ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Le nombre d’autopsies pratiquées à la suite de radiculites du membre inférieur étant très restreint, c’est surtout à l’aide de considérations théoriques et d’analogies basées sur l’anatomie normale des gaines radiculaires, que nous avons rapidement esquissée à la fin de la symptomatologie, que l’on a pu élucider le mécanisme de la pathogénie de ces lésions.
Le cas de Tinel et Gastinel au cours d’une pachyméningite tuberculeuse et le cas de Laignel-Lavastine et Verliace au cours d’un syphilome de la queue de cheval, sont tous deux malheureusemeïñt des radiculites associées où les 16sions des racines sont noyées dans un processus méningé étendu.
Nous n'insisterons pas non plus sur les lésions qui consistent en une plaque de méningite localisée à une ou plusieurs racines dans la portion comprise dans la grande cavité méningée : plus intéressantes sont les lésions de la
gaîne radiculaire.
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La gaine de la racine postérieure est plus profonde au niveau des racines lombaires et sacrées que celle des racines antérieures et comme, de plus, la racine postérieure baigne dans le liquide céphalo-rachidien au « point fragile » (Tinel), où elle se divise pour pénétrer dans le ganglion rachidien, on comprend la plus grande fréquence des formes sensitives pures et la prédominance des symplômes sen— sitifs dans les formes sensitivo-motrices.
Les gaines méningées sont, le plus souvent, plus profondes au niveau des cinquièmes racines lombaires, première et deuxième sacrée, ce qui explique que ce soient là les racines les plus fréquemment touchées.
« À la région lombaire, en eflet, la gaine arachnoïdienne atteint presque toujours le ganglion ; elle peut mesurer 8, 10, 15 millimètres, suivant la longueur très variable de la racine. Elle est toujours moins profonde pour les deux ganglions lombaires supérieurs que pour les autres.
« Les deux ou trois premières sacrées reproduisent Le type lombaire, mais les racines sacrées inférieures très longues sont plus rarement accompagnées par la gaîne jusqu’au ganglion (1). »
La lésion produite au cours de toute infection méningée sera fonction de la profondeur de cette gaine radiculaire ; elle sera également en rapport avec le rôle physiologique de cette gaine, voie d'écoulement du liquide céphalo-rachidien qui va accumuler dans ce cul-de-sac tous les éléments figurés qu’il contient : les endotoxines microbiennes véhi-
culées par les leucocytes, peut-être aussi les leucocytes.
(1) Tinez, Thèse de Paris, 1913, p. 45.
eux-mêmes concourent à réaliser une dégénérescence localisée des faisceaux nerveux dans leur gaine radiculaire ; puis 1E se forme une organisation de la gaine, qui devient fibreuse et peut contribuer à rendre la lésion nerveuse irréparable : c’est la phase décrite par Nageotte sous le nom de névrite transverse radiculaire.
C'est, en effet, dans les gaines méningées et principalement au niveau de leurs terminaisons que se localisent les lésions qui relèvent des mflammations générales des ménimges, et il nous suffit de nous reporter à la description faite par MM. Tinel et Gastinel dans l’observation déjà citée de radiculite tuberculeuse sciatique.
Tinel, dans sa thèse, à bien montré l'identité des deux
processus pathologiques du tabès et de la radiculite simple dont la distinction clinique n’a pu se faire que par la différence pronostique, par la virulence atténuée de l’infection méningée, par la hauteur de la localisation avec participation des méninges de la base du cràne, en un mot, par la pluriradiculite et myeloméningoradiculite associée. Très fréquemment, on trouve des lésions de névrite associées au syndrome radiculaire par dégénérescence wallerienne, ce qui. explique souvent les symptômes cliniques de névrile que l’on peut rencontrer juxtaposés aux signes de radiculite pure.
Signalons, enfin, la présence fréquente sur le trajet des gaines radiculaires de foyers de sclérose, de nodules cicatriciels ou même de véritables cavités kystiques analogues à selles que l'on peut trouver dans certains cas de
tabès.
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L’'atteinte isolée des racines lombo-sacrées sans lésion méningée concomitante, n’a guère été rencontrée qu’une seule fois, confirmée par l’autopsie : au cours d’une névrite radiculaire nécropsiée par MM. Widal et Le Sourd (1).
MM. Philippe et Cestan trouvèrent une infiltration embryonnaire, des exsudats inflammatoires, avec dégénérescence des cylindraxes, les méninges, la moelle et les nerfs paraissant sains. La ponction lombaire pratiquée pendant la vie, n'avait révélé aucune lymphocytose.
Nous rapprocherons de ce cas l’exemple rapporté par Marchand et Alix (2) au cours d’une radiculite sacrée chez une jument, où les lésions, primitivement interstitielles, des racines motrices et sensitives ainsi que des ganglions sacrés existaient seules, sans participation méningée, ni médullaire.
Nous étudierons tout d’abord les formes sensitives pures, puis, après avoir brièvement rappelé les formes rares à prédominance de troubles moteurs, nous aborderons l'étude des formes sensitivo-motrices des sciatiques radiculaires dissociées. Nous terminerons par les formes plus généralisées, lombaires et lombo-sacrococcygiennes et nous serons alors à même, dans un chapitre d'ensemble, de localiser plus exactement les différentes distributions radicu-
laires.
(1) Wipaz et Le Sourp, Soc. Méd. hôp., 1902, p. 1046. (2) MarcHaAND et ALIx, Soc. anatomique, mai 1906.