PERSONNELLE
Cas de sclérodermie avec arthropathies multiples. — Accidents érysipélateux. — Mort
L. Julia, trente-deux ans, sans profession, entre, le 1° février 1884, dans le service de M. le professeur Combal ; elle occupe le n° 1 de la salle Sainte-Marguerite (payantes).
L'observation est prise le 2 février.
Cette femme, qui présente un tempérament lymphatique, une bonne constitution et une complexion un peu délicate, ne possède dans ses antécédents héréditaires rien qui puisse servir à élucider la pathogénie de son état. Son père et sa mère existent encore; ils sont bien portants. Son grand-père maternel est mort récemment à un âge très avancé ; sa grand-mère dans la même branche est morte à quatre-vingt-quatre ans ; tous deux n’ont jamais été malades. Des dix oncles ou tantes qui se sont échelonnés dans la branche maternelle, une seule tante a été atteinte de douleurs rhumatismales et y est encore sujette. Les renseignements que donne la malade sur la branche paternelle sont moins précis: elle n’a pas connu ses grandsparents paternels; quant aux collatéraux, ils existent presque tous et se portent bien; un oncle est mort à la suite d’une attaque d’apoplexie.
La malade a perdu un frère, qui est mort phtisique à vingt-deux ans ; cependant on ne trouve pas trace dans le reste de la famille de la diathèse tuberculeuse. Il lui reste une sœur, habituellement bien portante, non rhumatisante, et qui présente seulément de la susceptibilité catarrhale.
Elle à eu trois enfants, dont l’un est mort rachitique à onze mois ; le dernier, né, ily a dix mois, avant terme, n’a vécu que quinze jours ; le cadet, seul survivant, a présenté des manifestations scrofuleuses du côté de la peau, des muqueuses et du système ganglionnaire.
La scrofule, si marquée chez l'enfant, n’a pas existé chez la mère; celle-ci n'a eu dans son enfance ni glandes‘au cou, ni impétigo du
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cuir chevelu; elle a eu la fièvre typhoïde étant très jeune, et ne signale pas d’autre maladie. Elle a joui d’une bonne santé jusqu’à vingt-neuf ans, n'a jamais éprouvé de migraines ni de névralgies ; seulement un peu d’anémie, pour laquelle elle a suivi un traitement ferrugineux ; pas de crises nerveuses, pas de susceptibilité catarrhale. Menstruée À quinze ans, elie a toujours été réglée d’une façon régulière, bien que peu abondante; ce n’est qu’à trenteans, un an après l'apparition des douleurs rhumatoïdes qui ont marqué le début dela maladie, que la menstruation s’est supprimée pendant sept ou huit mois ; les règles ont reparu ensuite pendant un ou deux mois, après quoi une grossesse s’est manifestée; l'accouchement a eu lieu dix mois avant l'entrée de la malade à l'hôpital, mais le flux menstruel n’a pas reparu après la délivrance ; c’est seulement une quinzaine de jours avant l’arrivée de la malade dans le service qu'il s’est montré à nouveau.
A vingt-neuf ans des douleurs rhumatoides se sont manifestées pour la première fois ; la malade avait l’habitude de laver elle-même le linge dela maison ; elle se refroidissait souvent et attribue à ces refroidissements répétés l'affection dont elle est atteinte. Rien, dans cet état, ne rappelle le rhumäatisme franc : il a débuté par la main droite, et pendant un an la malade a senti simplement un peu de raideur dans ce membre; au bout de ce temps, et dans l’espace de quinze jours, toutes les articulations ont été prises. L'état était subaigu ; les mouvements seuls provoquaient de la douleur, et des sueurs profuses se sont manifestées. On a employé contre ces manifestations le salicylate de soude, à petite dose et administré pendant un mois environ. Un jour, comme, malgré l'emploi du médicament, la malade ne pouvait faire aucun mouvement, on lui en a donné une dose élevée, qui, dit-elle, l’a beaucoup fatiguée ; elle lui attribue des vomissements incoercibles, qui ont persisté pendant quinze jours et ont été accompagnés de diarrhée. Elle est restée trois mois au lit, transpirant continuellement et en proie à une faiblesse considérable ; la sueur était noirâtre et visqueuse.
La convalescence a été longue : la malade a senti ses forces reveni® peu à peu ; elle a même pu promener toute seule pendant quelque temps. Elle est allée à Lamalou et n'a éprouvé aucun effet de ces eaux, au point de vue des mouvements ; mais à ce moment la menstruation a reparu ; deux mois après est survenue la grossesse dont nous ayons parlé.
Insensiblement les doigts se sont fléchis, la peau a pris une teinte bistre ; elle est devenue lisse, tendue, luisante, surtout au niveau des poignets et du sternum. La malade a maigri peu à peu, au point de présenter au moment de son entrée une émaciation squelettique. La faiblesse a augmenté progressivement, à tel point que la femme en est venue à ne pouvoir se soulever toute seule.
Deux mois avant son entrée, elle a eu le tænia, qui lui a été procuré par l’usage de la viande crue, et a été guérie par l'emploi de l'extrait éthéré de fougère mâle. |
Les divers traitements qui ont été mis en usage sont les suivants : le salicylate de soude et les eaux de Lamalou ont été employés sans résultat contre le principe supposé rhumatismal; l’iodure de potassium a été administré pendant quatre ou cinq mois. Il y a sept mois, M. le professeur Grasset, qui a vu la malade en consultation, a prescrit une saison aux eaux sulfureuses des Fumades ; leur emploi n’a produit aucune amélioration. Enfin, l’hydrothérapie a été mise en usage pendant un mois sans effet favorable.
La malade se décide à entrer à l'hôpital le 1° février 1884.
A première vue on est frappé par l'aspect du visage : sa coloration est brunâtre, les yeux sont proéminents, les pupilles dilatées, le regard étrange.
La peau, sur la totalité du visage, sur les poignets etles avant-bras, est lisse, luisante, tendue, sans rides, indurée, amincie, non adhérente aux os, sur lesquels on peut la faire glisser; elle ne présente pas de taches pigmentaires foncées ni blanchâtres.
La sueur est fréquente; elle se manifeste à la moindre fatigue et affaiblit beaucoup la patiente.
Les muscles sont atrophiés, les os le paraissent aussi; la maigreur des bras et des mains est squelettique. La température des extrémités est habituellement froide. Les ongles n’ont subi aucune modification.
Les mouvements du visage sont difficiles : le rire et les jeux de physionomie sont gênés par la tension et la rigidité de la peau; la langue elle-même est peu mobile, la malade a de la difficulté à la sortir ; les portions superficielles en sont indurées. Il existe des troubles mécaniques du côté de l'appareil lacrymal : les points lacrymaux ne peuvent plus venir plonger dans le lac lacrymai, et les larmes coulent sur la face.