OBSERVATION VII
Syphilis. — Pacchyméningite cervico-dorsale (personnelle).
La nommée Ledanseur, âgée de 56 ans, ménagère, entre le 18 janvier 1881 à l'hôpital, salle Monnerel, n° 27.
Antécédents nombreux de scrofule et surtout de syphilis; il y a six mois elle avait encore des gommes au niveau du cuir chevelu ; ces gommes se sont ulcérées et il en reste des traces évidentes actuellement. Il y a deux ans il est survenu une paraplégie subite sans douleurs, sans raideur, elle a disparu sous l'influence du traitement spécitique. Mais au bout d'un an elle est reprise d'accidents de paralysie qui cette fois se développent lentementetla forcent de nouveau à garder le lit. Deux mois après cette seconde paraplégie il est survenu de la contracture et cette contracture s'est accompagnée de douleurs très vives qui sont presque continuelles.
Actuellement elle a les membres inférieurs en flexion et contractures ; les douleurs y reviennent par accès et quand on lui touche les membres, elle souffre aussi dans la région cervico-dorsale. Il survient aussi par moments des crampes très douloureuses et qui durent quelques minutes.
Depuis quelques mois elle a été prise des mêmes douleurs dans les membres supérieurs ; ceux-ci sont aussi dans la flexion et contractures ainsi que les doigts des deux mains. La sensibilité est modifiée, l'hypereslhésie est généralisée.
La malade est gâteuse depuis quelque temps, elle à des eschares au sacrum et aux talons, amaigrissement considérable. Un peu de gêne précordiale intermittente, les battements du cœur sont sourds, lents et parfois à peine perceptibles. Polyurie nocturne sans albuminurie.
Au bout de quelques jours la malade a du muguet, elle cachectise de plus en plus et succombe dans le marasme.
Autopsie. — On trouve beaucoup de liquide dans le canal rachidien, mais rien d'anormal sur le rachis. Les méninges rachidiennes au niveau de la région cervico-dorsale sont adhérentes entre elles, épaisses, et sont devenues fibreuses; l'épaisseur est dans le point le plus malade de près d'un centimètre.
Dans la moelle on voit à l'œil nu la sclérose des cordons de Goll au-dessus de la lésion et une sclérose bilatérale des cordons latéraux au-
dessous. Les méninges cérébrales sont épaisses, blanchâtres; les vaisseaux sont très athéromateux et on ne trouve aucune lésion dans l'épaisseur de la pulpe cérébrale. Le foie pèse 1100 gr., il a tous les caractères du foie gras, mais il est dur et résistant à la coupe. Les reins sont petits, leur capsule est très adhérente, la surface présente quelques kystes. La rate est petite et dure à la coupe. Le cœur petit, flasque, sans lésions valvulaires, présente quelques plaques laiteuses sur la face antérieure.
Examen microscopique. — Cœur. — Sclérose en îlots et assez irrégulière dans sa distribution. Les vaisseaux compris dans la masse scléreuse sont presque oblitérés pour la plupart et sont atteints d'endo -périartérite. A côté de foyers très larges on en trouve quelques-uns en voie de formation. Les fibres musculaires sont en voie de dégénérescence graisseuse au niveau des îlots de sclérose; en outre elles sont parsemées de grains pigmentaires et beaucoup présentent des segmentations.
Foie. — Les lobules hépatiques sont nettement dessinés; les espaces interlobulaires élargis ainsi que les fissures sont remplis de tissu conjonctif qui contient quelques noyaux embryonnaires et dans lequel sont plongés les vaisseaux.
La périartérite existe sur toutes les artérioles. Dilatation marquée des capillaires intra-lobulaires et dégénérescence graisseuse des cellules disséminée d'une façon irrégulière.
Reins. — La néphrite scléreuse est très avancée, et le tissu conjonctif se trouve partout autour des vaisseaux, des glomérules et des lubes droits et contournés. En certains points cependant le processus est moins avancé et ne se trouve qu'à sa première phase de développement. Dans ces derniers points la prolifération conjonctive n'a eu lieu qu'au niveau des glomérules et des vaisseaux dont quelques-uns sont oblitérés, mais la plupart ont conservé un certain calibre et ne présentent que la périartérite. Les tubes sont atteints par le processus fibreux à ce niveau. Leurs cellules sont altérées dans quelques points seulement, mais là où la sclérose est avancée elles le sont très fortement.
Raie. — On ne trouve dans la rate que les lésions vasculaires des vaisseaux artériels.