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CHAPITRE PREMIER

IL Y A COEXISTENCE FREQUENTE DE LESIONS SCLEREUSES DANS PLUSIEURS ORGANES, ET ALORS MEME QU'UN SEUL EST PROFONDÉMENT ATTEINT, IL EXISTE UNE ARTERIO- SCLEROSE GÉNÉRALISÉE.

C'est par une observation attentive et de chaque jour, en même temps que par des recherches anatomo-pathologiques répétées, qu'on est arrivé à la connaissance des scléroses combinées. Cette étude, qui a commencé avec la cirrhose alcoolique, s'est poursuivie à propos de la néphrite interstitielle et elle s'étend aujourd'hui à certaines affections médullaires; les recherches relatives à la pathogénie ont permis de reconnaître l'existence de lésions scléreuses non seulement dans les organes qui avaient joué un rôle important dans l'ensemble clinique de la maladie, mais encore dans les appareils qui n'avaient pas attiré l'attention pendant la vie. La sclérose de la rate est presque la règle dans la cirrhose atrophique, fréquente aussi est l'hypertrophie cardiaque dans la néphrite interstitielle, rarement enfin nous observons l'insuffisance aortique dans l'ataxie; mais l'altération du système vasculaire ne manque jamais, il suffit de la chercher.

Nous n'apportons qu'une nouvelle observation de cirrhose atrophique avec lésions du cœur et des reins, nous n'en avons pas de personnelles ; celle que donnons nous a été offerte par notre ami Leloir. Le malade, qui présentait tous les signes de la cirrhose atrophique la plus nette, accusait pendant sa vie des troubles cardiaques et rénaux

qui ont fait soupçonner l'évolution dans ces deux organes d'une lésion analogue à celle qui avait déjà atteint la glande hépatique. Ce soupçon fut confirmé, comme nous le verrons, par l'examen des pièces anatomiques.

Si nous ne pouvons également présenter des observations de néphrite interstitielle classique, nous en avons cependant de nombreuses où les lésions rénales, tantôt très avancées, tantôt à peine en voie d'évolution, coïncidaient avec des lésions analogues dans d'autres appareils. En revanche nous avons pu étudier plusieurs faits de lésions aortiques dans le cours de l'ataxie locomotrice ; les malades de cet ordre présentaient également des troubles urinaires analogues à ceux qui dépendent d'une sclérose rénale. Les faits de cette dernière catégorie, que l'on recherche avec soin, commencent à devenir nombreux, et ceux que nous publions, ajoutés aux observations connues, tendent donc à prouver qu'ils sont loin d'être exceptionnels (t).

(1) Nous n'avons pas cru devoir faire un chapitre spécial d'étiologie. Les causes en effet qui donneut lieu à l'évolution du processus scléreux dans les divers organes étaat en somme bien connues et admises par la plupart des auteurs. Nous ne voulons pas parler ici des lésions qui ont pour point de départ une cause toute locale, comme les frottements répétés, la présence de corps étrangers dans les tissus ou de produits anormaux de sécrétion dans les canaux glandulaires ou bien encore la stase veineuse amenant cette sclérose connue sous le nom d'induration cjanotique; ce travail se borne à l'étude des scléroses développées sous l'influence d'une cause générale. Dans ces dernières tous les auteurs rangent le rhumatisme, le saturnisme, la goutte, l'impaludisme, la syphilis ; l'alcoolisme dont l'action est discutée par quelques auteurs est admise par la plupart de même que celle de la sénilité. Nous nous bornerons à dire que sur nos 17 observations publiées il en est 6 qui se rapportent à des alcooliques, 4 à des veillards, 2 à des syphilitiques, 3 à des rhumatisants et 2 à des saturnins. Elles sont donc une confirmation de l'influence de ces causes spéciales sur l'évolution des lésions que nous avons étudiées.

Les malades soumis à notre observation étaient pour la plupart des vieillards, de sorte que nous avons eu là un vaste champ d'études pour nos recherches spéciales à cette catégorie de malades. Beaucoup d'autres également, n'ayant pas atteint un âge avancé, étaient les uns des alcooliques, les autres des rhumatisants et quelques-uns des syphilitiques ; il nous a donc été possible d'abord d'étudier les manifestations symptomatiques dépendant de ces causes diverses, puis plus tard d'en rechercher les lésions anatomiques et de les comparer.

Je dois deux observations complètes d'intoxication saturnine chronique à mes amis Lejard et Barbe ; elles complètent la série de faits cliniques et anatomo-pathologiques sur lesquels sont basées les conclusions de notre travail.

La comparaison entre les lésions que nous avons trouvées dans les organes de nos vieillards et celles des autres malades alcooliques, rhumatisants, syphilitiques ou saturnins, nous a été facile. Nous verrons dans la suite que s'il existe quelques points spéciaux dans chacun des cas particuliers que nous signalons, les points de contact sont trop considérables pour ne pas reconnaître à toutes ces causes d'un même processus morbide un même mode d'action et un siège d'évolution identique.

Nous allons donc dans un premier article exposer le résultat de nos examens microscopiques, puis nous ferons connaître les divers symptômes accusés par les malades pendant leur vie, et qu'une analyse minutieuse peut rapporter au développement de la sclérose.

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