‹ Contribution à l'Étude de la Simulation et de l'Interprétation des Accidents du TravailChapitre 16 sur 21 · MES · texte numérisé non relu

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Observation IX

Expertise de M. le D: Balthazard, le 25 février 1907, en exécution d’un Jugement du tribunal de 1'° instance en date du 14 janvier 1907 à l’effet de voir et visiter le nommé 1

Certificats produits par les parties. — L'accident du travail dont la réalité n’est pas contestée, a eu lieu le 29 avril 1906. L... a reçu une ruade de cheval, qui l'a projeté contre un mur. Il est entré à Phôpital Beaujon d’où il est sorti au bout de quatre jours, le thorax entouré de bandes de diachylon.

Le premier certificat du D' H... est ainsi conçu et daté du 4 mai 1906 : bre

« Contusion de la poitrine, du côté gauche avec fracture presque certaine de côtes et contusion au deuxième degré sur la partie interne du genou gauche, occasionnés par un coup de pied de cheval en le pansant. Cette blessure, quoique sérieuse, | ne paraît pas présenter de gravité sauf complication, pe.

Le 18 juin 1906, le D' X... a revu È blessé et déclaré qu’il était guéri et pouvait reprendre son travail.

Le 12 juin 1906, le blessé s’est fait visiter par le Dr Y...

qui lui à délivré le certificat suivant : « Actuellement la frac-

« ture (des côtes) est consolidée, mais le blessé continue à souf- « frir beaucoup de son côté. Il s’essouffle très rapidement, tousse « surtout le matin. Il persiste de la névralgie traumatique et à « l’auscultation on perçoit des frôttements pleuraux. Il reste « donc une gêne qui entravera fortement le blessé au cours de «son travail et même il faut faire des réserves sur les suites « éloignées possibles du côté du poumon.Je conclus à une

Vasselin 4

2 EE ( ce

« incapacité de travail permanente et partielle pouvant être

« évaluée à 8 0/ 0 de l'aptitude professionnelle. »

A la suite, l'enquête ayant été faite le 26 juin 1906 par M. le juge de paix de Saint-Ouen, sur le vu de ce certificat, la Compagnie d'assurances fit visiter le blessé par le Dr Z.., qui déclara : « Ce blessé n'a aucune infirmité et n’est atteint d’aucune incapacité permanente partielle. Il est fortement éthylique et peut reprendre définitivement son travail le 6 août 1906. »

Examen de L... — Actuellement L... reconnaît très franchement qu’il ne souffre que très peu des conséquences de son accident. Il a repris son travail qui consiste à conduire une balayeuse, avec le même salaire qu’antérieurement à l’accident ; il se fatiguerait toutefois plus facilement et serait obligé de prendre un plus grand nombre de jours de repos.

il n’est pas possible de retrouver trace actuellement des contusions du thorax et du genou. On ne sent de cal de fracture en aucun point des côtes du côté gauche, si bien que la fracture de côtes, qui paraît avoir existé, s’est consolidée sans déplacement des fragments. Il n’existe aucune douleur à la pression dans la même région. R

L’auscultation de la poitrine montre des lésions généralisées d’emphysème, dans la genèse desquelles l’accident du 29 avril 1906 n'intervient évidemment pas. C’est à cet emphysème qu’il faut rapporter la facilité avec laquelle L... s’essouffle, et la toux matinale dont ilse plaint. Au niveau du siège présumé des fractures de côtes, on ne retrouve plus les frottements pleuraux qu aurait constatés le docteur Y... ; il n’éxiste pas non plus de deal inspiratoire des espaces intercostaux laissant suppo= ser que des adhérences se sont constituées éntre Ja plèvre parié-

tale et la plèvre viscérale.

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L.,.est un homme de 53 ans,chez lequel il n’est pas difficile de mettre en évidence des habitudes d’intempérance (tremblement des-extrémités, de la langue). Il est certain que la valeur industrielle de L... n’est pas très considérable, mais il faut en rapporter la cause à sa sénilité précoce et à son imprégnation éthylique, et non à l'accident dont il a été victime le 29 avril

En résumé il ne persiste aucune incapacité Dérmauente partielle de travail et la date de la consolidation de la blessure peut être fixée au 6 août 1906 conformément à l'opinion du docteur Z..., médecin de la Compagnie d’assurances.

Conclusions. — 1° L... a donc été atteint d’une contusion du genou gauche et d’une contusion du thorax, avec probablement fractures de côtes.

2° Ces blessures ont entraîné une incapacité temporaire de travail qui a duré jusqu’au 6 août 1906 date de leur consolida= tion. |

3° Il ne persiste actuellement aucune incapacité permanente partielle. ( 5

Suites judiciaires. — L... a été débouté de sa demande par

jugement en date du 18 mars 1908.

‘De ces observations nous pourrons tirer l’enseignement suivant : c’est que lé médecin expert doit non seulément observer scrupuleusement les symptômes de l'affection que présente le blessé, mais aussi s'enquérir de ses antécédents personnels et héréditaires avant de poser fermement le diagnostic de conséquence d’aceident de travail.

Le problème se pose pour ainsi dire journellement à

propos des hernies traumatiques. Un individu déclare qu'un accident du travail lui a occasionné une hernie. Dans quel cas pourra-t-on admettre la véracité de son dire ? Il faudra d’abord : 4° Vérifier la bonne foi du blessé; le blessé n’était-il pas porteur de sa hernie avant l'accident ; 2 savoir s’il y a réellement eu accident de travail, c’est-à-dire un événement anormal au cours du travail ; 3° l’accident de travail, s’il a eu lieu, pouvaitil occasionner la hernie ? Ce sont là trois points qu'il est bien souvent malaisé d'élucider, d'autant plus qu'ils viennent se compliquer des questions de prédisposition. Car bien qu’en matière d’accidents de travail on ne doive pas tenir compte de l’état antérieur du blessé, il est cependant difficile d’admeitre, par exemple, que chez un individu porteur de canaux inguinaux très dilatés, un minime accident de travail soit rendu responsable d’une pointe de hernie ; cet individu était voué fatalement à la hernie et le moindre effort pouvait la faire

naître. On le voit, ce sont là des points très délicats à

apprécier, et qui exigent du médecin expert un examen

minutieux et rigoureux.

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