‹ Contribution à l'étude de la scoliose hystériqueChapitre 7 sur 13 · X...,17 ans, salle Saint-Martin, n · texte numérisé non relu

X...,17 ans, salle Saint-Martin, n

Antécédents héréditaires. — Père âgé de 58 ans, atteint de rhumatisme chronique, d'un tempérament emporté et violent.

Mère âgée de 53 ans, sans tare one a eu 11 enfants : 6 filles, notre malade, deux autres vivantes en bonne santé, 3 mortes : une de la petite vérole, 2 en bas âge; 5 fils dont 4 vivants et bien portants et un mort très jeune.

Dans les antécédents de la malade nous relevons une rougeole, puis, à 8 ans, une coqueluche avec bronchite qui lui a laissé une toux sèche presque continuelle.

Jamais d'hémoptysie.

Réglée à 14 ans, irrégulièrement.

A commencé à travailler à l’âge de 12 ans. Depuis plus d’un an, elle fournit 10 heures et demie de travail par jour et debout. Pas de compagne de classe ou d'atelier ayant de difflormité thoracique.

Depuis longtemps notre malade a des céphalées fréquentes; en outre, presque quotidiennement et

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surtout le soir, elle est prise de vertiges, voit tout tourner autour d'elle, doit s'asseoir, se retenir aux objets environnants, même tomber parfois. Pas de sensation de boule, jamais de perte complète de connaissance, pas de mouvements convulsifs. Depuis deux mois ces phénomènes vertigineux n'ont pas reparu.

Au mois d'août 1901, la malade s'aperçoit de l'augmentation de volume de sa hanche droite. En même temps elle commence à souffrir vivement à ce niveau, ainsi que dans le membre inférieur droit, tant et si bien que,considérée comme une coxalgique, elle entre à l'Hôtel-Dieu,le 10 décembre 1901, salle Saint-Martin,au n° 24,le même jour que notre première malade et à deux lits seulement du sien. Son état général est excellent ; elle est grande, forte, sans stigmates rachitiques. Pâleur des muqueuses des lèvres et des conjonctives. Souffles anémiques, cardiaques et vasculaires. Un peu d’hyperesthésie gastrique. Rien aux poumons. Pas d’albuminurie, pas de fièvre. La malade attire l'attention sur les douleurs qu'elle éprouve dans la hanche droite et le membre inférieur correspondant. Ce sont des tiraillements, des crampes douloureuses dans le mollet et les muscles de la cuisse. L'examen soigneux de l'articulation coxo-fémorale ne révèle aucun signe de coxalgie.

I ne s’agit pas davantage denévralgie sciatique ou crurale; sur le trajet des troncs nerveux on ne trouve pas de points douloureux; le signe de Lasègue

LE PORÈNE

n'existe pas, le signe de Bonnet non plus. La démar-

che de la malade est absolument normale.

L'examen de la colonne vertébrale révèle une scoliose dorsale très légère, à concavité droite avec légère courbure de compensation lombaire; pas de torsion. En aucun point l'axe vertébral n'est douloureux. La malade est simplement mise au repos au lit pour calmer ses douleurs. Celles-ci, en effet, diminuent notablement et, à la fin de décembre 1901, la malade se sert très améliorée. Pendant ce temps elle est mise dans un lit voisin de celui de notre première malade en qui elle a trouvé une camarade de son âvce. Mais, brusquement, dans les premiers jours de janvier 1902, reparaissent, plus vives qu'auparavant, dans tout le membre inférieur droit, de la crête iliaque aux malléoles, des douleurs sous forme de fourmillement, de crampes très pénibles.

Puis,en deux ou trois jours, sous nos yeux, la malade s'affaisse sur son flanc droit, la colonne vertébrale s'incline en masse, faisant une longue courbe à concavité droite; l'épaule droite tombe et une véritable boiterie apparaît; dès lors, notre malade présente, au complet, en les exagérant même, des symptômes identiques à ceux que nous avons notés dans l'observation I.

Le côté droit du thorax est entièrement affaissé ; l'épaule, tombante, fait un plan très incliné en dehors ; le bras droit, pendant ie long du membre inférieur, descend beaucoup plus bas que le bras gauche ; l'omoplate saillante est très abaissée ; enfin, le bord inférieur des fausses côtes s'enfonce en

dedans de la crête iliaque, plissant la peau et le tissu sous-jacent par de profonds sillons. La hanche fait une forte saillie, distante de l’acromion de 30 centimètres seulement, tandis qu'à gauche la même mensuration donne 42 centimètres. Dans sa totalité la colonne dorso-lombaire fait une courbe à grand rayon concave à droite. Pas de torsion des apophyses épineuses, mais, au niveau de la région lombaire, elles sont profondes et onles sent mal:ilya un léger degré de lordose.

Ici encore nous observons que la difformité se réduit sous des efforts manuels, se reproduit même en sens inverse ; mais cette réduction nest que momentanée. Si l’on fait marcher la malade, on observe qu'elle va le bras pendant, l'épaule fortement tombante, le membre inférieur droit rigide ; chaque fois qu'il touche le sol, le thorax s'incline profondément à droite et s'enfonce dans le bassin.

Dans la position assise ou couchée on retrouve, plus ou moins atténués, les mêmes signes.

À ce moment, notre attention étant éveillée et attirée vers la névrose par la première malade pour laquelle le diagnostic de scoliose par contracture hystérique avait été posé, et en présence d’une difformité aussi énorme, apparue subitement, nous faisons un examen systématique du système nerveux qui nous révèle les faits suivants :

Hémianesthésie gauche totale, occupant la tête, les membres et le tronc. Hyperesthésie droite totale et, non seulement relative, exagérée encore au niveau des membres inférieurs droits et des gout-

tières vertébrales. Au membre inférieur droit, pas de contracture appréciable dans les. mouvements passifs ou au palper des masses musculaires au repos. Pas d’atrophie. Dans le flanc droit, étant donné le degré extrême de la difformité, la main re peut pas explorer l'espace ilio-costal.

Rétrécissement marqué du champ visuel des deux côtés.

Abolition des réflexes pharyngien et cornéen. Les deux réflexes rotuliens sontexagérés.

Le réflexe plantatre-est aboli à gauche, du côté de

l’'hémianesthésie. Jamais de crises hystériques franches ; depuis deux mois, la malade n’a pas eu de nouvelle attaque de vertige. Jamais de sensation de boule rétro-sternale, ni de sensation de constriction cervicale. Zone hystérogène au niveau dela pointe du cœur ; dans tout le côté droit, la pression un peu forte est pénible, presque syncopale.

Pas d’ovarie. Accès de rire fréquents, sans cause ; quintes de toux à timbre spécial rappelant l’aboiement du chien. Caractère irritable, changeant, sommeil agité, frayeurs nocturnes constantes.

ETIOLOGIE — PATHOGÉNIE

Ces deux observations nous paraissent intéressantes à plusieurs points de vue.

Dans tous les cas de scoliose d’origine hystérique, publiés à ce jour, il s'agit d’'hystéro-traumatisme; beaucoup plus rarement on note à l’étiologie une crise convulsive ou une émotion vive. La contracture apparait plus ou moins rapidement,après un choc en général peu important, chez un sujet porteur de stigmates ou seulement en puissance d'hystérie plus ou moins latente.

Une observation de Mirallié, cependant, fait exception ; c'est celle que nous avons citée tout au long presque. La suggestion y est très nettement en cause. Mirallié, s'adressant à son interne, lui dit, devant la malade, hystérique avérée, atteinte

qe

de blépharospasme, que, souvent, en pareille occu-

rence, on voit apparaître une déviation rachidienne

et, joignant le geste à la parole, ilincline la malade sur le côté comme pour mieux se faire comprendre. Quelques jours après la malade eut une superbe scoliose. Comme le fait remarquer l'auteur, il y eut, dans ce cas, d'abord suggestion, puis une phase de latence et, enfin, auto-suggestion et apparition de la déviation. La malade de Mirallié eut deux récidives et, comme le fait observer l'auteur, pour la seconde attaque, le mécanisme est simplifié: plus n'est besoin de suggestion nouvelle, l’auto-suggestion ne fait que persister ; les cellules nerveuses ont déjà pris l’habitude de l'acte. Et nous verrons plus loin que cètte habitude met un point noir à l'horizon de notre pronostic. |

Quoi qu'il en soit, voilà un élément étiologique important à ajouter au traumatisme, et la rareté'de cet élément, puisque jusqu'ici on ne l’a observé franchement qu'une seule fois, est une des raisons pour lesquelles nos deux observations nous ont paru intéressantes à publier. Chez notre deuxième sujet, en effet, l'étiologie est évidemment la même. Hystérique à stigmates très nets, elle était depuis quinze jours dans la même salle que la première et dans un lit voisin. Il est évident que sa difformité énorme, apparue subitement, ést d'origine mentale. La suggestion provoquée en elle par la vue de sa compagne. effectuée en une première phase, dans une seconde, dite de latence, notre malade paraît s'améliorer, pendant que s'achève en elle le travail d'auto-sugges-

RE tion qui aboutit à l'apparition d’une difformité identique à la difformité causale.

‘Et même, pour notre première malade, quoiqu'il nous soit impossible de l’affirmer, il est probable que la présence de cette camarade difforme, dont elle nous a parlé, a joué un rôle dans l'apparition de sa scoliose. Il eût peut-être suffi, après tout, que nous ayions dans la même salle quelques autres malades hystériques pour que se fût propagée une véritable petite épidémie de scoliose. Notons, du reste, que, dansla grande majorité des cas, la contracture hys-. térique consécutive soit à un traumatisme, soit à une émotion, suit de quelques jours le traumatisme ou l'émotion causales; elle est généralement médiate, rarement immédiate; pendant ces quelques jours vraisemblablementse fait l’auto-suggestion qui aboutira à la contracture. De sorte, qu'en somme, toute l’étiologie de la scoliose hystérique peut être ramenée à la simple auto-suggestion.

La variété de scoliose dont nous nous occupons, procédant essentiellement de l'hystérie, nous devons retrouver ici les mêmes caractères de mobilité et d’instabilité qui marquent toutes les manifestations de 1a névrose. Et, en effet, la contracture disparaît brusquement, comme elle était venue, un beau matin, sous l'influence de l'émotion, de la suggestion, ou même sans cause apparente. D'autre part, on le sait, l’hystérie n’est pas fertile en troubles trophiques ; elle ne s'attaque aux vertèbres pas plus qu'aux autres os. Cette absence de lésion osseuse et cette éphémérité de la contracture(Vic admet que sa durée

NUE Pos | oscille entre 8 jours et 1 mois) nous expliquent pourquoi Redard est d'avis que l’on a tort d'appeler scoliose hystérique l'affection qui nous occupe. La dénomination de fausse scoliose serait bien mieux appropriée, la scoliose type étant ia scoliose des adolescents, celle qui vient lentement, met des années à s'en aller, quand elle s'en va, et est caractérisée anatomiquement par des déformations osseuses de toutes les parties de la vertébre, des côtes, et surtout par le mouvement de torsion subi par le rachis « qui paraît « se tordre, suivant la comparaison de Lorenz, « autour d'un axe fictif, comme la vigne tourne en « spirale autour de son tuteur ».

La déviation rachidienne de nature hystérique est donc une scoliose purement dynamique, sine materia, une fausse scoliose pour mieux dire. La contrac- : ture qui l'engendre est düe, d'après Charcot et Vulpian, à une excitation, lésion purement dynamique, ‘sans modification anatomique appréciable, des cellules motrices des cornes antérieures de la moelle ; ce serait une excitation assez analogue à celle que cause la strychnine, mais beaucoup plus durable. Il ne peut s'agir ici d'un réflexe, le réflexe étant consécutif à une excitation provocatrice, mais ne lui survivant pas.

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