‹ Contribution à l'étude de la Sciatique radiculaireChapitre 23 sur 32 · LU L · texte numérisé non relu

LU L

LA 0 Dre

RADICULITES LOMBAIRES

Les radiculites lombaires n’entrent pas, à vrai dire, dans le cadre de la sciatique radiculaire lorsque seules sont atteintes les premières racines lombaires ou bien encore lorsqu'elles participent à des lésions de radiculites dorsales. Nous rapporterons cependant ici l'observation présentée par MM. Jeanselme et Sezary à la Société de Neurologie (4), qui est un type très intéressant de lésions des

racines lombaires.

OBservaTion XXXIX.

C..., 47 ans, entre fin mai à Tenon pour vives douleurs dans la région lombaire et dans la jambe gauche.

Nie la blennorragie et la syphilis : pas de stigmate de vérole : légère leucoplasie labiale. Grand fumeur. Ethylique. Tempéra-

ment nerveux.

(1) Jeansezme et Sezary, Soc. de Neurologie, 4 juillet 1907.

En juin 1906, crises douloureuses avec fourmillements et sensations de brûlure dans les pieds, survenant 5 à' 6 fois par mois et rappelant tout à fait l’aeroparesthésie. Arrêt de sécrétion ice rale des pieds, qui auparavant était très exagérée.

Ea juillet et en août 1906, douleurs suivant le trajet du crural et au niveau des adducteurs de la cuisse droite, calmées par des pointes de feu, puis disparaissant lentement.

Le 9 mai 1907 à Tours, un matin, à la suite d’une quinte de toux el en se baissant pour prendre son crachoir, le malade res-

sent subitement dans les reins une douleur très vive, irradiant aussitôt dans la cuisse gauche et l’immobilisant par son intensité. Une heure après seulement il peut se lever et faire péniblement quelques pas : il lui semble souffrir moins debout qu’assis ou couché. Trois heures après on le transporte à l’hôpital, où on lui fait 2 piqûres de morphine ; il y reste trois jours, souffrant un peu moins, mais redoulant de tousser, car la toux réveille la douleur dans la région lombaire et à la cuisse. Il constate alors lui-même que, à la partie antérieure de la jambe, il ne sent plus le tact, ni la douleur, ni la température. Revenu à Paris.

Etat au 1° juin. — Douleur sourde dans la région lombaire gauche et sur le trajet du crural, augmentée par la toux, avec quelques exacerbations paroxysliques surtout nocturnes, gênant la marche.

La pression sur le trajet du crural est moyennement douloureuse, Pas de signe de Lasègue. Des points de Valleix de la scialique on ne trouve que celui de la partie moyenne de la cuisse.

Bande d'anesthésie absolue au 3 modes au devant du tibia gauche, large de 3 travers de doigt; se poursuivant en bas,

au-dessus du cou de pied, par une bande d’hypoesthésie allant

jusqu’à la racine des orteils, qui ne présentent aucun trouble de sensibilité ; se continuant en haut, à partir du genou, avec une zone radiculaire d'hypoesthésie remontant vers la région lombaire, en suivant les faces externe puis postérieure de la cuisse,

Réflexe rotulien très diminué à gauche, vif à droite, Réflexes achilléens normaux des deux côtés. Pas de clonus du pied, pas de Babinski ; réflexe crémastérien nul à gauche, net à droite. Réflexe abdominal identique des deux côtés.

Atrophie notable de la cuisse et de la jambe gauches, dont la force musculaire est un peu diminuée par rapport au côté droit.

Examen électrique fait par M. Rieder. Au courant faradique tous les muscles réagissent normalement à la fesse, à la cuisse, à la jambe et au pied des deux côtés, sauf le quadriceps crural etle jambier antérieur gauches dont la contraction est molle et neltement retardée (pas de réaction d’épuisement).

Au courant galvanique ces deux mêmes muscles présentent seuls une modification : contraction retardée (avec Le pôle négatif 3 milliampères à droite, 8 milliampères à gauche), pas de DR nette, mais NF S presque égalàP FS.

Le membre inférieur droit ne présente actuellement aucun ‘trouble de motilité ou de sensibilité. Pas de scoliose. Réactions pupillaires normales ; aucun signe de tabes : urines normales.

Ponction lombaire. — Lymphocytose légère, 6 à 8 éléments par champ (ocul. 3, obj. 6 Leïlz).

Soumis au traitement mercuriel cé malade a guéri.

Cette observation, où la paralysie dissociée du quadriceps

crural et du jambier antérieur est si nette, est à rapprocher

de’ l'observation de méningoradiculite sacro-coccygienne, : publiée par Padoa et que nous reproduisons au chapitre . des radiculites de la queue de cheval. Chez ce malade nous voyons, au contraire, le quadriceps et le jambier antérieur rester indemnes, tandis que presque tous les autres muscles : de la cuisse et de la jambe sont atteints.

Nous avons déjà eu l’occasion de rencontrer plusieurs cas de dissociation du jambier antérieur dans des paralysies limitées au groupe antéro-externe de la jambe qui vé- | rifient une fois encore l’innervation radiculaire toute parti-

culière de ce muscle.

OsservaTion XL

MM. Mosny et Malloizel ont publié (1) un cas de méningoradiculite lombaire consécutive à une ostéile tuberculeuse transversovertébrale.

Il s’agit d’un homme âgé de 23 ans qui, depuis trois mois, souffre de douleurs lombaires ayec douleur exquise à la pression de la première apophyse costiforme lombaire droite ; on constate un enfoncement latéral au niveau de la sixième vertèbre dorsale.

Réflexes rotuliens presque abolis; la ponelion lombaire révèle un liquide céphalo-rachidien clair avec 6-10 lymphocytes par champ.

Quinze jours après, hypoesthésie très nette à la face intéro-

(4) Mosny et Maxromæz, Soc. Méd. des hôpitaux, 1906, 9 novembre,

externe de la cuisse gauche, bande large comme la main, s’arrétant à trois travers de doigt de l’interligne articulaire du genou, en haut, au-dessous de l'épine iliaque antérieure et supérieure ;

une semaine après, hypoesthésie identique à droite, c'est-à-dire:

dans le territoire de la deuxième racine lombaire.

Ju qe

RADICULITES SACROCOCCYGIENNES

Lé diagnostic entre la sciatique, telle que la concevaient les auteurs classiques, et telle que la décrivaient Trousseau et Landouzy, et les affections de la queue de cheval était fort aisé à faire et les traités de médecine mettaient simplement le clinicien en garde de ne pas confondre le début douloureux d’une compression de la queue de cheval avec une sciatique banale ; mais depuis que la notion des radiculites sciatiques -a pris naissance, la démarcation entre ces deux affections devenait de plus en plus théorique. Toutes les formes de transition ont, en eltet, été constatées en clinique, depuis l’atteinte unique d’une racine du sciatique (là V° lombaire, cas Déjerine et Regnard) jusqu’à la compression englobant toutes les racines de la queue de cheval des deux côtés. Lortat Jacob et Sabareanu différencient les deux affections, d’une part, par l’unilatéralité de la sciatique radiculaire, d’autre part, par la constance des troubles sphinctériens et des troubles génitaux dans les radiculites sacrococcygiennes, et Raymond et Minor établissent au niveau de la troisième sacrée la frontière de ces deux entités morbides.

Polonovski 7

C'est là, certes, schématiser à outrance le diagnostic de ces deuxaffections. Très fréquemment, en effet, la radiculite peut n’atteindre au début qu’un nombre limité de racines, avec une prédominance sur celles qui vont contribuer à former le tronc du nerf sciatique, et alors les troubles génito-urinaires vont faire défaut. La bilatéralité par contre de la sciatique radiculaire a, comme nous avons eu l’occasion de le voir, été rencontrée plusieurs fois.

Bien plus, la compression de la queue de cheval peut être unilatérale et nous en verrons une observation très typique.

L'existence de radiculites sacrococcygiennes ne pouvait certes pas être publiée avant que les travaux de M. le Pr Déjerine n’aient mis en valeur l'existence même des radiculites en général, mais on peut actuellement retrouver, en relisant le travail si documenté de M. Dufour (1), deux observations de névrites radiculaires de la queue de cheval dues à des lésions de méningite rachidienne de nàture probablement tuberculeuse, en relation avec une tuberculose vertébrale. De nombreuses observations, accompagnées d’autopsie dans plusieurs des cas, de Lancereaux, Thorburn, Bechterew rapportent des lésions méningo-radiculaires avec dégénérescence limitées aux ra cines sacrées de nature vraisembablement spécifique.

Cestan et Babonneix (2), Bartels (3) ont publié des cas

fort intéressants de lésions des nerfs de la queue de cheval (1} Durour, Contribution à l’état des lésions des nerfs de la queue de cheval (Thèse de Paris, 1896).

(2) Cesran et BABONNEIX, Gazette des hôpitaux, 13 février 1901. (3) Banrezs, Mit, a, d, grensgeb, d. med. u, chir., 1903, Bd, XI,

par pachyméningite comprenant les racines sacrées, Italo Rossi (1) et Padoa (2) s’attachèrent à distinguer les cas dus à des radiculites de ceux que l’on pouvait attribuer à des lésions du cône méduilaire. Ce diagnostic est très difficile dans certains cas et la présence ou l’absence d’un seul symptôme ne le permet certainement pas, et ce n’est que par la réunion de plusieurs signes, par l’évolution de. Vaffection et bien souvent par le résultat nécropsique seul. que l’on pourra porter un diagnostic certain.

Plusieurs symptômes n'auront qu'une valeur de probabilité relative, nous les énumérerons rapidement.

La dissociation de la sensibilité, à type syringomyelique sembleraït à première vue de première importance en faveur d'une lésion médullaire : MM. Raymond et Padoa ont montré qu’on peut la rencontrer dans les polynévrites, l’hystérie et le tabes.

te symétrie des symptômes n’a aucune valeur, pas plus que l'existence de troubles trophiques. Le signe de Schulize (3), la présence des contractions fibrillaires, s’observe plus fréquemment dans les altérations des noyaux médullaires, que dans les lésions radiculaires.

L'amélioration progressive de la maladie sera beaucoup plus en faveur d’une radiculite, l’'aggravation, au contraire, fera pencher vers une lésion de La moelle, Telle est la loi de

Raymond qui souffre cependant de curieuses et fréquentes

(1) Irazo Rossi, Archives de Neurol., 1906, n° 116, p. 81.

(2) PaADon, Archives gén. de Méd., 1907. |

(3) Scurrzr, Deutsche Zelsch. fur Nervenheilkunden, Bd. V, 1894,

exceptions, mais dans sa généralité conserve une grande importance diagnostique.

L'examen électrique montrant une altération musculaire à distribution radiculaire est certainement un très bon signe.

La ponction lombaire peut, dans beaucoup de cas, trancher le diagnostic, soit qu’elle révèle une hémorragie méningée, soit qu’on trouve une lymphocytose du liquide céphalorachidien.

Il est enfin un symptôme qui a une valeur sémiologique de première importance. C'est la douleur. Les douleurs persistantes atroces, à caractère paroxystique, exagérées par toute cause d’hypertension ou d’ébranlement du liquide céphalo-rachidien, sont plutôt liées à des affections radiculaires : les quelques observations publiées de lésions médullaires avec des douleurs très vives s’expliquent par l'atteinte des cordons blancs de la moelle.

Il est cependant malaisé d'établir un diagnostic sur un élément aussi subjectif que l'intensité d’une douleur. Un excellent renseignement est donné par l'apparition précoce des douleurs antérieurement à toute paralysie.

Nous avons relevé dans la bibliographie deux observations de méningo-radiculites, toutes deux spécifiques, dont une bilatérale et une hémi-queue de cheval. Nous avons nous-même eu l’occasion d’examiner une « queue de cheval » par radiculite, et nous en rapportons également l'observation complète. Nous pouvons rapprocher de ces trois cas l'observation de radiculite syphilitique prédominant sur les racines antérieures, publiée par MM. Ardin

Delteil et Dumoulard (1) et que nous avons déjà rapportée

(1) AnDiN, DezrTeiz et DumouLanpD, Soc. de Neurol., 2 mai 1907,

à propos des formes motrices des sciatiques radiculaires. L'observation suivante est assez caractéristique et la topographie radiculaire y est très marquée surtout au point

de vue de la sensibilité objective.

Ossernvarion XLI (G. Padoa) (1) Résumée.

B..., âgé de 50 ans, laitier, entre le 24 août 1906 dans le service du professeur Raymond.

A 45 ans, chancre traité par pilules et iodure. Jamais d’accidents secondaires.

Début deux ans et demi auparavant par des douleurs très

vives au niveau de la fesse, de la cuisse, de la jambe droite jusqu’au pied, à exacerbations nocturnes. Six mois après mêmes

douleurs du côté gauche.

Ce n’est qu’un an après le début de la maladie que surviennent un engourdissement et bientôt un affaiblissement d’abord dans les muscles du membre inférieur droil, puis dans ceux du membre gauche ; et déjà le contact des vêtements, les sensations douloureuses ne sont plus perçus qu’incomplètement par le malade. Sensation de froid aux membres inférieurs.

Marche très gênée, station debout bientôt impossible.

Six mois après rétention d'urine et des matières allernant avec de l’incontinence et anesthésie des muqueuses vésicales et rectales érection impossible : éjaculation conservée.

Traitement à l’Hôtel-Dieu, par injection d'huile grise sans

résultat appréciable.

(1) PAnoa, Contribution à l'étude des hippuropathus (Archives générales de Méd., 1907, p. 254.

Examen. — Douleurs le long des deux membres, moins intenses qu’au début, s’atténuant après la marche ou le massage.

Un peu d’incontinence de l’urine et des matières.

Atrophie très prononcée plus à gauche qu’à droite des muscles fessiers, biceps, demi-tendineux, demi-membraneux, jumeaux, péroniers et muscles du pied. Pas de contractions fibril-

laires.

Réflexe rotulien normal à droite, très légèrement exagéré à gauche, achilléens abolis des deux côtés, crémastériens vifs.

“Motilité. — Extension et flexion des articulations coxo-fémorales et du genou peuvent se faire complètement : adduction de la cuisse un peu réduite, plus à gauche qu’à droite, ainsi que la rotation de la cuisse en dehors avec abduction. Le mouvement du pied des deux côtés, et spécialement le mouvement d’abduction du côté gauche sont assez limités. L'extension et la flexion du gros orteil normales. Très réduites pour les autres orteils surtout à gauche aïnsi que flexion et abduction du petit orteil. Faïblesse des 1° et 2° lombricaux, paralysie des 3° et 4°.

La station debout est possible sur les pieds, suffisamment écartés.

Signe de Romberg. — Le malade marche sur les talons qu'it traîne sur le sol ; rotation externe du pied droit.

Signe de Lasègue plus net à gauche qu’à droite.

Sénsibilité. — Hypoesthésie tactile, douloureuse et thermique très marquée à la partie interne des fesses, et postéro-internes des cuisses plus étendue et plus ‘accentuée à gauehe qu’à droite ; le long du bord externe des deux pieds et au niveau des régions du métatarse et des quatre derniers orteils, toujours plus mar- : quée à gauche qu’à droite. Les troubles de la sensibilité ther-

mique sont plus étendus que ceux des autres sensibilités.

— Ai —

Examen électrique (très résumé) : DR dans fessiers, demi-tendineux et demi-membraneux, extenseur commun des orteils,

péroniers, pédieux, jumeaux, abducteur du petit orteil dans les

deux membres.

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