OBSERVATION III
Hémiplégie droite. — Broncho-pneumonie (personnelle). Rhumatisme ancien.
La nommée Schoreider-Dupont, âgée de 53 ans, couturière, entre le 23 octobre 1881 à l'hôpital, salle Legroux, n° 9.
La malade n'accuse aucun antécédent héréditaire, ni diathésique, si ce n'est une attaque de rhumatisme à 25 ans et la chorée à 11 ans. Elle a eu également une pleurésie et une péritonite qui n'ont pas laissé de traces.
En 1879 elle fut atteinte après des maux de tête répétés, mais sans ictus apoplectique, d'une hémiplégie droite sans aphasie. Après quelques mois elle put marcher, mais en fauchant, le bras est resté impotent et la face conserva sa déviation primitive.
A son entrée à rhôpital elle présente encore une déviation des traits à gauche, une paralysie avec contracture du bras droit et de la jambe du même côté. La parole est facile quoique un peu embarrassée. Mais la malade vient se faire soigner pour des étoufïèments et des accidents cardiaques d'asystolie qui ont débuté depuis quelques mois. Elle présente en effet un œdème des jambes assez prononcé, puis un peu d'ascite ; de plus elle a la respiration courte et des palpitations violentes.
L'auscultation fait trouver au coeur une insuffisance mitrale avec rétrécissement, dans les poumons des signes d'œdème aux deux bases. Le foie est gros et déborde un peu les côtés. Pas d'albuminurie.
Soumise au régime lacté et à la digitale, les accidents disparaissent, mais ils ont des retours assez fréquents jusqu'au mois de janvier 1882. A cette époque la malade était très amaigrie et ne pouvait quitter son lit. Les jambes étaient enflées, l'ascile avait augmenté et la dypsnée devenait permanente. Elle succombe le 15 mars à des accidents thoraciques de broncho-pneumonie, qui se sont déclarés dans les premiers jours du mois et qui se sont accompagnés d'accidents d'asphyxie qui a été mortelle.
Autopsie. — Dans les poumons nous trouvons des noyaux de bronchopneumonie au milieu de foyers étendus de splénisation, et de nombreux infarctus superficiels dans le poumon droit. 11 y a un peudeliquide dans la plèvre droite. Le foie a tous les caractères du foie cardiaque; il pèse 1,500 gr., il est dura la coupe. Calcul dans la vésicule biliaire.
Le rein gauche très petit pèse 50 gr., le droit pèse 150 gr.; il présentent tous les deux des kystes à leur surface et leur capsule est très adhérente Surface granuleuse.
La rate pèse 70 gr.; elle est dure. Périsplénile. Le péricarde contient environ 500 gr. de liquide. Le cœur est mou, dilaté; il pèse 430 gr. Les artères coronaires sont très athéromateuses; l'orifice mitral présente un orifice qui ne peut admettre que le petit doigt, il est en forme d'entonnoir et très rigide.
Ou trouve un foyer de ramollissement en arrière et à la surface de la première circonvolution frontale gauche, et un foyer profond ayant détruit la capsule interne et une partie du noyau extra-ventriculaire du côté gauche. Dans la moelle il y a des lésions dans le cordon latéral droit. Fibrome utérin volumineux.
Examen microscopique. — Cœur. — Sur des coupes des piliers et de la paroi on voit des foyers de sclérose formés de tissu conjonctif et comprenant dans leur épaisseur des vaisseaux qui ont subi toutes les lésions de rendopériartérite et dont la lumière est irrégulièrement rétrécie. Les petits vaisseaux sont même tout à fait oblitérés. Le tissu conjonctifdéveloppé autour d'eux s'étend entre les faisceaux musculaires qu'il dissocie et qu'il écarte les uns des autres. En certains points on ne trouve que la lésion vàsculaire, mais le plus souvent celle-ci commande un foyer scléreux.
Les faisceaux musculaires forment des groupes plus ou moins gros ainsi séparés les uns des autres ; mais dans les points les plus malades, ces derniers sont tont à fait isolés et perdus dans la masse conjonctive.
La plupart ont conservé leur structure et quelques-uns seulement offrent par places une dégénérescencegraisseuse; elle occupe surtout le centre des fibres sous forme de blocs visibles sur les coupes perpendiculaires au grand axe ; on trouve aussi sur la plupart des ûbres musculaires une segmentation suivant les raies d'Eberth.
Reins. — Les lésions de la néphrite interstitielle sont très avancées. Le tissu conjonctif apparaît sur toutes les coupes considérablement développé autour des glomérules et des vaisseaux et de là il s'est étendu dans l'épaisseur de chaque lobule rénal, en dissociant et comprimant tubes contournés et tubes droits. Ces derniers sont très altérés dans leur forme, ils sont comprimés, oblitérés par destruction et dégénérescence de leurs cellules de revêlement. En certains points toutefois le processus est moins avancé et les canalicules moins déformés. L'endo-périartérite n'est pas toujours manifeste, et sur beaucoup de points l'endartère est absolument normale. Nous avons pu suivre le développement de la sclérose jusque dans la substance médullaire.
Foie, — Les espaces interlobulaires sont très nettement dessinés par
une grande abondance de tissu conjonctif qui les sépare les uns des autres et qui s'étend entre eux dans les fissures. La prolifération conjonctive est avancée autour des veines interlobulaires et des vaisseaux artériels qui sont oblitérés pour la plupart et présentent les lésions de l'endopériartérite.
Le tissu conjonctif autour des vaisseaux biliaires est jeune, parsemé de noyaux embryonnaires comme celui des fissures. La paroi des veines centrales des lobules est très épaisse et fibreuse. Beaucoup de cellules ont subi la dégénérescence graisseuse, et de plus les capillaires dans chaque lobule sont considérablement dilatés et remplis de globules rouges.
Bâte. — La pulpe est sillonnée de nombreux tractus conjonctifs plus ou moins épais et qui rayonnent autour des vaisseaux dont les parois sont devenues fibreuses.
Les veines oni leurs parois très épaisses, et les artères sont le siège d'une endartérite oblitérante et d'une périartérite considérable.
OBSERVATION IV. Alcoolisme. — Hémiplégie gauche (personnelle).
Le nommé Riobé, âgé de de 56 ans, carrier, entre le 44 février 1882, à l'hôpital, salle Trousseau, n° 17.
Antécédents héréditaires nuls. Mais le malade accuse lui même des accidents alcooliques et deux attaques antérieures de rhumatisme articulaire. Pas de syphilis.
11 y a un an, ictus apoplectique suivi d'hémiplégie gauche des membres et de la face. Au bout de quatre semaines il est survenu de la contracture du bras puis de la jambe.
A son entrée à l'hôpital il présente en effet une hémiplégie avec contracture des membres du côté gauche, avec exagération des réflexes de ce côté et du côté non paralysé. La sensibilité est intacte. La face est déviée à droite. Les facultés intellectuelles sont très émoussées ; la mémoire surtout est très diminuée.
Les vaisseaux de l'avant-bras sont très athéromateux. Le cœur présente une lésion mitrale qui s'accuse par un souffle ; les battements sont faibles et quelquefois intermittents. Un peu de gêne précordiale, surtout pendant la nuit.
Pendant le mois de mars nous constatons les mêmes phénomènes cardiaques ; le souffle est très léger, les battements cardiaques sourds et in*
terraittents sont aussi inégaux; la gêne précordiale s'accuse et n'existe que d'une façon intermittente. Même exagération des réflexes, surtout du côté contracture; la contracture s'exagère dans les mouvements provoqués et par ceux du membre sain.
Il survient des eschares, le malade devient gâteux et succombe dans le marasme dans le cours du mois d'avril.
Autopsie. — Dans le cerveau on trouve un foyer de ramollissement au niveau de la partie inférieure et postérieure de la frontale ascendante du côté droit. Pas de foyer profond. Athérome des vaisseaux et de la moelle, sclérose descendante du côté droit dans le cordon latéral. Dans les poumons aux deux bases congestion très intense. Le foie rouge sombre, un peu congestionné, est dura la coupe. Les reins sont petits; lenr surface est parsemée de kystes et granuleuse lorsqu'on a enlevé les capsules très adhérentes.
Le cœur flasque, mou, est gros ; il pèse 350 grammes. On trouve quelques rugosités au niveau des valvules mitrales, et sur la coupe des piliers et des parois du ventricule gauche quelques îlots blanchâtres irrégulièrement distribués.
L'athérome de l'aorte et des gros vaisseaux est considérable. Examen microscopique. — Cœur. — Sur les coupes des piliers on trouve des îlots rouges de sclérose ; ils sont variables d'étendue et dans leur épaisseur se voient les parois des vaisseaux artériels atteints de périartérite et d'endartérite oblitérante qui modifie le calibre et arrive à l'oblitérer dans les artérioles. Le tissu conjonctif s'étend de ces vaisseaux entre les faisceaux musculaires que l'on trouve par places atteints de dégénérescence graisseuse, quelquefois pigmentaire et qui présentent de nombreuses segmentations.
Reins. —Les caractères de la néphrite interstitielle sont très accentués, surtout dans le rein droit. Dans celui de gauche on trouve la prolifération conjonctive très marquée autour des vaisseaux et des glomérules et quelques irradiations fibreuses entre les tubes contournés, tandis que dans l'autre ces tubes ainsi que les tubes droits de Ferein sont chacun circonscrits par une zone conjonctive assez épaisse, mais dans laquelle on trouve des noyaux embryonnaires qui ne se rencontrent pas au niveau des vaisseaux qui présentent, mais quelques-uns seulement, l'endartérite proliférante.
Foie. — L'artérite est généralisée à toutes les artérioles des espaces qui sont remplis de tissu conjonctif qui enveloppe ces vaisseaux ainsi que les veines et les canaux biliaires qui ne sont pas atteints. Les fissures sont
aussi nettement dessinées pour quelques bandes conjonctives qui séparent les lobules les uns des autres. La veine centrale a des parois un peu épaisses, les cellules hépatiques sont en voie de dégénérescence graisseuse, cette lésion est irrégulièrement distribuée, mais ne porte que sur quelques-unes,