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TOPOGRAPHIE RADICULAIRE DE LA SENSIBILITÉ

Les limites des territoires de sensibilité troublée sont rarement bien définies et l’on comprend très bien que cette délimitation nous mette aux prises avec de nombreuses difficultés.

Tout d’abord cette recherche de sensibilité objective est malgré tout basée sur un élément éminemment subjectif : La perception de l'intensité d’une sensation, et l’on ne saurait trop s’entourer de précautions lorsqu'on cherche à fixer sur un schéma l'intégration des éléments fournis par les réponses du malade.

L’hypoesthésie légère est souvent due à un trouble trophique de la peau : une pachydermie, un peu d’ichtyose, ou bien un peu de corne à la plante du pied diminueront de beaucoup l'intensité de la piqûre.

La recherche de la sensibilité douloureuse à la piqüre est peu précise, la pointe ne pénétrant pas toujours de la même profondeur dans l’épiderme.

Mais ilya surtout deux causes d’erreur dont on doit

tenir compte : c’est, d’une part, la fatigue du sujet au bout

d'un temps très court d'examen, ce qui nécessite des examens répétés, mais très rapides. C’est, d’autre part, une loi physiologique surlaquelle notre maitre, M. le P'Déjerine

a souvent attiré l'attention : «la Sommation des sen-

sations » ; un territoire anesthésié perçoit la sensation douloureuse après une série de piqüres qui chacune séparément était insuffisante et ne dépassait pas le seuil de la perception, mais qui, s’ajoutant les unes aux autres, produisent finalement une impression douloureuse.

Lorsque, toutes les causes d’erreur étant écartées autant que possible, on est arrivé à relever les zones de sensibilité troublée, le problème de la topographie radiculaire est encore bien difficile.

On sait actuellement qu’à chaque zone cutanée correspondent non pas une seule, mais plusieurs racines et l’on ne s’étonnera pas de ne jamais trouver anesthésié totalement un territoire au milieu d’un membre nullement touché au voisinage de cette anesthésie : c’est le plus souvent une zone d’hypoesthésie, quelquefois même d'hyperesthésie qui la borde. Nous avons vu que l'on rencontre dans les sciatiques radiculaires, tantôt des bandes d’hypoesthésies, tantôt des bandes d’hyperesthésies, quelquefois d’anesthésie totale.

L’explication pathogénique en est simple et le cas de Stroesen est à ce sujet très caractéristique : l’atteinte légère d'une racine, son irritation cause l’hyperesthésie et nous avons vu dans cette observation au cours de l’évolution progressive de la lésion, l’hyperesthésie se mucr en anesthésie, changement qui était la signature de l'aggravation

de la lésion radiculaire.

TROT Ne ;

La lésion d’une seule racine explique les hypoesthésies des territoires que nous avons déjà dit être innervés toujours partrois racines consécutives; la lésion de deux racines augmentera celte hypoesthésie et l’anesthésie ne surviendra que lorsque la radiculite intéressera toutes les racines présidant à l'innervation de la zone considérée.

Si nous additionnons simplement dans toutes les observations que nous avons pu recueillir et qui contenaient des indications suffisantes, c’est-à-dire dans 66 observations, le nombre de fois que d’après les schémas de la sémiologie de M. le Pr Déjerine, chaque racine fut touchée (en partie ou en totalité, hypo, hyper ou anesthésiée), nous trouvons que la racine la plus fréquemment prise est la première sacrée, puis la deuxième sacrée et la cinquième lombaire, beaucoup moins la troisième lombaire, la deuxième et la quatrième : quant à la première lombaire et à la troisième sacrée, leur participation est très rare.

Voici le tableau exact :

Di)

Nous avons déjà vu que la fréquence d'atteintes de Ly Si et Sr était facilement expliquée par la disposition

anatomique des gaînes radiculaires et si nous examinons,

non plus châque racine isolément, mais l'ensemble des racines le plus fréquemment touchées simultanément, nous trouvons que c'est justement les combinaisons de ces trois racines prises soit isolément, soit plus fréquemment deux à deux, soit encore en totalité que nous retrouvons dans la grande majorité des observations.

Sur 30 observations, dans lesquelles les zones d’anesthésie ou d’hypoesthésie, ont été très soigneusement délimitées et répondent à des territoires bien définis des

schémas de sensibilité, nous trouvons les cas suivants de

groupement de racines :

S, Sn PCA Liv Ly S, Su

Ly Sr 3 »

Mais lorsque l’on examine plus minutieusement les schémas de sensibilité des différentes sciatiques radiculaires, on s’aperçoit qu’il y a des groupements de zones ne correspondant plus à un territoire total d’une ou de plusieurs racines,

On rencontre fréquemment des bandes d’anesthésie ou d'hypoesthésie, le long de la face externe du membre occupant ainsi la moitié postéro-externe des territoires de Ly, Lin et une partie de S; (Observations Gaukler et Roussy, Lortat Jacob et Sabaréanu, etc.).

Très fréquemment S: n’est pris qu’à la jambe, respectant

soit tout Le pied (cas Gaukler et Roussy, 2 cas Rousselier, Pélissier et Krebs), soit la plante du pied (cas Lortat Jacob et Sabaréanu), soit encore le tiers moyen du pied (cas Berthéol).

Ces cas répondent-ils à une lésion limitée à une moitié des racines, l'infection étant localisée, soit sur la moitié droite, soit sur la moitié gauche des gaines radiculaires ? ou bien est-on en droit de supposer que les schémas ne correspondent pas encore à la réelle innervation radiculaire ? Ce sont là questions, que seules pourraient résoudre de nombreuses autopsies ou des expériences de physiologie et que nous ne pouvons élucider par la clinique seule.

Les différents modes de sensibilité ne sont pas toujours affectés d’une façon rigoureusement superposable et nous avons vu fréquemment la sensibilité douloureuse plus atteinte que la tactile, et l’hypoesthésie thermique occuper un territoire plus étendu que les hypoesthésies tactiles et douloureuses.

De même que dans les lésions tronculaires de la sciatique, d’ailleurs, ces différences ne sont, en aucune façon, l'indice d’une lésion médullaire. Les sensibilités profondes ne sont touchées qu'en dernier lieu et seules s’accompagnent de perte du sens des attitudes, de perte de la sensibilité osseuse et de la discrimination tactile. Les liaisons accentuées des racines se traduisent par des anesthésies

suffisamment marquées.

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