‹ Contribution à l'étude de la scleroseChapitre 10 sur 27 · OBSERVATION · texte numérisé non relu

OBSERVATION

Alcoolisme chronique et carcinome de l'estomac (personnelle).

Le nommé Chastang (E.), âgé de 54 ans, entre le 28 février 1882 à l'hôpital, salle Trousseau, n° 5.

Pas d'antécédents héréditaires. Alcoolisme chronique très accentué et avoué par le malade.

Depuis quinze mois il éprouve une douleur assez vive au niveau de l'épigastre et de la région hépatique ; elle irradie du côté de la poitrine, et s'exagère par la pression et par l'ingestion des aliments. Elle s'accompagne aussi de renvois acides et quelquefois de vomissements. Ces vomissements sont alimentaires et ils surviennent deux heures environ après le repas et terminent des crises douloureuses assez intenses.

Il n'y a jamais eu de vomissements noirs ni de sang pur ; certains aliments sont moins supportés : viande et vin ; mais on trouve aussi quelquefois des parcelles d'aliments non digérés et pris deux ou trois jours auparavant.

Le malade n'a jamais eu de diarrhée etil existe même une grande constipation.

Depuis quinze jours les symptômes gastriques se sont modifiés. Il y a eu un vomissement assez abondant de sang noir : et depuis il n'a cessé de vomir tous les jours et à chaque repas, mais le sang n'a reparu que deux ou trois fois depuis. Il est également survenu de la diarrhée depuis deux jours, mais les selles ne sont pas noires.

Tels sont les symptômes accusés par le malade à son entrée : douleurs, crises gastriques, vomissements journaliers et quelquefois sanglants, un peu de diarrhée et de plus un amaigrissement considérable et une teinte pâle de tout le tégument.

A lapalpation on ne trouve pas de tumeur au niveau de la région épigastrique ; le ventre est un peu tendu, mais on ne découvre aucune tumé-

(1) Nous ne donnons qu'un résumé de la partie clinique des observations.

faction limitée.Lefoieestun peu petit et la rate légèrement augmentée de volume. Les urines sont peu abondantes, mais il y a un peu de polyurie la nuit, elle force le malade à se lever plusieurs fois. Pas d'albuminurie.

Les battements du cœur sont sourds, mais sans bruits morbides. Un peu d'emphysème pulmonaire.

Les jours suivants n'amènent pas d'amélioration. Le régime lacté auquel est soumis le malade est sans efficacité. Les vomissements se répètent tous les jours et l'amaigrissement devient considérable.

Vers le 10 mars on remarque une tension exagérée du ventre, les veines sous-cutanées se dilatent et il existe un peud'ascite, en même temps on s'aperçoit d'un œdème des jambes qui envahit bientôt les cuisses. Les urines sont toujours normales.

Depuis le c20 mars jusqu'au 25, jour de la mort, le malade à tous les jours vomi du sang et les selles ont été noires. Mort dans le marasme et la cachexie.

Autopsie. — Il existe un cancer pylorique qui s'étend le long de la petite courbure jusqu'au cardia. La muqueuse stomacale offre dans toute son étendue des noyaux plus ou moins gros de produits néoplasiques sans ulcérations. Elle est ulcérée au niveau de l'orifice pylorique qui est également rétréci. La cavité de l'estomac est très dilatée.

Le cœur pèse 300 gr. Il n'y a pas de lésions des valvules. Athérome des coronaires, do l'aorte et des grosses branches. Rate petite et dure à la coupe. Périsplénite. Le foie petit, un peu granuleux est dur à la coupe ; il pèse 1,150 gr. Périhépatite considérable. Il présente un aspect marbré sur les coupes. Les reins, petits, ont leur capsule très adhérente et leur surfacees ttrès granuleuse. Quelques kystes à la surface seulement. Athérome des artères cérébrales.

Examen microscopique. — Le cœur offre des lésions scléreuses avancées. La sclérose existe sous forme d'îlots, dont le centre est occupé par des artères dont les parois sont transformées par l'artérite chronique. Leur calibre est très diminué et devenu irrégulier par suite d'endartérite oblitérante, et tout autour d'elles le tissu conjonctif rayonne et va dissocier les faisceaux musculaires dont quelques-uns sont isolés et perdus dans la masse scléreuse. Ces derniers surtout sont atrophiés et en voie de dégénérescence graisseuse. L'endocarde est aussi épais et fibreux, enfin nous avons trouvé quelques segmentations des fibres musculaires.

Dans le rein, la lésion est peu développée, mais elle se limite nettement au niveau des vaisseaux et des glomérules. L'artérite est généralisée et sur quelques vaisseaux seulement nous trouvons la périarlérile

Les capsules glomérulaires sont épaisses, semées de noyaux comme le paquet vasculaire, mais dans quelques points ce dernier présente une sclérose plus avancée que la capsule. De ces points (vaisseaux et glomérules) on voit des traînées fibreuses qui vont s'éparpiller entre les tubuli contorti seulement. Dans ces derniers les cellules sont en voie de dégénérescence graisseuse, elle ne se retrouve pas ailleurs.

Le foie offre une délimitation très nette de ses lobules et dans les espaces interlobulaires, élargis par la prolifération conjonctive, ont voit les artérioles épaissies et presque oblitérées. Il existe une endo-périartér e manifeste. Quelques travées fibreuses s'étendent dans les fissures. Les parois des veines centrales sont épaisses et les cellules hépatiques ont pour la plupart subi la dégénérescence graisseuse.

Quant à la rate, elle ne présente que les lésions vasculaires, et un épaississement assez marqué des parois veineuse* qui envoientquelquestractus fibreux dans l'épaisseur de la pulpe.

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