‹ Contribution à l'étude de la Sciatique radiculaireChapitre 26 sur 32 · TROUBLES RADICULAIRES DE LA MOTILITÉ ET DES RÉFLEXES · texte numérisé non relu

TROUBLES RADICULAIRES DE LA MOTILITÉ ET DES RÉFLEXES

Le problème est ici encore plus difficile à résoudre.

L'innervation radiculaire des différents muscles a été fort bien étudiée par M. le professeur Déjerine, mais les dissociations paralytiques des muscles de la loge antéroexternes ne concordent pas toujours avec les données des schémas radiculaires adoptés.

La dissociation si fréquente du gambier antérieur, que nous rencontrons,(huit fois sur treize observations) est certainement en faveur d’une dissociation d'innervation radiculaire et il semble que nous devons conserver à L;, l'innervation de ce muscle : les extenseurs des orteils sont également fréquemment dissociés des péroniers latéraux ; ce que nous croyons pouvoir expliquer par la participation de la S, à linnervation du long péronier latéral, les extenseurs dépendant surtout de L..

Mais on constate alors une dissociation très nette entre les racines antérieures et les racines postérieures atteintes.

Faut-il là encore admettre une disposition spéciale des

Polonovski 9

gaïnes radiculaires ou supposer que les racines antérieures et postérieures touchées par la lésion radiculaire sont homologues et reconstituer de nouveaux schémas ?

Il nous semble que de la comparaison attentive des nombreuses observations s’accompagnant à la fois de troubles moteurs et de sensibilité objective découle une indépendance bien marquée des racines antérieures et postérieures homologues.

Si nous rapprochons, en effet, Les troubles de sensibilité observés alors que la paralysie des muscles de la loge antéro-externe n’atteint pas le gambier antérieur d’une part, et d'autre part les cas où ce muscle est affecté, nous voyons que les mêmes racines postérieures, étant touchées, et au même degré, la racine motrice du gambier est ou n’est pas

lésée. Ainsi ce muscle est respecté dans Les cas suivants :

Obs. Déjerine Regnard Racines antérieures LE, Obs. Clarac » L, L, S, Obs. personnelle » L, L

Alors qu’il est touché dans :

Obs. Pélissier Krebs L, S, Obs. personnelle L, S:

Obs. Camus Sezary LS

Pour les péroniers le fait est encore plus net, car dans l'observation de MM. Pelissier et Krebs ils sont paralysés, et dans notre cas personnel ils sont respectés, alors que hous trouvons des troubles de sensibilité sensiblement superposables en L, S,. |

Il'est cependant juste de remarquer que ni dans le pre-

mier ni dans le second cas les deux territoires radiculaires ne sont atteints dans leur totalité.

Il nous semble donc probable que les lésions de radiculité affectent d'une façon dissymétrique les racines antérieures et postérieures, se localisant d’ailleurs beaucoup. plus électivement sur ces dernières ; et cette dissociation est une preuve certaine de la localisation radiculaire de l'affection.

Quant aux réflexes tendineux, achilléen etrotulien, nous les avons vus tour à tour exagérés, alfaiblis, normaux ou abolis sans qu’il semble à première vue que l’on puisse énoncer une règle quelconque les concernant.

Si nous ne tenons compte que des éléments statistiques, LortatJacob, sur 28 cas, trouve le réflexe rotulien aboli une fois, normal 8 fois, exagéré 9 fois, affaibli 10 fois.

Le réflexe achilléen diminué 11 fois, exagéré 6 fois, normal 5 fois, aboli 4 fois.

Nous-même, sur 53 cas, nous trouvons :

Rotulien Achilléen Aboli 4 22 Affaibli 15 11 Exagéré 12 11 Normal 22 9

L'abolition du réflexe achilléen est donc le plus fréquemment observé, et, Babinski fut le premier à Le faire reruarquer, bien souvent il ne reparaît même pas après la disparition des autres signes de sciatique.

Dans une de nos observations nous avons vu le réflexe achilléen droit aboli comme seul symptôme d’une sciatique

radiculaire ancienne, alors que celle-ci se trouvait en évo-

lution au membre inférieur gauche, où le réflexe achilléem se trouvait d’ailleurs conservé.

Le réflexe du tenseur du /ascia lata, étudié depuis peu de temps n’est pas noté dans la plupart des observations, ce qui ne nous permet pas d'en faire une étude d'ensemble.

Dans les quelques cas où nous l’avons cherché ainsi que dans les observations où il est cité, on trouve un parallélisme presque constant entre ce réflexe et l’achilléen.

Dans les sciatiques tronculaires, à moins que la lésion n’intéresse le nerf fessier supérieur, Le réflexe du tenseur du fascia lata se trouvera intact, alors que la réflexe du tendon d'Achille sera presque toujours altéré. |

Dans la sciatique radiculaire, au contraire, le centre spinal de ce réflexe paraissant dépendre de la Ve lombaire re et 2° sacrée, d’après Bonola (1) de même que l’achilléen, ces deux réflexes seront à la fois diminués ou exagérés par une même lésion radiculaire, et Bonola croit pouvoir de la coexistence ou de la non-coexistence de ces deux réflexes conclure à la nature radiculaire ou tronculaire de l'affection.

Nous résumons brièvement quatre observations données

par Bonola à l’appui de sa thèse.

OBsErRvATION XLIV

I. H..., 36 ans. Depuis trois mois douleurs irradiées le long du sciatique gauche. Ni troubles moteurs ni trophiques. Signe de Lasègue et de Déjerine.

(1) Bonoza, Revue Neurologique, 1912, p. 326.

Bande d’hyperesthésie à la température et à la douleur en L,, S,, S:.

Réflexe rotulien fort ; achilléen, très faible; fascia lata, très faible. Syphilis il y a 8 ans. Guéri après 10 injections de calomel. |

OsservarTion XLVI

Il. F..., 54 ans. Sciatique ancienne il y a 8 ans. Depuis À mois souffre de nouveau dans la jambe droite. Ni troubles trophiques ni moteurs.

Hypoesthésie : face externe et postérieure de la jambe, face postérieure de la cuisse, dos et plante du pied.

Pas de points de Valleix. Signes de Lasègue et de Déjerine.

Réflexe rotulien normal, achilléen et fascia lala abolis.

Ponction lombaire : faible leucocytose. Nie la syphilis : mais

3 fausses couches,

OsservaTion XLVI

HIT. H..., 31 ans. Depuis 6 mois douleurs térébrantes à la face postérieure de la jambe droite. Faible hypotrophie des muscles de la région antéro-externe et du triceps crural.

Pas de troubles de la motilité. Signes de Lasègue etde Déjerine,

Hypoesthésie dans les domaines (L.) L, L..S; S, S:.

Réflexe rotulien très faible, achilléen et fascia lata abolis.

Ponction lombaire : lymphocytose moyenne.

Ousenvanon XLVIL

rare D LC A | : 12 * Sa 7 a pr

Ke + | 3

‘2 YL “ 35 ans : Depuis 8. mois outre An re Eu à è (a | 2e térieure de la jembe idroite. Signes de RL et de + Déje- ; Le n rine. 4 \ \ ñ € { = #4 A 4 no 400 Hypoesthésie dans les territoires LS Pet SAME AS É Réflexe rolulien fort ; achilléen et fascia lata très faibles. Heu: + © Pas de lymphocytose. Nie la syphilis

0 Amélioré par le traitement mercurial. RS

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ETIOLOGTE

RADICULITE SYPHILITIQUE

Radiculite : syphilitique. — Le premier terme semble: presque déjà imposer le suivant. La grande majorité des observations, que nous avons eu l’occasion de rapporter dans le cours de cette étude, portait sur des malades soit syphilitiques avérés, soit ignorés, mais dont la nature spécifique était révélée le plus souvent par quelques accidents légers ou qui n’avaient pas suffisamment attiré l'attention du malade : traces de leucoplasie, céphalée, chute de cheveux ; quelquefois on est mis sur la voie étiologique par une polymortalité infantile, ou quelques fausses couches non expliquées.

La lymphocytose du liquide rachidien, le Wassermann et surtout l’action du traitement antisyphilitique parachèveront enfin le diagnostic de l’étiolgie.

C’est presque toujours à la période ternaire qu’apparaît le trouble radiculaire : de Peters (1) a signalé l'existence de

radiculites hérédosyphilitiques.

(1) De Prrers, Syphilis héréditaire (Revue de Médecine, 1900, p. 624).

La fréquence, l'importance de la syphilis à l’origine même des radiculites nous a fait prendre comme type de la plupart de nos observations la radiculite sciatique spécifique, aussi ne consacrerons-nous que peu de temps à la différenciation d’une forme clinique spéciale étiologique.

Sur 45 observations nous avons trouvé 37 fois la syphilis et presque toujours notre diagnostic étiologique s’est vu confirmer par la grande amélioration apportée par le traitement mercuriel.

L'étioloc.e syphilitique d’un grand nombre de sciatiques est cr nue depuis fort longtemps : on la trouve signalée dans le traité des maladies vénériennes d’Astruc de 1740 et dans celui de Cirillo en 1802. Cette étiologie passe inaperçue pour Valleix et même Trousseau dans ses cliniques pense que les névralgies syphilitiques sont secondaires à des lésions locales, gommes au exastoses comprimant le nerf. En 1861, Zambaco, (1) Gros et Lancereaux (2) citent quelques cas de sciatique syphilitique et admettent la sciatique névralgique sans compression du nerf par quelque accident secondaire ou tertiaire : c’est également l'opinion de Fournier (3). Il nous faut cependant arriver jusqu’à Dubois pour trouver une bonne description de la sciatique syphilitique : mais tous ces auteurs n’ont eu en vue et n ont décrit que la sciatique tronculaire, soit sous sa forme névralgique, soit sous sa forme névritique et nous avons vu

que ce n'est qu'à partir de 1904, que grâce aux travaux de

(1) ZamBAco, Affections nerveuses syphilitiques (1861). (2) Gros et LANGEREAUX, Affections nerveuses syphilitiques (1861). (3) Fournier, Leçons sur les syphilis (1873).

M. le professeur Déjerine et de ses élèves, la notion de sciatique radiculaire syphilitique s’est formée et a pris dans la nosologie clinique la place importante que sa fréquence lui imposait.

Et c’est surtout en présence d’une étiologie syphilitique, certaine ou même seulement présumée que le problème diagnostique se pose entre la sciatique tronculaire et la sciatique radiculaire : nous les résumerons rapidement pour ne pas revenir sur la symptomatologie que nous avons déjà longuement décrite : douleurvive, continue avec paroxysme. Inconstance des points de Valleix, modification des réflexes et notamment l'abolition du réflexe archilléen, le signe de Déjerine (exagération de la douleur provoquée par la toux, l’éternuement) sont des symptômes qui plaident en faveur de l’origine radiculaire de la lésion : plus pathognomoniques sont les troubles de la sensibilité objective et Les troubles de dissociations motrices : quant à la ponction lombaire elle peut montrer, il est vrai, dans les deux cas quelquefois, une lymphocytose. Quoique inconstante, elle est plutôt en faveur d'une lésion méningoradiculaire,

Il est inutile, nous semble-t-il, de reproduire ici une observation de radiculite spécifique : il suffira de se rapporter à l’une quelconque des observations déjà publiées pour se rendre compte de la différence qu'elle présente avec les cas de syphilis sciatique tronculaire.

L'exemple suivant, que nous avons eu l'occasion de constater dans le service de M. le Professeur Déjerine, est

assez net.

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