V. — Le chloramphénicol
Les travaux de Ebhrlich, d’une part, de Carter, Gottlieb et Andersson, d’autre part, ont permis d'établir l’activité d’un corps extrait du streptomyces vénézuelae : la chloromycétine. L'étude de la constitution chimique de ce corps par Rebstock Crooks Controulis et Bartz, permit à ces auteurs de réaliser la synthèse du chloramphénicol. L'activité de ce produit est comparable à celle de la chloromycétine. Nous emploierons indifféremment dans ce chapitre ces deux termes pour désigner le même produit. :
La stabilité du chloramphénicol est plus grande que celle de la pénicilline et de la streptomycine; il se conserve pendant longtemps «in vitro » et il résiste aux variations de P. H. de 0,40 à 9,56 (Bartz). L'étude de son spectre bactérien a montré l’action étendue de ce produit. Les salmonella paratyphi et eberthella typhosa sont les plus sensibles, mais en ce qui concerne les germes trouvés dans les infections urinaires l’esch. Coli le staphylocoque doré sont sensibles « in vitro » à des dilutions de 107. Bliss et Todd ont comparé les doses minima inhibitrices de chloromycétine et de streptomyeine exprimées en gammas/cc.
Chloro. Streplo.
ESC A UCI EL RES. 10 6,25 gram ==1/ Aérop. Aérogènes ..….".".. 10 100
OO SR UT CPR RE 2,9 5 RTE: Staphylococcus aur. .... à 12,5
Streptococcus foec. ...... 10 00
Les résultats des expériences pratiquées pour étudier le développement d’une résistance «in vitro » au chloramphenicol sont contradictoires. Gialdroni signale la diminution de la sensibilité de Esch. Coli, de 1,5 y à 7,5 y après passages successifs sur des milieux de plus en plus riches en chloromycétine. Mac Lean, Schwab, Hillegas et Schlingman obtiennent des souches de Eberthella typhosa résistant au chloramphénicol. Ils signalent que la concentration pour une même action passe de 10 à 250 y après 12 transferts. Mais les études faites par Martin Chabbert et Sureau ne leur ont pas permis de mettre en évidence une chloromycétino-résistance « in vitro ». I] semble donc qu’elle soit des plus rares.
Exprimées en y, les concentrations sanguines après administration de chloromycétine sont les suivantes (Martin et Le Mer) :
Après une dose unique de À gr :
14 au bout de 2 heures 6 au bout de 4 heures 3 au bout de 6 heures 0 au bout de 8 heures
Après une dose unique de 1 gr, puis 0,2 gr toutes les deux heures :
5 au bout de 1/2 heure 18 au bout de { heure 10 au bout de 2 heures 14 au bout de 3 heures
AE
Les chiffres se stabilisent entre 10 et 15 +; dans les heures qui suivent.
L’élimination urinaire est très importante dans les heures qui suivent l’absorption de 1 gr de chloramphénicol. La concentration est alors de 200 + par ce puis elle tombe après 8 heures à 40 - et se poursuit pendant une dizaine de jours à la concentration de 10 .
La toxicité est faible mais on observe assez fréquemment des troubles digestifs en cours de traitement : nausées, vomissements, diarrhées. De nombreux auteurs ont signalé des phénomènes d’irritation des muqueuses : stomatite, cheilite, glossite, prurit vulvaire. Benhamou et Destaing pensent qu'il peut s'agir d’une carence en vitamines B ou P. P.
L'application thérapeutique chez jes malades urinaires a montré les résultats excellents obtenus sur des infections à germes gram —.
Garvey rapporte vingt et un cas d'infections bacillaires de l’arbre urinaire traitées par ce produit. Parmi ces infections, dix-neuf durent en moyenne depuis vingt-deux mois et sont, pour la plupart, compliquées de calculs où d’hydronéphrose. Des traitements antérieurs par les antibiotiques ou les sulfamides n’ont donné aucun résultat. Les auteurs obtiennent onze bons résultats, notamment sur des infections à aérobacter aérogènes avec des doses de 2 gr de charge en quatre prises séparées, puis 0,50 toutes les 4 heures au début et 0,25 gr lorsque les signes infectieux diminuent. Le traitement est poursuivi pendant une semaine et en cas de rechute, pendant dix jours. Les échecs sont dus à l'apparition, au début ou en cours de traitement, d’autres germes non sensibles au chloramphénicol.
Chittenden et ses collaborateurs traitent une cinquantaine de malades infectés par des associations de Esch. Coli, Pseudomonas, aéroginosa, protéus vulgaris et alcaligènes. Les résultats obtenus sont satisfaisants. En cas d’échec, les auteurs
préconisent l’association de sulfamides au traitement par la chloromycétine.
Brochier et Gabriel, chez deux malades atteintes de pyelonéphrite gravidique à Esch. Coli résistant à la pénicilline et au rufol, obtiennent de très bons résultats après l’administration de 15 gr et 25 gr de chloramphénicol.
Bien que moins active que l’auréomycine, la chloromy- -cétine guérit également les urétrites amicrobiennes à ultravirus (Chen et Dienst). Cinq malades dont l’affection durait depuis plusieurs mois sont améliorés ou guéris après trois à six grammes de chloramphénicol donnés en un ou deux jours. Une rechute traitée par un gramme trois fois par jour pendant cinq jours est guérie en 48 heures avec arrêt de l'écoulement.