de bactéries ; pendant un certain temps, les leucocytes polynucléaires accumulés dans la pulpe se chargent des bactéries pour les porter au foie, mais ils sont bientôt vaincus à leur tour, et les macrophages hépatiques restés seuls pour la lutte ne peuvent suffire à détruire les bactéries formées dans la rate, qui envahissent tout l'organisme.

La rate joue donc, d’après cet auteur, un rôle relativement restreint, en tous cas bien moins important que le foie.

Nous-même, en sacrifiant des souris et des lapins inoculés avec des cultures de charbon, en pleine phase de-résistance, alors qu'il n’y avait encore qu'un petit nombre de bactéridies dans les viscères, avons observé souvent les phénomènes de phagocytose décrits par les différents auteurs que nous venons de citer.

Dans la rate du lapin tué au début de la deuxième période d'infection charbonneuse généralisée, on ne voit sur les coupes qu'un petit nombre de bactéridies.

(1) Les bactéridies, comme les particules de carmin, sont absorbées par les leucocytes du sang, et ceux-ci, arrivés dans le foie, sont à leur tour, ainsi que les bactéries contenues dans leur intérieur, englobés par les cellules endothéliales des capillaires qui jouent le rôle de macrophages.

Celles-ci sont isolées, et ne forment sur aucun point ces feutrages caractéristiques, véritables colonies microbiennes, que l’on rencontre lorsque l'animal est mort au terme de l'infection. |

Des bactéridies. les unes sont libres, les autres sont incluses dans le protoplasma des leucocytes; mais, tandis que les premières sont facilement colorables par la méthode de Weigert, les bactéridies incluses prennent mal le violet, sont réduites à une mince gaine périphérique, le centre n'étant plus visible, parfois elles sont même complètement fragmentées.

Les endothéliums vasculaires de la rate sont gonflés, mais il est rare de trouver des bactéridies dans leur protoplasma; il n’en est pas de même du foie où l’on observe un gonflement considérable de la plupart des cellules endothéliales, qui, du moins quelques-unes, contiennent des bactéridies dégénérées dans leur protoplasma.

Il nous reste à étudier maintenant le rôle du corpuscule de Malpighi dans les infections expérimentales ; certains auteurs, comme Marti-, notti et Barbacci, indiquent bien les phénomènes de division des lymphocytes, mais sans y insister.

Nous aurions voulu étudier les modifications de ce corpuscule dot les diverses infections expérimentales, dans les infections localisées et dans les infections générales, en inoculant des bactéries peu pathogènes et des bactéries virulentes; le temps nous a manqué et nous n'avons pu étudier que ce qui se passe dans l'infection charbonneuse du lapin si on sacrifie le lapin au début de l'infection générale, alors qu'il y a déjà dans la rate quelques phénomènes de phagocytose, mais avant que l'infection générale soit définitive. Voici ce que nous avons observé. -

Le corpuscule de Malpighi présente une multiplication intense de ses lymphocytes, qui souvent présentent des phénomènes de division directe, mais qui surtout se transforment en leucocytes mononucléaires.

Dans la pulpe, l'accumulation de leucocytes est intense ; les mailles de l'organe et les capillaires veineux sont littéralement bourrés de leucocytes polynucléaires dont l’origine splénique n’est pas douteuse, car ils manquent dans la circulation artérielle générale comme le montre l'examen des autres viscères, tandis qu'ils sont encore en grand nombre dans les veines de la rate.

Cette expérience nous montre que, dès le début de l'infection | À générale de l'organisme, on peut voir ces accumulations de leuco- \ fl cytes, cette transformation de lymphocytes en formes adultes que nous avons signalée comme le caractère fondamental de la rate infectieuse.

L'accumulation de leucocytes polynucléaires dans la pulpe et dans les capillaires veineux n’est pas moins intéressante, surtout si on la rapproche des faits que nous avons observés dans la pneumonie et

dans l'érysipèle.

On ne peut donner une formule unique du mode de réaction de la rate dans l'infection de l'organisme, car, selon les toxines, selon les 7 bactéries en présence, l’activité du corpuscule de Malpighi sera plus

où moins éveillée, les phénomènes de nécrose arriveront plus ou moins A . rapidement. On peut cependant déduire de toute cette étude anatomopathologique que, dans les maladies infectieuses, la fonction de la rate

est avant tout, aussi bien dans les infections localisées que dans les : ARE infections générales, de fabriquer d'une façon plus ou moins intensive des leucocytes et des leucocytes adultes qui de la rate peuvent diffuser dans tout l'organisme, et accomplir vis-à-vis des bactéries et même des toxines, selon les besoins de la défense, leur œuvre de protection.

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