MARCHE. — DURÉE. — TERMINAISON
Si on jette un coup d’œil d’ensemble sur notre tableau qui résume les principales observations de sclérodermie, il sera facile d'en saisir tout de suite les différents modes du début.
Tantôt il sera lent et insidieux, un sentiment de gêne avertissant seulement le malade de l’existence d’une induration en une région quelconque, tantôt il sera marqué par des douleurs plus ou moins vives.
La marche ascendante de la maladie peut durer des années, mais il est des cas où les accidents se développent brusquement avec une très grande rapidité.
La sclérodermie généralisée débute brusquement où lentement, elle peut être précédée de douleurs, de gonflement de pigmentation anormale. Dans tous les cas où
elle fût rapidement constituée, ce fût à la suite d’un refroidissement après des sueurs abondantes.
Elle commence en général par le cou et occupe le plus souvent la moitié supérieure du corps.
Sa marche est habituellement assez lente ; à un moment donné la maladie reste stationnaire jusqu’à ce que le pa* tient soit emporté par une atlection intercurrente telles que tuberculose, pleurésie, péricardite, endocardite, mal de Bright, etc,
D’autres fois sa marche est progressive, avec des périodes d’accalmie et de recrudescence jusqu’à ce que le malade aboutisse au marasme et à la mort.
Mais elle peut aussi se terminer par la guérison ; le rétablissement a lieu après un laps de temps variant de quelques mois à plusieurs années, compris entre trois mois et neuf ans d’après notre tableau.
La sclérodactylie n'a jamais présenté de début brusque et rapide. Ordinairement elle est précédée pendant un temps variable de retroidissement,de gonflement, de fourmillements, de cyanose des extrémités. Elle affecte le plus souvent les doigts, rarement les orteils.
C’est surtout dans cette forme que l’on constate des variations successives ; sa marche est saccadée, mêlée de rechute et d’amélioration partielle. La guérison complète est très rare. On a noté des améliorations mais le plus souvent la maladie reste stationnaire ou se généralise.
Pour la sclérodermie en plaques, le mode de début, la marche et la durée en sont aussi variables que le siège. D’ordinaire elle a un cours régulier ; elle progresse insensiblement jusqu’à son apogée pour décliner ensuite gra-
duellement. La guérison est le plus fréquemment atteinte.
ETIOLOGIE
Hebra déclarait en 1868 n’avoir vu que cinq fois cette maladie cutanée dans le cours de sa longue carrière.
M. Call Anderson sur 11.000 affections de la peau n’en a rencontré que trois cas.
Thirial croyait celte affection exclusive au sexe féminin. Strambio st Àlibert Lavaient pourtant déjà notée chez l’homme, et les faits de Putegnat et de Bouchut vinrent bientôt confirmer l’assertion de ces derniers auteurs.
Il faut cependant reconnaître qu’elle est plus commune chez la femme que chez l’homme. Notre relevé qui porte sur 143 cas donne 103 femmes pour 40 hommes.
Cette proportion est conservée à peu près la même dans les différentes variétés de sclérodermie.
Au point de vue de l’âge la récapitulation nous donne :
de 1 à 10 ans 14 cas de 10 à 20 ans 21 cas de 20 à 30 ans 33 cas
de 30 à 40 ans 34 cas
de 40 à 50 ans 22 cas
de 50 à 60 ans 7 cas
de 60 à 70 ans 6 cas
de 70 à 80 ans 1 cas
Mais si nous considérons les types de sclérodermie à part.
Nous trouvons la sclérodermie généralisée chez des sujets dont l'âge varie de 9 à 73 ans; ie maximum de fréquence portant manifestement sur l’âge adulte entre 30 et 40 ans.
La sclérodactylie appartient à un âge variant entre 19 et 67 ans ; le maximum de fréquence portant également sur l’âge adulte et plus particulièrement sur l’âge moyen.
Pour la sclérodermie en plaques, les cas ont été observés entre 3 et 70 ans. Mais le maximum apparait avant 30 ans ; assez nombreux sont les exemples observés pendant* la seconde enfance et l’adolescence.
Gomme cause occasionnelle nous notons pour la sclérodermie généralisée le refroidissement et les impressions morales dépressives ; comme cause prédisposante le rhumatisme.
Pour la sclérodactylie, l’influence du refroidissement de l’atmosphère est notoire.
Enfin dans l’histoire de la sclérodermie en plaques nous pouvons relever en outre pour quelques cas le traumatisme et Pétât de grossesse.
Mais cachée sous tous ces dehors, il sera fréquent de retrouver une cause originelle dominante, le nervosisme, les névropathies.