‹ Contribution à l'étude de la sclérodermieChapitre 6 sur 12 · IL . 25 ans, vu à la consultation de Hôpital St-Louis · texte numérisé non relu

IL . 25 ans, vu à la consultation de Hôpital St-Louis

Père et mère en bonne santé :

M. le Docteur Besnier,

Un frère a dix-sept ans, est bien portant ;

Trois frères et sœurs sont morts dans l’enfance.

Pas de rhumatisme chez les ascendants.

Jeune homme vigoureux et bien constitué, n’ayant jamais eu aucune maladie. Ni gourme dans l’enfance. Ni rhumatisme.

Début. — Le malade raconte qu’il y a cinq mois, se trouvant encore au régiment il eut quelques démêlés avec sa famille et fut contrarié.

Aucune douleur, aucun picotement, aucune démangeaison n’accompagna l’éclosion de l’affection. Une certaine gêne dans les mouvements de flexion et d’extension de la tète fut le premier symptôme. Le malade portant sa main à la nuque fut surpris d’y trouver une plaque dure. L’examinant à l’aide d’un miroir il constata que cette plaque était remarquablement blanche.

Etat actuel. — A la nuque, exactement sur la ligne médiane, on trouve une plaque blanche ovalaire assez allongée, à grand axe verticalement dirigé .

Elle mesure 7 à 8 centimètres de longueur ; 1 centimètre 1/2 de largeur vers la partie supérieure, 2 centimètres 1/2 vers la partie inférieure. L’extrémité supérieure vient se perdre dans la bordure des cheveux.

La peau y est dure, comme lardacée, on ne peut la pincer mais elle glisse assez facilement sur les plans sous jacents. On dirait un morceau de carton encastré dans les tissus voisins. Par suite de la tension que cette plaque exerce sur les téguments, on peut voir à sa périphérie la peau, formant comme un plissé, l’entourer comme d’une couronne à plis radiés.

La coloration est uniformément blanche.

A la partie inférieure il serait peut-être possible de distinguer un semblant d’anneau rosé séparant la lésion des parties saines.

L’épiderme y est légèrement squameux, le centre présente

Eugène Collin. 7

quelques petites ulcérations recouvertes de croûtes, des fissures et des rhagades dûs à l’influence des derniers froids.

Le lüac ring qui serait la vraie caractéristique de la morphée peut lui-même manquer ainsi que nous le voyons dans les observations XVII, XIX, XX, XXI empruntées à Rade liffe Crocker et dans notre observation X, où il n’existait qu’à la partie inférieure et encore très peu marqué »

Il existait au contraire dans les cas de Simpson XXIII, et d'Hutchinson XXIV, très semblables à noire observation IX de sclerodermie en bande de grande étendue.

Et comme pour bien faire ressortir la variété sclérodermie en plaques, nous voyons réunies sur le malade de Kobner (< Sera . méd. 1884) la sclérodermie généralisée avec la sclérodermie en plaques.

Observation XI

(i Communication de Kobner à la Société de médecine de Berlin')

janvier 1884.

Femme de 55 ans atteinte de carcinome utérin.

Début par un gonflement progressif précédé de douleurs dans les membres inférieurs survenues subitement à la suite d’une marche très fatigante que cette malade fît à travers des prairies humides, en août 1870. '

Les lésions sont de deux ordres ; les unes appartenant à la sclérodermie localisée occupent la région mammaire et le bras gauche; les autres appartenant à la sclérémie occupent à peu près la moitié inférieure du corps.

Sur la poitrine, dans une étendue de 6 à 8 centimètres de fé~

pigastre, à la hauteur de la seconde côte, existe une surlace d’un jaune rougeâtre passant en divers points à la couleur lilas foncé eÀ présentant de nombreuses veines. De cette surface se détachent brusquement sans aucune transition des stries dures, blanches comme l’ivoire et luisantes comme du lard, légèrement saillantes, et logées dans la partie supérieure de la peau des deux mamelles qui sont flasques et pendantes comme des cartons qu’on aurait glissés sous l’épiderme.

Au-dessus de ces nombreuses plaques dures, on voit quelques nœuds kelo ïdiens et des stries plus petites, superficielles, qu’on peut soulever avec la peau et qui, formant le point de départ des plaques, ne sont pas encore décolorées.

Sur ces plaques la sensibilité est normale. La zone foncée hypérémique entre les plaques des deux mamelles est un peu hypéresthésique.

A la face interne du bras, on remarque une plaque d’une blancheur éclatante, longue d’environ 7 centimètres et irrégulièrement ovale.

Examinée de plus près cette plaque consistait en un certain nombre de fines stries un peu enfoncées qui sont actuellement en desquamation et en 2 ou 3 bandelettes un peu dures, semblables à celles que l’on trouve à la peau de la mamelle. Il y a à la périphérie de ces dernières une hyperchromie pigmentaire

L’altération principale de 3a peau de cette malade commence sur le dos à la hauteur de la seconde vertèbre lombaire, et descend on ligne oblique mais continue en bas et en avant jusqu’au dessous des plis de l’aine. A partir de ce point et jusqu’au genou, la peau de couleur rouge brunâtre est parsemée d’un grand nombre d’ilôts atrophiques, d’un blanc éclant et couverte d’une quantité innombrable de plis épidermiques qui lui donnent un aspect finement plissé.

Au-dessous des genoux commence la sclérémie typique. Sur le tibia, le péroné, les malléoles et sur le dos du pied la peau est amincie et fortement tendue, surtout à droite. Des deux côtés les orteils sont en flexion dorsale forcée. Les gros orteils sont le

plus affectés. A droite la malade peut encore mouvoir légèremen les deux premiers orteils, et à gauche les trois premiers.

Du reste, si nous avions affaire à deux maladies si distinctes, comment s’expliquer, que des cas produits comme types de morphées par les uns, fussent regardés par d'autres comme des types de sclérodermie. N’avons-nous pas vu à propos d’un même cas. Fox Robinson, Campbell, W eiss, considérer comme morphée ce que Piffardet Slierwell considéraient comme sclérodermie.

Avec notre éminent maître, M. Ernest Résilier, nous continuerons donc à considérer les morphées, comme des formes ou des variétés de l’espèce localisée de dermatozcléroses que l’on désigne par le terme de sclérodermies en plaques. Puisque bon accepte le terme de morphée, et que Pon admet que cette variété présente quelques caractères particuliers, on satisfait à toutes les exigences de la clinique; il n’est nul besoin de faire un déclassement prématuré, que ne justifie aucune raison péremptoire, tirée soit de l’observation des malades, soit de Pétude anatomo pathologique des lésions, ainsi qu’on en jugera dans le chapitre suivant. Tout ce que Pon peut concéder aux dualistes, c’est que la morphée répond à un mode particulier, à un acte ébauché ou élémentaire du processus sclérodermique.

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