‹ Contribution à l'étude de la Réaction du Benjon Colloïdal: Dans la Paralysie Générale et Dans Quelques PsychosesChapitre 11 sur 30 · FAURE · texte numérisé non relu

FAURE

Cette dernière est très suffisante, comme nous le verrons au cours de ce travail, pour le diagnostic de la syphilis du névraxe.

Nous n'entreprendrons pas ici la description détaillée de la technique de la réaction, celle-ci a été faite par les auteurs dans le Bulletin de la Société de biologie du 17 juillet 1920, plus tard dans la Presse médicale du 28 septembre 1921 et plus récemment dans un ouvrage très complet où ils étudient la réaction du benjoin colloïdal dans tous ses détails et dans ses résultats.

Résumant la question, disons seulement qu'on utilise deux solutions : 1° une solution saline de chlorure de sodium chimiquement pur dans l'eau bidistillée à 10 centigrammes pour 1.000 ce. ; 2° une solution contenant en suspension de la résine de benjoin obtenue de la façon suivante : on fait dissoudre 1 gramme de résine de benjoin de Sumatra dans 10 cc. d’alcool absolu; on laisse cette dissolution s’effectuer pendant quarantehuit heures ; on décante et on n'utilise que le liquide limpide

. ainsi obtenu; on prélève 0 cc. 3 de ce liquide que l’on verse

lentement dans 20 cc. d’eau bidistillée chauffée à 35 degrés centigrades de façon à obtenir une suspension bien homogène.

On met en présence d’un mélange bien défini de la solution saline et de la solution colloïdale une quantité progressivement décroissante du liquide céphalo-rachidien à examiner. La lecture de la réaction peut se faire après dix minutes à l'ultramicroscope, après six à douze heures par examen direct. Par ce dernier procédé, on constate une précipitation complète du benjoin dans les tubes positifs donnant lieu à un dépôt blanc formant culot et une clarification du liquide qui devient transparent comme de l'eau de roche. Dans les tubes négatifs, l’aspect trouble subsiste sans précipité, on retrouve d’ailleurs ce même aspect dans le dernier tube ou tube témoin qui ne contient pas de liquide céphalo-rachidien.

Entre ces deux résultats franchement positif et négatif, on

-peut obtenir une réaction subpositive se traduisant par une

diminution de l'aspect trouble et une sédimentation donnant lieu à un culot plus ou moins abondant.

Les résultats peuvent être notés soit par un procédé gra-

” phique représentant des courbes, soit par une succession de chiffres correspondant à la réaction de chaque tube.

Graphiquement, étant donnés deux axes de coordonnées formés par deux droites rectangulaires graduées, on inscrit seize chiffres sur la ligne horizontale, correspondant aux seize tubes, puis trois chiffres : 0, 1, 2, sur la ligne verticale. 0 indique une réaction complètement négative, 1 une réaction subpositive et 2 une réaction pleinement positive. En réunissant les chiffres. obtenus pour chaque tube par un trait, on obtient des courbes.

Dans la notation en chiffres, on inscrit successivement, les uns à côlé des autres, les résultats obtenus dans chaque tube, ces, résultats allant de 0 à 2 comme dans la notation précédente. L'absence, par exemple, de précipitation dans lous les tubes se traduisant par seize 0 juxtaposés, une précipitation complète dans les quatre premiers tubes, incomplète dans le ciuquième, et nulle dans les autres tubes, se traduirait ainsi : 2222100000000000. C'est celte notation que nous emploierons au cours de ce travail.

Dire quel est le mécanisme de la réaction du benjoin colloïdal serait entreprendre une étude longue et délicate. Le cadre de ce travail est trop étroit pour entrer dans le détail des propriélés physico-chimiques des solutions colloïdales et surtout dans l'explication des phénomènes susceptibles de se produire en présence de certaines modifications du milieu.

Rappelons seulement que les colloïdes en solution, tant dans l'eau que dans l'alcool, ne sont pas dyalisables. Dans certaines

conditions, il peut se produire une séparation du composé col- Joïdal et du solvant, donnant lieu à une floculation.

Les solulions colloïdales sont constituées par une infinité de particules ultramicroscopiques auxquelles Nœgeli a donné le nom de micelles en suspension dans un liquide dit intermicil- Jaire.

Les suspensions colloïdales de benjoin sont constituées par des sphérules de volume inégal et non par des micelles irrégulières. s

D'après Duclaux, les micelles seraient constituées par un

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nombre considérable d'atomes qui, par leur réunion, forment des

. ions positifs ou négatifs plongés dans un liquide contenant des

ions complémentaires et de sens inverse.

Là stabilité d'une solution colloïdale résulte d'un équilibre entre la cohésion qui tend à agglutiner et l’électrisation qui tend à disloquer. La précipitalion est déterminée par la décharge des micelles des sels colloïdaux ou des sphérules des suspensions colloïdales. Ainsi la précipitation du benjoin colloïdal par un électrolyte résulte de la décharge des sphérules du benjoin électrisées négativement (Guillain, Laroche, Léchelle).

Ces auteurs, étudiant la réaction du benjoin colloïdal (Comptes rendus de la Société de biologie du 7 mai 1921) au point de vue physico-chimique par deux méthodes : dialyse du liquide céphalo-rachidien à travers des sacs de collodion et par ultrafiltration de Malfitano, concluent que seules les globulines interviennent, conjointement avec la présence des sels, lesquels ont une simple action de mordançage, en favorisant par Ja présence d'ions positifs bivalents (calcium) la décharge des micelles de benjoin dont le signe est électro-négatif.

Telle est l'explication très résumée du mécanisme de la réaction

du benjoïin colloïdal, mécanisme qui peut s'appliquer à toutes

les solutions colloïdales en général.

Depuis juillet 1920, époque où la réaction de Guillain, Laroche et Léchelle est tombée en quelque sorte dans Île domaine publie, nombreux sont les auteurs qui ont utilisé cette réaction et ont publié leurs observations. Nous n'’entreprendrons pas ici une analyse de ces travaux.

Presque tous les auteurs sont unanimes à reconnaître la spécificité de la réaction du benjoin colloïdal dans la syphilis du névraxe et dans la paralysie générale. Dans cette dernière affection, en païticulier, elle n'est pour ainsi dire jamais en défaut ‘et revêt un aspect très caractéristique qui, à très juste

“titre, a permis de dire qu'il y a une courbe de la paralysie

générale. De plus, R. Targowla, M.-L. Brégi, ont nettement montré qu’elle est l'indice d'un processus évolutif. Si dans les autres affections syphilitiques du système ner-

AO

veux elle n'est pas toujours aussi caractéristique, sa sensibilité, par la plupart des expérimentateurs, a été considérée comme aussi grande que celle de la réaction de Bordet-Wassermann, parfois même elle s’est (trouvée en contradiclion avec cette dernière et en corrélation avec les signes cliniques.

Cette discordance avec la réaction de Bordet-Wassermann a ‘surtout été mise en évidence par Achard, Guillain, Souques, Mouquin et Walter. Ces trois derniers auteurs sur 12 cas de sclérose en plaques ont trouvé la réaction du benjoin colloïdal 11 fois positive et subpositive et une seule fois négative.

Is insistent sur ce fait que si la réaction du benjoin ne peut être regardée comme une réaction absolument spécifique de la -syphilis du névraxe, c'est seulement dans la sclérose en plaques qu'on peut trouver une réaction du benjoin positive ou subpositive dans un liquide céphalo-rachidien normal, par ailleurs.

Sans vouloir nous étendre plus longuement sur les multipies “travaux des partisans plus ou moins enthousiastes de la réaction. du benjoin colloïdal, travaux mentionnés dans la bibliographie qui termine cette élude, disons qu'il s’est trouvé des expérimentateurs moins convaincus et d'autres complètement hostiles.

Ferraro aurait trouvé une réaction du benjoin positive dans 11 cas d’affections nerveuses où l'origine syphilitique pouvait: être complètement exclue, telles que tuberculose méningée, gliomatose cérébrale avec hydrocéphalie, myélite diffuse, néoplasie méningée, tumeur cérébrale, paralysie familiale spasmodique, dégénérescence des voies pyramidales, méningite d'origine otique. Dans 3 cas de syphilis nerveuse, il a trouvé la réaction négative.

Fanny Warnock serait arrivé aux mêmes conclusions.

Guillain, Laroche et Léchelle, dans une communication à la Société de biologie, le 2 juin 1923, ont dit ee qu'il fallait penser de ces assertions. Ils ont démontré qu'il y avait une grosse erreur de technique dans Le travail de Fanny Warnock, car la suspension de benjoin précipitait dans le tube témoin, Quant à

dos

Armando Ferraro, il cite des cas se rapportant à des liquides céphalo-rachidiens xanthochromiques de tumeurs cérébrales et de liquides purulents de méningite aiguë donnant une réaclion du benjoin colloïdal positive. Or, ces auteurs ont toujours spécifié que leur réaction n'était applicable qu'aux liquides céphalorachidiens clairs et non aux liquides sanglants, xanthochromiques et purulents. De plus, Ferraro fait usage de benjoin de Slam; ceci est contraire à la technique des auteurs qui ont précisé qu'il fallait utiliser exclusivement pour leur réaction le benjoin amygdaloïde de Sumatra.

Si l’on pense que la réaction de Bordet-Wassermann, malgré les services évidents qu'elle rend chaque jour, a encore bien des détracteurs qui considèrent quelques exceptions comme une règle générale, il n’est pas surprenant qu'une réaction jeune de trois ans dont les résultats, connus dans certains cas, sont encore à l'étude sur bien des points, ne rallie pas d'emblée tous les suffrages. à

Nous l’avons expérimenté sans parti pris dans quelques cas bien définis en nous astreignant à une technique minutieuse.

Les observations qui suivent diront les résultats que nous avons obtenus.

Grenel 5)

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