OBSERVATION XIII
Sénilité. — Aphasie. —Rupture du cœur (personnelle).
La nommée Touronet (Catherine), âgée de 74 ans, entre le 15 janvier 1881 à l'hôpital, salle Legroux, n° 19.
Nous trouvons cette malade atteinte d'une aphasie complète, absolue. Elle ne pouvait que répéter les mots dits devant elle, comme un écho. Cette aphasie est survenue sans iclus apoplectique et lentement. Elle n'éprouvait en dehors de cela aucun malaise, mais par instant elle se plaignait de gêne à la région précordiale et les battements du cœur étaient faibles et sourds.
Quelques jours avant sa mort elle est prise d'accidents gastriques qui provoquent de nombreux efforts de vomissements et qui provoquent une syncope mortelle le 20 janvier.
Autopsie. — Les vaisseaux de la pie-mère rachidienne présentent des varicosités considérables en quelques points; sur des coupes à l'état frais les substances grise et blanche ne paraissent pas altérées. Sur la face antérieure du bulbe il existe une pigmentation qui ne se trouve qu'à la naissance de la région cervicale. Dans la moitié gauche le bulbe est également atrophié tandis que la moitié droite semble augmentée de volume. Dans l'hémisphère cérébral droit il n'existe rien d'anormal ; dans le gauche on trouve au niveau du pied de la troisième circonvolution frontale gauche un ancien foyer de ramollissement déprimé, jaunâtre, avec adhérences des méninges. Les méninges sont très épaisses, et la pie-mère est partout adhérente au cerveau. Les poumons sont simplement congestionnés. Le péricarde très distendu, bleuâtre, contient une grande quantité de sang noir en caillots et en liquide ; le poids du sang est de 387 gr. Le cœur surchargé de graisse présente sur la face antérieure du ventricule gauche quatre éraillures dont deux ont 3 à 4 cent, de longeur, et par laquelle le sang s'est épanché dans le péricarde.
Les artères coronaires disséquées le plus loin possible sont athéromateuses, et la coronaire gauche est oblitérée par un caillot. Sur une coupe faite au niveau des éraillures comprenant toute l'épaisseur du cteur on n'en trouve qu'une qui aille jusque dans la cavité ventriculaire, les autres sont peu profondes. A leur niveau le sang coagulé se poursuit jusque dans la fente qui lui a donné passage. Le muscle est flasque, jaunâtre. Pas de lésions valvulaires. Il pèse 230 gr. Alhérome de l'aorte et des gros vaisseaux, jusque dans les vaisseaux de l'encéphale et périphériques.
La rate petite estdure et très résistante à la coupe. Il en est de même du foie qui est petit, irrégulier à sa surface et granuleux à la coupe. Les reins petits, semés de kystes, la capsule est très adhérente et la surface granuleuse.
Examen microscopique. — Cœur. — La sclérose est peu avancée, il est vrai, mais se reconnaît très facilement. Ce sont des traînées fibreuses, plus ou moins épaisses et étendues qui se dirigent dans tout les sens et qui sont surtout développées autour des vaisseaux. Ces derniers ont leur lumière presque obstruée par une endartérite proliférante et les parois se confondent avec le tissu conjonctif en voie de prolifération. On trouve aussi quelques vésicules graisseuses dans leur épaisseur, mais la graisse existe surtout dans l'épaisseur des fibres musculaires, mais par places seulement. La plupart présentent à leur surface des grains pigmentaires, entin de nombreuses segmentations existent au niveau des raies scalaliformes d'Eberth.
Reins. — La néphrite interstitielle est assez avancée, on trouve dans les lobules du rein une grande abondance de tissu conjonctif entre les tubuli recti et contorti, de même qu'au niveau des glomérules et des vaisseaux. Les parois vasculaires sont confondues avec le tissu scléreux, et Tendartère a proliféré de façon à diminuer leur calibre sur la plupart d'entre eux. A leur niveau ainsi qu'autour des glomérules, il est fibrillaire et ne contient pas de noyaux embryonnaires, tandis qu'au niveau des tubuli il en est intiltré; à ce niveau le processus est tout à fait jeune et beaucoup moins ancien qu'autour des vaisseaux et des glomérules. Les cellules des tubuli ainsi comprimés et dissociés sont en voie de dégénérescence graisseuse, surtout dans les points les plus sclérosés.
Foie. — Dégénérescence graisseuse distribuée irrégulièrement dans le lobule, et prolifération conjonctive dans les espaces. Le tissu conjonctif contient quelques noyaux embryonnaires surtout autour des veines et des parois des canaux biliaires ; le tissu conjonctif ne s'est pas développé dans les fissures ; l'artérite est généralisée.
Rate. — La raie contient d'énormes travées fibreuses distribuées irrégulièrement et qui sont épaisses surtout autour des vaisseaux ; les artères sont atteintes d'endo-pèriartérite très prononcée.
Moelle. — Le tissu conjonctif existe en grande quantité dans la moelle, il est surtout visible dans la substance blanche où les vaisseaux artériels épaissis dans leurs parois sont très appréciables et sont le point de départ des travées conjonctives qui sillonnent la substance dans tous les sens, et forment de petites loges très nombreuses dans lesquelles sont compris les tubes nerveux. La sclérose est surtout accusée à la périphérie de la substance blanche et en quelques points des cordons postérieurs.