OBSERVATION XII
Sénilité. — Hémiplégie droite avec épithélioma des lèvres (personnelle) .
Le nommé Goupy, âgé de 6 ï ans, peintre, entre le 26 juillet 1881 à l'hôpital, salle Rostan, n° 15. Pas d'alcoolisme ni de syphilis.
A son entrée on lui trouve une hémiplégie droite avec contracture, la face est intacte. La contracture s'est développée un mois environ après le début de la paralysie, qui a été subite avec perte de connaissance. La sensibilité est presque complètement abolie dans tout le côté paralysé ; les réflexes sont aussi exagérés surtout aux bras.
Léger souffle à la pointe du cœur et rudesse des bruits de la base; accès de dypsnée et de gêne précordiale quelquefois très marquée, polyurie nocturne.
Avant d'entrer à l'hôpital il avait été opéré d'un cancer des lèvres qui a récidivé et a envahi tout le menton. Cette tumeur ulcérée laissé écouler un pus fétide qui l'affaiblit beaucoup. Pas traces de saturnisme.
Le malade succombe le 28 janvier 1882.
Autopsie. — Un peu d'épaississement des méninges. Hémorrhagie du cervelet,au niveau de la partie moyenne du pédoncule cérébelleux gauche. Ancien foyer au niveau du noyau lenticulaire qui n'empiète pas sur la capsule interne. Du même côté gauche, second foyer ancien au niveau de la capsule externe et dans l'épaisseur du noyau extra-ventriculaire. Dégénération secondaire du cordon latéral droit.
Reins petits ; kystes à leur surface ; la capsule est très adhérente et leur surface granuleuse ; dilatation des calices du bassinet avec atrophie du rein droit.
Rate blanche et dure. Foie gras et gros, il pèse I08O grammes, il est dur à la coupe. Emphysème pulmonaire. Cœur volumineux, 480 grammes. Pas de lésions valvulaires. Athérome.
Examen microscopique. — Cœur. — Dans les piliers et dans les parois ventriculaires la sclérose est assez étendue; cette lésion a pour point de départ les lésions vasculaires quisonlgénéralisées etqui consistent en une endo-périartérite. Quelques petites branches ont leur calibre réduit à une fente et tout autour d'eux s'étend le tissu conjonctif qui va dissocier en certains points les faisceaux musculaires. La dégénérescence graisseuse est limitée au centre des fibres musculaires, et n'existe que sur certains points, tandis que la dégénérescence pigmentaire est généralisée. De nombreuses segmentations s'observent également.
Foie. — Ce qui frappe tout d'abord en examinant des coupes de foie, c'est la dégénérescence graisseuse qui a porté sur les deux tiers des cellules dans chaque lobule. Ces derniers sont bien séparés les uns des autres par une prolifération conjonctive qui s'étend des espaces dans les fissures. Les fibresde tissu conjonctif sont parsemées de quelques noyaux, surtout au niveau des vaisseaux biliaires.
L'endo-périartérite est généralisée. Les parois des veines centrales des lobules sont épaisses et envoient quelques travées fibreuses dans l'épaisseur du lobule vers la périphérie.
Reins. — Les coupes du rein montrent les caractères de la néphrite interstitielle. La prolifération conjonctive s'étend entre les tubuli et autour des vaisseaux et des glomérules. Le tissu conjonctif est trè's abondant et comprime fortement les tubuli; entre ces derniers les fibrilles sont semées de noyaux embryonnaires abondants ; le processus est en voie de développement, tandis qu'autour des vaisseaux et des glomérules on ne retrouve plus ces éléments, et le tissu conjonctif offre l'aspect rétracté. La périartérite et Tendartérite oblitérante sont très accusées. La dégénérescence granulo-graisseuse des cellules, très irrégulière, se rencontre
dans tous les points. La sclérose s'observe nettement jusque dans la substance pyramidale, de même quel'artérite.
Rate. — La sclérose est considérable; elle est surtout développée autour des vaisseaux dont les parois sont devenues fibreuses et dont le calibre est plus ou moins déformé et diminué. De ces vaisseaux partent de grosses travées conjonctives qui s'étendent dans tous les sens et sillonnent la pulpe splénique.