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d'une méningococcémie à forme pseudo-palustre, avec clo-
chers fébriles, arthralgies éruptions papuleuses fugaces, qui
évoluent depuis deux mois. Nous avons déjà fait allusion à ce Cas au point de vue du diagnostic. Eneffet, le diagnostic clinique porté était celui de méningococcémie mais les hémocultures avaient été constamment négatives. Une réaction de fixation faite avec le sérum de cette malade, suivant la technique indiquée plus haut, fut positive. Quelques jours après, un épisode méningé apparaissait qui venait encore confirmer le diagnostic.
On voit la malace le 18 mai : les signes méningés cliniques
sont nels, l’état général mauvais ; le liquide céphalo-rachi-
dien est purulent, maïs il est impossible de décéler le
méningocoque à l'examen direct ; les cultures ne poussent pas par suite d’un arrêt de l’étuve.
Traitement 1/2 cm° d’endoprotéine intra-rachidienne, 1/2 cm* intra-musculaire.
Le 19 mai, la malade arrive à l'Hôpital Ciaude-Bernard et l’on constate les mêmes signes cliniques.
On répète l'injection intra-rachidienne (1 cm).
Dès le lendemain, la température tombe, les signes méningés disparaissent, l'ensemencement du rhino-pharynx sur boîte de Pétri contenant de la gélose ascite montre des cultures B et quelques cultures seulement de staphylocoque.
La guérison est définitive à partir de ce moment, la malade sort le 18 juin; l'ensemencement du rhino-pharyÿynx est néga-
tif.
En résumé,il s’agit d’une méningococcémie à mé-
ningocoque B survenant chez une femme âgée,
obèse, qui cependant a supporté parfaitement l’injection intra-rachidienne nécessitée ici par la localisa-
tion méningée. Malgré le sévère pronostic qui avait. été porté du fait de l’âge de la malade, de son obé-
sité et de la réaction méningée, cette femme est
sortie guérie.
Cette observation nous paraît mériter l’attention, car si on relit la plupart des faits de ce genre on voit que ce sont les formes de méningococcémies avec épisodes méningés plus ou moins accentués qui résistent à la protéinothérapie sous-cutanée.
Les deux observations que M. Léon Blum a rapportées à la Société médicale des Hôpitaux en font foi : l’une concerne une méningococcémie pure guérie par la protéinothérapie sous -cutanée et l’autre une méningococcémie avec épisode méningé dans laquelle l'injection de lait échoua complètement. Le traitement par voie sous-cutanée est insuffisant, étant donné l'indépendance relative des espaces sous-arachnoïdiens. C’est d’ailleurs ce qu'’avaientbien vu MM. Ribierre, Hébert et Marcel Bloch qui préconisaient, dès 1920, la sérothérapie intra-rachidienne dans les méningococcémies.
L'observation de MM. Prosper Merklen, M. Wolff et À. Frœhlich, d’une méningococcémie à à méningocoque B vient encore à l’appui de ces faits. Leur malade qui avait présenté au cours de l’évolution de sa maladie une réaction méningée passagère ne
guérit qu'après un choc anaphylactique très violent
A ayant déterminé vraisemblablement par son intensité même un trouble humoral dans les espaces sous arachnoïdiens.
Or, il est justement possible de déterminer ce trouble humoral par l'injection intra rachidienne d’endoprotéine ; ce produit soluble qui ne cause pas de réactions importantes ainsi que nous avons pu le constater à plusieurs reprises, est infiniment supérieur aux vaccins qui, par la présence des corps microbiens, sont plus irritants pour les méninges et, par cela même, d’un emploi plus délicat.
C) Méningites cérébro-spinales.
Tout cé que nous avons dit jusqu’à présent, pérmet dé prévoir la difficulté que l’on rencontrera au cours du traitement des méningites cérébro-spinales. Les observations qui vont suivre, n’ont pas la prétention de montrer une guérison rapide et sans rechute. Comme dans toute méthode nouvelle, il nous a fallu procéder à des tâtonnements inévitables dans la détérmination des doses à injecter. Nous donnons ces observations pour montrer les obstacles qui se présentent et les insuccès relatifs que l’on peut rencontrer. Ces insuccès, nous le verrons, ont été cau+ sés le plus souvent par l'ignorance dans laquelle nous étions de la dose optima à utiliser. Sans elle, en effet, l’action thérapeutique peut être nulle ou incomplète. Or, cette dose varie d'un malade à l’autre suivant sa susceptibilité et l’on conçoit que,
ss
au début tout au moins, la technique de cette thérapeutique est difficile à préciser.
La première observation que nous apportons est
celle d'un malade, M. B..., architecte, âgé de 22 ans,
qui présentait une méningite cérébro-spinale à mé-
ningocoque À, très grave.
OBSERVATION XIII (Hôpital Claude-Bernard.)
Le 23 mars 1925, M. B... entre à l'Hôpital Claude-Bernard pour une méningite cérébro-spinale évoluant sans traitement depuis 6 jours.
A son arrivée, le malade agité, délirant, est absolument incapable de répondre aux questions. Par instant, le délire fait place à une torpeur et à un état semi-comateux.
Les signes méningés sont évidents : raideur vertébrale intense en orthotonos. Impossibilité absolue de fléchir la nuque dans aucun sens. Kernig intense. Réflexes exagérés. Babinski en flexion. Pupilles légérement dilatées, réagissant normalement. Aucune paralysie, aucune crise convulsive.
Température 374. Pouls 72, régulier. Respiration ra. Langue légèrement sèche. Urines colorées, Albumine. Rien d'anormal au niveau des organes thoraciques ou abdominaux, aucune éruption. Pas d’herpès.
Ponction lombaire : liquide louche, sans hypertension apparente, contenant des polynucléaires altérées, de très nom-
breux méningocoques tous extra-cellulaires. La culture et
l’agglutination montrent dans les jours suivants qu'il s’agit de méningocoque. |
Traitement. — Injection intra-musculaire à 1/2 em° d’endoprotéine, suivie 1/2 heure après d'un frisson et de l’élévation de la température jusqu'à 390.
24 mars. — Après une mauvaise nuit au cours de laquelle le malade est successivement très agité ou somnolent, l’état est sensiblement le même : raideur aussi intense, i! existe une mydriase telle qu'on ne voit presque plus d'iris, le réflexe à la lumière est abolie.
Température, 37%. Pouls 96, régulier. Ponction lombaire : liquide faiblement hypotendu purulent, contenant de nombreux méningocoques dont beaucoup sont intra-cellulaires.
25 mars — Nuit très mauvaise, le malade est un peu calméle matin, l’état général semble meilleur ; tous les signes oculaires persistent et on constate de plus un léger strabisme de l’œil droit.
Liquide céphalo-rachidien purulent; mais les polynueléaires sont moins altérés et les méningocoques, dans l’en semble, sont moins nombreux et presque tous intra-ccllulaires.
Traitement. — Injection intra-musculaire de 1 centimètre cube d’endoprotéine (aucune réaction apparente).
Le 26 et 27 mars, on ne constate aucun changement dans l’état général ou local du malade.
Le 28 mars, le malade paraît nettement mieux ; la température s’est abaissée, l'agitation est moindre.
Le liquide céphalo-rachidien, dont on ne peut retirer que quelques centimètres cubes, se coagule spontanément en
quelques minutes ; les polynucléaires que l'on voit sont à
— Dé — peine altérés et on ne constate ni à l'examen direct, ni par culture, la présence de méningocoque ; au cours de la journée l'amélioration s’accentue.
Le 29 mars l'amélioration est manifeste, le malade plus éveillé commence à parler, la raideur vertébrale dimiaue, la température continue à descendre, le pouls se ralentit.
30 mars. — Le malade s’asseoit dans son lit sans le secours de personne et n’éprouve qu'un léger degré de vertiges, il parle d’une façon normale et peut raconter l’histoire du début de sa maladie. Il ne persiste plus qu’un peu de Kernig.
Dans les jours suivants, l'amélioration persiste et s'accentue : pas de céphalée, sommeil normal, disparition des signes oculaires : le liquidecéphalo-rachidien à peine louche contient des polynucléaires intacts et quelques mononucléaires. Pas de méningocoque.
On pratique encore une injection intra-musculaire d'’endoprotéine à cause de la persistance d'un léger Kernig.
Du& avril au 6 avril, la céphalée reparaît, le malade accuse quelques vertiges, la température est irrégulière, le pouls s'accélère et atteint 132, quoique les signes méningés soient restés frustes et que l'on ne constate plus de méningocoques dans le liquide céphalo-rachidien.
Mais, pendant que l'infection méningée n'est pas complé-
tement éteinte, nous décidons, le 6 avril, d'injecter par
voie rachidienne 8/10 de centimètre cube d'indoprotéine -
diluée dans 1 centimètre cube de sérum physiologique : l'injection est bien supportée quoique déterminant une réaction fébrile qui atteint 40°.
7 avril. — Amélioration notable, le malade n'éprouve
PH) "ASE
plus de vertige, la céphalée a cessé, la raideur a diminué encore, là température est revenue à 37°2.
Cette amélioration persiste pendant trois jours ; seule, la température présente encore quelques oscillations.
11 avril. = Nouvelle reprise des signes méningés durant les 12, 13 et 14 avril.
14 avril. — Réapparition des ménuingocoques dans le liquide ; injection intrarachidienne de 3/10 de em: d’endo-
protéine et injection intra-musculaire de 1 em*.
Deux heures après l'injection : élévation thermique à 3926. .
16 avril. — Bien que le liquide céphalo-rachidien ne econtienne plus de méningocoques et que les mononucléaires réparaissent, le pouls reste rapide, la raideur ne diminue pas.
Nouvelle injection intra-rachidienne de 3/10 de cm* d’endoprotéine.
18 avril. — Même état : injections de 1/2 cm d’endoprotéine par voie rachidienne.
19 avril. — Amélioration de tous les signes locaux ou généraux. Dès le 22 avril, le malade paraît guéri, s’alimente, dort.
27 avril. — On observe encore une nouvelle rechute ; réapparition des signes méningés, raideur, Kernig. Vomissements ; liquide céphalo-rachidien purulent contenant un peu plus de polynucléaires que de mononucléaires; on trouve un polynucléaire bourré de méningocoque. La culture reste négative.
On se décide à injecter une dose importante d’endo-
protéine, 2 cmÿ par voie lombaire :l’injection est suivie d'un
frisson et d’une élévation de température à 394.
a AM
28 avril. — Les signes méningés s’'amendent, la température baisse ; à partir de ce jour, la guérison est définitive,
26 mai. — Liquide céphalo-rachidien absolument clair : 7 lymphocytes par cmÿ.
30 mai. — Le malade sort complètement remis, sans séquelle Nous avons revu cet homme à plusieurs reprises ; la guérison s'est maintenue complète. Il a pu reprendre ses
études en octobre et nous a donné de ses nouvelles en janvier dernier.
En résumé ïl s’agit ici d’une méningite cérébro-spinale grave bien que déterminée par le méningocoque A.
Les signes méningés constatés à l’arrivée du malade étaient très intenses et aux signes spinaux s’ajoutaient des symptômes cérébraux, périodes de délire et d’excitation, périodes de torpeur et de coma.
Tout cet ensemble de symptômes avait fait porter un pronostic sévère.
Le traitement au début a consisté uniquement en injections irtra-musculaires d’endoprotéines. Au bout de cinq jours, les phénomènes cérébraux ont disparu et les signes méningés se sont atténués ; la température est descendue progressivement. Toutefois on observe ensuite la réapparition de signes méningés uniquement spinaux qui persistent pendant un certain temps avec une intensité plus ou moins grande suivant les jours : l'injection intrarachidienne de petites doses d’endoprotéine atténue cette méningite spinale.