‹ Contribution à l'étude de la rupture spontanée des kystes de l'ovaireChapitre 9 sur 16 · OBSERVATION PREMIÈRE · texte numérisé non relu

OBSERVATION PREMIÈRE

(Dr Moulonguet, Echo médical du Nord, n° 23, 20 juin 1897, p. 272.) Rupture spontanée d'un kyste dé l'ovaire droit chez une femme enceinte.

Végétations intra-kystiques. — Ascite. — Ovariotomie. — Guérison.

Une femme de 29 ans, Berthe S..., m'est adressée par le docteur Chevalier. Cette femme, qui a les apparences d’une bonne santé, a un enfant de 3 ans et demi bien portant.

Elle se plaint, depuis une quinzaine de mois, de pesanteur dans la fosse iliaque droite, qui devient douloureuse au palper, pendant la marche et au moment des rapports sexuels. Elle dit percevoir elle-même dans son côté, depuis quelque temps, une grosseur qui augmente de volume.

Ces phénomènes attiraient bien son attention. mais elle n'eut vraiment d'inquiétude sérieuse qu'au mois de mars, lorsqu'elle s’aperçut de la disparition de ses règles.

klle vint me consulter dans les premiers jours du mois de mai. Le volume de l'utérus, le ramollissement du col, l'aspect violacé de la muqueuse vulvaire, les modifications des seins me firent reconnaitre sa grossesse. Mais à côté de l'utérus, accolé à lui, quoique pouvant s’en distinguer, je sentais, par le palper et le toucher,une masse de consislance souple, immobile, paraissant enclavée dans le petit bassin et débordant dans la fosse iliaque droite.

C'était la tumeur que la malade connaissait et percevait en appliquant la main. Je diagnostiquai : kyste de l'ovaire chez une femme enceinte, et proposai l'intervention.

Elle entra dans mon service le 11 mai, nous déclarant

que, depuis la veille, sans qu'elle eût éprouvé de douleur, sans qu'il fût survenu rien d'anormal, son ventre avail diminué de volume et qu'elle ne sentait plus sa tumeur.

En effet, s'il était toujours facile de reconnaître son utérus gravide, la masse qui lui étail accolée s'était bien modifiée et n'était plus représentée que par une petite tumeur mobile qu'on déplaçait par le Loucher combiné au palper et qui avait le volume d’une mandarine.

J'ai opéré cette malade le 14 mai, sur le plan incliné.

L'utérus gravide s’est présenté de suite avec ses gros faisceaux de fibres musculaires hypertrophiés. Ma main, introduite dans la fosse illaque droite, a ramené sans aucune difficulté le kyste de l'ovaire perforé. Cette perforation était angulaire, avait 1 centimètre d’étendue. Sa forme angulaire était probablement due à la rétraction des parois. Ses bords étaient amincis, noirâtres, ecchymotiques. Elle laissait échapper encore quelques gouttes de liquide kystique, clair, séreux. Ce kyste, à parois épaisses, avait sa face interne uniformément tapissée de végétations papillaires rouges, pressées, tassées les unes contre les autres, lui donnant un aspect grenu. Il était développé sur le bord externe de l'ovaire droit, semblant lui former une sorte de prolongement, de diverticule, alors que le reste de l'organe paraissait normal.

La perforation était sans doute due à une érosion produite par une des végétations papillaires. En tout cas, dans aucun des deux faits, il n’est permis d’invoquer ni le traumatisme ni la torsion du pédicule. |

Après m'être assuré que les annexes du côlé gauche étaient saines, j'ai enlevé, en même temps que le kyste, l'ovaire et la trompe droites, considérant que la continuité du kyste avec l'ovaire pouvait faire concevoir des doutes sur l'intégrité apparente de cet organe. On conçoit facile-

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ment que j'aie ensuile porté tous mes soins dans la suture des parois de cet abdomen qui va être distendu par la grossesse en cours. J'ai fendu la gaine des muscles droits pour les isoler. Un premier plan de sutures continues au catgut à réuni le péritoine: son fascia et la paroi profonde de la gaine des muscles droits ont été directement juxtaposés par des sulures au catgut très rapprochées. Audéssus d'eux, j'ai refermé par un plan de sutures la paroi antérieure de la gaine des droits. Enfin, des crins de Florence profonds et superficiels ont réuni le tissu cellulaire et la peau.

Les suites ont été normales. L'évolution de la grossesse ne paraît avoir été troublée en rien par cette intervention. I n'ya eu ni coliques ni douleurs lombaires. La suture abdominale est bien solide, et la malade à quitté Fhôpital le 7 juin.

OBSERVATION Il

(D' Fossard, thèse de Paris, 1° juin 1901)

Kyste de l'ovaire droit rompu. — Ruptures spontanées el répétées du kyste.

M°° À. E..., épicière, âgée de 46 ans, des environs de Poitiers, est une femme de bonne constitution, se portant habituellement très bien. Mariée à 16 ans, elle a eu deux orossesses normales à 18 et 20 ans. À 40 ans. troisième grossesse ; l'enfant naît à terme mais meurtun mois après l'accouchement.

Il y a deux ans, cette femme constate que son ventre a un peu augmenté de volume à l’occasion d'une poussée d'iclère calarrhal qu'elle fit à cette époque. Elle ne con-

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sulte personne, et son ictère était presque complètement disparu lorsqu'elle tomba à terre accidentellement de la hauteur d’un meuble. Elle ressent'une sensation violente de déchirure dans la fosse ihiaque droite, se trouve mal, revient peu à peu à elle. Au bout de deux jours, elle ne ressentait plus rien de son accident.

Ce n’est qu’au mois de janvier 1900 que la malade, s’observant minutieusement, constate que son ventre augmente réellement de volume. Ne souffrant aucunement, elle ne s'inquiète pas et continue de vaquer à ses occupations. Peu à peu le ventre se développe uniformément dans tout son ensemble, devient plus lourd, plus sensible.

Au mois de mars 1900, cette femme voyageant dans une voiture mal suspendue, ressent {out à coup une douleur violente dans le côté droit du ventre, accompagnée d'une sensation bizarre. Il lui semble que son ventre a diminué de volume.

Elle rentre chez elle et dans la nuit qui suit l'accident elle remarque qu'elle urine beaucoup plus que de coutume.

Cette polyurie s’accentue le lendemain et se continue pendant trois ou quatre Jours. |

Cette femme commenca alors à souffrir du ventre; ce ne sont pas des douleurs continues, ce sont des poussées douloureuses qui se répètent à des intervalles plus ou moins éloignés et qui siègent dans toutle ventre, surtout à droite.

Peu à peu l'abdomen a acquis le volume qu'il présentait lors de l'accident de voiture; à Ja fin de mai 1900, il n’a jamais été aussi volumineux. La malade est dyspnéique et présente une constipation intense. Très alarmée, elle consulte le 10 juin 1900, un météorisme qui rend toute palpation et tout toucher impossibles. On.prescrit un

: purgalif, des lavements, des diurétiques et une antisepsie intestinale soignée. CUS

Au bout de quelques jours, la tension abdominale ayant disparu, on peut passer à l'examen de la malade.

Cette dernière étant placée dans le décubitus horizontal et respirant largement, la palpation simple fait constater au-dessus de l'arcade crurale, entre le pubis et l'épine iliaque droite, ane tumeur arrondie un peu douloureuse, paraissant fluctuante, mate à la percussion.

Le toucher vaginal combiné au palper abdominal démontre qu'il existe nettement dans la fosse iliaque droite une tumeur assez volumineuse, lisse, tendue, arrondie, très nettement fluctuante, débordant la ligne médiane et envahissant le côté gauche de l’abdomen. En pressant fortement la paroi abdominale au-dessus du pubis et en imprimant avec le doigt vaginal des mouvements à ‘la tumeur, on constate que les ébranlements ne sont pas Lransmis à l'utérus qui est bien indépendarit.

L'examen successif du cœur, des poumons, des reins, du foie est complètement négatif.

En présence de tels symptômes. M. Pouliot pense à un kyste de l'ovaire qui, s'étant rompu autrefois, s'est développé de nouveau dans la suite, fait appeler un chirurgien de Poitiers qui confirme entièrement son diagnostic et propose lintervention chirurgicale.

La malade est bien décidée à se faire opérer. Habitant à quelques kilomètres de Poitiers, on la transporte en voiture le 29 juin 1900 à la maison de santé.

Un peu avant d'arriver à Poitiers, cette femme ressent, comme au mois de mars, tout à coup une douleur violente dans le côté droit du ventre comparable à une sensation de déchirure, a une légère syncope, puis revient à elle et constate encore une fois avec étonnement que son ventre,

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qui était énorme et pointaiten avant, est maintenant absolument aplati. |

On examine la malade de suite après l'accident ; on trouve tous les signes de l'ascite : sensation de flot dans les flancs, matité du liquide à la percussion. Ce liquide occupe les parties déélives et se déplace si on imprime des changements de position à la malade. On cherche la tumeur, elle à disparu.

La malade sue abondamment et les deuxième et troisième jours, elle urine d’une façon inusitée, se réveillant pour satisfaire ses besoins à tout instant de la nuit.

Le quatrième jour, les parois du ventre étant absolu- ment dépressibles et toute tumeur disparue, la malade refuse énergiquement au chirurgien toute opération et sort de la maison de santé le 4 juillet 1900.

Nous avons fait prendre depuis des nouvelles de cette femme : le ventre a augmenté de nouveau et peu à peu de volume. Le kyste s’est donc reproduit.

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