Elat identique. Température 3993 et
25. — Teinte subictérique généralisée. Sueurs très abondantes. La langue se dépouille. Les crachals sont loujours très rouges. Toux persistante. Point de cô'é excessivement douloureux. Au poumon gauche, rien ; mais à droile en avant, quelques sous-crépitants. En arrière, la malilé est un peu plus é‘endue (4/5 de la hauteur du poumon droit). Le souffle est expirateur ; il s'entend au 1/3 moyen entouré d'une couronne de sous-crépilants. Bronchophonie, pas d'égophonie n1 de pectorilcquie aphone. Le cœur est toujours très faible. La température prend le {ype inverse : 39°9 le malin, 3906 le soir. Le pouls (112), dépressible, devient dichrote, donnant au doigt la sensation de sable coulant, comme le fait remarquer M. le professeur Carrieu. Preseriplions : 3 eachels d’'anlipyrine à 0,50 centigr. On continue la sparléine. On fait sur le côté droit des fric-
lions avec :
LÉO RER ET eee «2 OT.
RENONCE MINE cer:
GÉVOBTNE SR rs nn 30 gr.
Dans les pilules des jours précédents on remplace laloès par du
tannin :
nn ar air 0,05 centigr.
HOME NET Sex 4e 0,15 cenligr.
PME Eee 0,05 cenligr.
le malade ayant une diarrhée assez copieuse.
26. — Température du malin : 38°4. Pouls : 110. Les urines, très
colorées, sont abondantes. Avec l'anlipyrine, la tempéralure tombe à 37°4,.
27. — Pas d'amélioration. Température : 39° malin el soir. Les crachats sont toujours très rouges. On prescril :
} Chlorure dé Se ER ER 3 gram.
Sirop dé framboise... 30 — FAQ Pr INR ES 90 — 28.— Le malade a des sueurs profuses. Evacuations abondantes
dans la nuit du 27 au 28 mars. Langue un peu dépouillée. Le cœur est mauvais. Pouls : 110. En avant, au poumon droit, la matité el les râles augm nlent. Mêmes signes en arrière. On injecte de l'huile camphrée malin el soir. Ë
29. — Les crachats sont encore tres rouges. Les urines sont très colorées. Le souffle expirateur prend le timbre d’un souffle tubaire. On conslale de la bronchophonie et de la pectoriloquie aphone sur la ligne axillaire, au niveau de l'angle de l'omoplale. Température : 30°) le malin, 38°6 le soir. Pouls dépressible à 110.
39. — Délire, agilalion, embryocardie. En avant ‘et à droite, skodisme très marqué au sommet. La respiralion est bruyante, quelques sous-crépilants (Schème I de Grancher). En arrière, les fosses sus el sous-épineuses sont males. Le souffle tubaire est surtout expiraleur; il siège au liers moyen et à la base et s'accompagne de pecloriloquie aphone. Température à Lype inverse.
lel? avril. — Même étal. Pouls dichrote depuis le 28 mars (100). Urines de quantité suffisan'e. Elles sont analysées.
3. — Le malade respire un peu mieux. Les crachats sont moine rouges el prennent par place l'aspect de la gelée de groseille. En arrière, le souffle monte, et on constate quelques râles frottements à la base. Le séro d'Arloing est de nouveau négalf. Température : 378 le malin, 39°4 le soir.
4 — Même expecloralion. La langue es nelloyée, les urines très rouges. Le sommet droit est un peu plus sonore ; à la base, la matité persiste avec diminution des vibrations. Le souffle est toujours tubaire. Température : 3802, 3807. ;
5. — Le délire est un peu moindre. Crachats à deux teintes : rouge foncé el gelée de groscille. La posilion assise n'influe en rien sur le niveau de la malité. Le troisième espace inlercoslal est
re sonore en avant. Température : 3497 — 39°9 (brusque ascension). 6.— Le délire réapparaît plus intense. Il faut maintenir le malade au lit Mèômes signes, mais devant la durée de l'évolution, et pour préciser devant les élèves qu'il ne s'agit pas d’un épanchement, M. le professeur Carrieu fait faire une série de ponctions exploratrices, et dans la région la plus mate e! dans la scissure interlobaire. Le résultat est négatif : it s'agit donc bien d’une spléno-pneumo-
nie.
* 7. — Température : 38°9 — 3808.
8. — Les crachals sont encore assez abondanis, mais Landis que
l'un d'entre eux est encore très foncé, les autres sont couleur de groseille. Le sommet est un peu plus sonore ; la respiration mieux pereep'ible. Le souffle, moins fort, devient Iégèrement inspirateur.
Température : 38° — 3895.
9.— L'état. général devient meilleur. Chute de température à 36°8. Le souffle est bien diminué. Obscurité respiratoire à la base droite. Pas de crise.
Du 10 au 12. — La lempéralture remonte entre 38°9 et 39%. Pouls : 100. Le cœur est toujours soutenu par l'huile camphrée. Le malade est somnolent. Dans les crachals muco-purulents il y a encore quelques filets de sang.
13. — Plus de diarrhée. Crachals à peine rosés. A l'analyse, pas de bacilles de Koch, mais uniquement des preumocoques. Le souffle semble cavilaire, avec un peu de retentissement vocal. Le signe du sou est négalif, les vibrations éfant devenues un peu plus métalliques que normalement. L'inoscopie et l'Arloing sont négalifs.
14 au 25. — L'état s'améliore : le malade est soutenu par les extraits de quinquina et de kola. La température descend au-dessous de 37°. Le souffle persiste. Le 25, on met un vésicatoire de 10 centimètres de côté en arrière et à droite.
26. — Le malade a une expectoralion muco-purulente très abondan‘e. L’haleine n'est pas fétide. Pas d'abattement ; un peu de toux.
Du 26 au 28. — Le 28 se produit une vomique de moyenne intensité, sans angoisse, ni effort, pendant la nuit. Le souffle persiste, mais diminue d'intensité. La matité persiste.
Du 28 avril au 6 mai. — La malité diminue très lentement. La respiralion reste soufflante avec quelques sous-crépitants. La diarrhée réapparaît très intense. Elle est combattue par des lavements
au gaïacol et des pilules avec :
FAnDin ee rate 0 gr. 15 : en pie pour 1 pilule n° 6 Baume de tolu..... 0 gr. 05 |
Du 6 au 29.— Lb malade va bien. Il se lève et peut aller passer son conseil de réforme, soutenu par deux aides. On refait le séro d'Arloing, qui est encore négalif. Les crachats restent légérement muco-purulents; pas de bacille de Koch, mais quelques streplocoques. et plus de pneumocoques.
Voici quels sont à ce moment les signes physiques du côlé droit: «En avant, un peu de skodisme, vibrations exagérées, respiration supplémentaire au sommet droit. À gauche tout est normal. En arrière, la colonne vertébrale parait à l'inspeclion légèrement déviée à droite. La percussion donne un son skodique dans la fosse sus-épineuse; submatilé dans la région sous-épineuse ; malité complète à la base. Les vibralions sont normales dans la fosse sus-Cpineuse, un peu exagérées au 1/3 moyen, supprimées à la base. La respiration est bruyante au sommet, l'expiration un peu prolongée est bronchitique. Au 1/3 moyen, elle est encore un peu soufflante, l'expiration y reste prolongée. A la base : Obscurité el râles froltements. Au 1/3 moyen et dans l'aisselle, un peu de retentissement vocal et de chuchotement.
Le poumon droit présente donc 3 zones: l'une supérieure, qui respire plus ; autre moyenne, où la spléno-pneumonie s'est accompagnée de pleurésie interlobaire, et qui à l'heure actuelle s'indure et se sclérose : enfin une troisième, basale, où la plèvre est épaissie, le
parenchyme pulmonaire alélectasié el respirant peu.
Cette observation nous à paru intéressante, tant au point de vue de l'affection ‘assez rare en elle-même, que des difficultés de son diagnostic. Une triple question se posait: quelles sont les lésions en cause, quelle est leur nature, répondraient-elles à un type clinique bien défini ? |
a) Les lésions pulmonaires apparaissent seulement le douzième jour de la maladie. Sur une crippe gastrointestinale, sans localisation pulmonaire, indice d’un
travail congestif à son début, vient se greffer une spléno-
pneumonie.
M. le professeur Carrieu affirme à ce moment le diagnostic. Il rejette la pneumonie, faisant constater qu'elle se serait comportée de façon tout autre : début plus brusque, frisson solennel, point de côté d'emblée el intense, crachats rouillés, évolution en quelques jours et rapide, crise terminale. La congestion de Woillez est toute différente : bénignité des symptômes, é6voluion courte, sans gravité. La pneumonie congestive de Potain n'a rien ou bien peu des signes physiques constalés chez notre malade : matité sans limites précises, plutôt submatité, souffle doux, ete. Nous n'insistons pas sur ce diagnostic très bien établi par Queyrat (Grancher, Maladie des enfants).
Entin, une tuberculose congestive (Lafargue) eût présenté des signes {rès nets au sommet: le séro d'Arloing eût été posilif, ainsi que l’inoscopie. La broncho-pneumonie grippale, et encore ne pouvons-nous songer Ici qu'à la broncho-pneumonie pseudo-lobaire, ne fait pas de crachats hémoptoïques ; la dyspnée est beaucoup plus intense, il y a rarement, comme dans notre cas, un point de côté limité, mais des douleurs moyennes aux hypocondres et à l'épigastre (Movysnier, Brouardel).
Les vibrations ne sont pas abolies ; il n°y à ni égophonie, ni pectoriloquie aphone ; les sous-erépitants sont beaucoup plus nombreux et souvent entremêlés de crépitants. « On trouve dans l’autre poumon ou dans d’autres parties du même les symptômes de la forme disséminée (Rilliet et Barthez). »
Mais il y avait une lésion pour laquelle lhésitation devait être un peu plus grande, e’était la pleurésie interlobaire (nous ne parlons pas de la pleurésie banale). En
Dre \
faveur de celle-ci nous trouvions au début une matité étendue, du souffle expirateur, des vibrations un peu diminuées, plus tard de la pectoloquie ; mais il n'y avait pas de déformation thoracique, comme un épanchement accompagné d'une matité aussi étendue en arrière aurait dû sans conteste en produire. Il y avait contre la pleurésie les crachats hémoptoïques, et surtout la précision des signes physiques, qui journellement recherchés par M: le professeur Carrieu ne laissaient aucun doute dans l'esprit des élèves ; enfin les ponctions exploratrices ne sont-elles pas argument décisif ? Done jusque-là pas d'hésitation, mais après une période de notable amélioration, alors que les signes généraux et physiques s'amendaient, que nous eroyions à une prochaine et définitive guérison, brusquement le malade fait une vomique dont le pus remplit un plein crachoir. S'agissait-il d'une pleurésie interlobaire primitive méconnue ? Pas du. tout, car — le professeur Carrieu le faisait remarquer à ce moment — la première histoire était bien et définitivement terminée. Le malade se levait: il engraisail el reprenait des forces.
D'ailleurs, à aucun moment, nous n'avons rencontré des signes nets de pleurésie interlobaire : l'expectoration est nulle ou insignifiante dans cette affection, sauf parfois des hémoptysies, indices du travail uléératif et précédant de peu la vomique. Or nous n'avons Jamais vu ici, et notre maitre insistait chaque jour sur ce fait, des crachats constitués uniquement par du sang pur. Apparus bien au début, ils sont toujours très adhérents ; leur coloration rouge ou gelée de groseille montre bien qu'il se fait au niveau du poumon droit une congestion très intense. Jamais chez notre malade nous n'avons trouvé une zone mate, bien limitée, suspendue, entourée de régions plus sonores,
Léo signes que décrit M. le professeur Dieulafoy. Basale d'abord, la matité remonte ici progressivement jusqu'en haut. Il fallait cependant expliquer cette vomique ; en l'espèce, if est très probable qu'elle est le résultat d'une pleurésie méla-spléno-pneumonique interlobaire, et non pas la conséquence de l'infection de la cavité laissée libre par la fonte de la zone splénisée (1/3 moyen). s
în effet, la fonte de cette zone se serait traduite par des gargouillements que nous n'avons jamais conslatés. Le processus histologiqie de la fonte aurait suivi sans interruption l’évolution de la spléno-pneumonie, il y aurait eu continuité dans la fièvre, aggravation de l’état général et modification successive des signes physiques. Et, de plus, s'il y avait eu infection d'une cavité mélaspléno-pneumonique, à côté des streptocoques uniquement trouvés dans les erachats à cette période de laffection, nous aurions rencontré à nouveau les prneumocoques si nombreux au début. Ce fait semblerait infirmer lopinion de Caussade qui a vu des paeumocoques très virulents trois mois après le commencement d’une splénopneumonie.
b) La lésion constatée, quelle en est la nature? Primitive, typhique, grippale ou tuberculeuse ? La tuberculose, en le cas actuel, pouvait et devait-être normalement sourgçconnée : le sujet, l'œil vif, les joues creuses, les pommettes saillantes, donnait assez l'impression d’un phtsique. I y avait encore les crachats rouges, lé type inverse de la température, les sueurs nocturnes et surtout l'évolution si longue. Mais jamais, on se le rappelle, le schème claviculaire (S + V+ R+) ne fut un instant en faveur de cette hypothèse, et, fait beaucout plus probant, le séro d’Arloing, l’inoscopie, l'examen des crachats furent toujours négatifs. Sile malade n’était pas un tuberculeux,
oo ET était-ilun typhique? Nous ne reviendrons pas sur la discussion qu'on {rouve au début de cette observation, mais nous rappellerons que le séro de Widal, fait a une période assez lardive, fut aussi négatif, que le début fut brusque, qu'il n’y eut cliniquement ni insomnie, ni épistaxis, ni vomissements, et qu'enfin- les taches rosées (ce critérium Un peu trop absolu de la dothiénentérie) sont très souvent le fait de la grippe CA
A ce sujet, qu'ilnous soit permis de faire observer que les formes de Spléno-pneumonie grippale sont peu et en tout cas insuffisamment décrites. D'ailleurs notre observation ne répond ni aux types subaigus et mobiles de Faisans, ni aux formes de Makereel et Lemoine.
c) M. le professeur Carrieu, faisant remarquer la durée fort longue de cette spléno-pneumonie, les caractères tout parliculiers de l'expectoration, la progression croissante et en somme régulière des signes physiques, avait une tendance très marquée à considérer ce cas comme répondant à un type clinique spécial, tant par sa nature que par son fond nettement congestif. Il parait vraisemblable que de nouvelles constatations s'imposent, et qu'à côté de la maladie de Grancher, à côté de formes simples, aiguës, subaiguës ou chroniques, qu'elles soient primitives, grippales, tuberculeusas ou typhiques (Bouicli), il y a place pour un Lype congestif el hémoploïque, pseudolobaire et prolongé.
(Commentaires de MM. Romant et Guignolt.)
(1) Observations de Pelon (Prof. Carrieu), Gaz. hôp., 1898.
ETIOLOGIE
La spléno-pneumonie est surtout une maladie de Fadolescence et de lPâge adulte, ainsi que le démontrent la plupart des observations publiées à ce jour. M. Ie professeur Grancher, en 1888, a démontré que la spléno-pneumonie pouvait néanmoins exister chez l'enfant aussi bien que chez l'adulte; d'ailleurs Mile Brandhendler, dans sa thèse de 1890, est venue corroborer l'opinion du maitre. M. le professeur Hutinel fait les mêmes déclarations et le professeur Netter, dans ses cliniques à l'hôpital Trousseau, déclare que la spléno-pneumonie dePenfant est un fait assez commun. En revanche il a été relaté peu d’observations de spléno-pneumonie chez les vieillards. Queyrat, dans un arücle de la Gazelte des Hôpitaux (juin 1892), en rapporte brièvement un cas chez une vieille femme de 72 ans, et qui lui aurait été communiqué par le docteur Chantemesse. Waitz (Thèse de Paris, 1897) en eite un autre exemple du docteur Galliard, concernant 6g: lement une
femme de 71 ans. Un troisième enfin est signalé par Make-
ro reel dans le service de M. le professeur Lemoine, chez un homme de 65 ans. |
En ce qui concerne la fréquence de la spléno-pneumonie, nous avons vu que celle affection, considérée comme très rare et même mise en doute au début, semplerait au contraire devenir très fréquente au cours de ces dernières années. Alors que Grancher et son élève Bourdel signalaient à peine à eux deux une quinzaine de cas, les auteurs d'articles plus récents dans less diverses feuilles médicales déclarent posséder de nombreuses observations personnelles. C’est ainsi que le professeur Lemoine (de Lille) déclare en avoir observé des cas très nombreux pendant toutes les épidémies de grippe qui se sont succédées depuis 1889. Une quinzaine sont publiés dans la thèse de Makereel (Lille, 1898). Le professeur Picot (de Bordeaux) en relate une dizaine dans le Bulletin Médical de 1902. Enfin le docteur Gallois dans la même feuille (janvier 1904) déclare que la splénopneumonie, dont il a une vingtaine d'observations personnelles, est une affection pulmonaire plus commune que la pneumonie franche ou la pleurésie séreuse.
Une particularité bien curieuse au point de vue de la fréquence suivant le sexe, c'est la prédominance indiseucutable de cette affection chez l'homme. Grancher et Bourdel n’en signalent ateun cas chez la femme, et la statistique de Queyrat portant sur 27 observations donne la proportion de 23 chez l'homme contre 4 seulement chez la femme. Il semble de même, mais dans ‘de moindres proportions, que Lle’poumon gauche soit plus souvent atteint que le droit; le cas que nous publions infirme d'ailleurs eette conclusion, puisque c'est le côté droit exclusivement qui, chez notre malade, a présenté les signes de la spléno-pneumonie.
pue:
Mais une discussion de beaucoup plus intéressante se pose au sujet de Féliologie de la spléno-pneumonie. Frappe-t-elle le poumon d'emblée, sans que le malade ait présenté aucun autre signé morbide, ou bien évoluet-elle sur un terrain déjà miné par une affection aiguë ou chronique; vient-elle se greffer sur une maladie déjà existante? En un mot est-elle primitive où secondaire?
Dans l'esprit du publie médical, la maladie de Gran-
cher éveille généralement l'idée de tuberculose. Cet état d'esprit surabite résulter de lPopinion émise à ce sujet par M. Grancher lui-même, considérant «que cette inflammation épithéliale et subaiguë du poumon peut, dans plusieurs cas, être la première manifestation d'une tuberculose jusque-là demeurée latente.» Il semble bien que pour Jui Ja tuberculose occupe la première place dans létiologie de la spléno-pneumonie, puisqu'il consacre un chapitre spécial dans son Traité des maladies de lappareil respiratoire à une forme particulière de spléno-pneumonie, la spléno-pneumonie tuberculeuse. «Les tubercules peuvent naître et se développer, dit-il, en compagnie d’une inflammation aiguë du poumon, avec fièvre violente, simulant une pneumonie lobaire, une congestion avec où sans hémorragies.
» Leur présence suffit alors pour masquer le fond même de IÀ maladie, tandis que la symptomatologie, la forme clinique semble dépendre beaucoup plus d’un processus suraJouté.
» Ilexiste un état pathologique connu sous le nom de splénisation, qui accompagne léclosion et le développement des tubercules pulmonaires et qui constitue une forme clinique spéciale, sorte d'inflammation subaiguë et diffuse qui donne au poumon une certaine analogie avec le tissu de la rate. »
0 cer
Et le professeur Grancher cite quelques autopsies indiquant que la spléno-pneumonie s’est déclarée chez des sujets en proie à une tuberculose pulmonaire.-L'un est un phtisique avancé chez leqüelle lobe supérieur du poumon gauche est creusé d’une exeavation entourée de selérose et dont la partie moyenne est en état de spléno-pneumonie. Une seconde autopsie démontre également que des tubercules évoluent au milieu d'alvéoles remplis de cellules desquamées el proliférées, tandis qu'autour du lobule le tissu péri-lobulaire était très épaissi et les lymphatiques remplis d'exsudats fibrineux. Les coupes de ce poumon montraient à merveille que les tubercules étaient nés au milieu d'une spléno-pneumonie mixte et subaiguë.
Il'est de toute évidence que dans ces deux observations les lésions de la tuberculose et de la spléno-pneumonie évoluaient de pair, Pautopsie étant le plus parfait critérium de cette affirmation. Mais il existe à côté de ces cas s1 nets des observations rapportées par Grancher, où la tuberculose ne semble s'être déclarée que bien longtemps après la spléno-pneumonie ; il en est ainsi par exemple pour cel journalier, sans antécédents personnels ni héréditaires, qui reste en traitement environ un mois et demi à l'hôpital Necker pour spléno-pneumonie droite et qui revient deux ou trois mois après avec des signes manifestes de tuberculose pulmonaire. Est-ce à dire qu'iei la spléno-pnéumonie serait la manifestation première d'une tuberculose latente? Et ne vaudrait-il pas mieux supposer qu'elle aurait déterminé du côté du poumon un locus minoris resistentiæ favorisant ainsi l'invasion ultérieure du bacille de Koch ?
D'autre part, dans ces cas où les lésions tuberculeuses n'ont été constatées qu'à une longue échéance, l'examen bactériologique n'a jamais été pratiqué pendant la phase
Se QUES
aiguë de la spléno-pneumonie. Comment affirmer en ce cas l’étiologie tuberculeuse de cette affection ?
Il semblerait done que M. le professeur Grancher ait tré de plusieurs observations qu'il publie des déductions de cause à effet qui devraient être renversées, la splénopneumonie paraissant simplement avoir favorisé la tuberculisation, au lieu d’être la manifestation première d'une tuberculose latente.
Les mêmes réflexions pourraient être appliquées à certaines observations citées dans la thèse de Bourdel. Au reste, sur les douze qu'il publie, une seule à trait à un tubereuleux avéré, décédé à la suite d'une spléno-pneumonie dans le service de M. Moutard-Martin. Dans l'observalion 4, où l'examen des crachats ne fut pas pratiqué, le malade devint tubereuleux par la suite. Enfin, dans les observations 5 et 9, où l’état du malade faisait redouter une tuberculose probable, l'examen des crachats répété plusieurs fois ne révéla jamais l'existence de bacilles de Koch. Dans tous les autres cas, l'examen fut toujours négatif ou ne fut pas pratiqué.
Quevrat, dans la même statistique citée plus haut et portant sur 27 cas, signale la spléno-pneumonie chez quatre tuberculeux avérés et quatre tubereuleux probables : Conclusion que nous acceptons en faisant certaines réserves sur ces derniers, Queyrat ayant dû comprendre dans sa statistique les malades de MM. Grancher et Bourdel. |
M. le professeur Picot, de Bordeaux (1) signale la tuberculose dans deux cas sur douze qu'il a observés. Enfin, plus récemment (1904), le D" Gallois (2), sur une
(1) Bullelin Médical, 1902.
(2) Bullelin Médical, 1904.
Ne vingtaine de cas, n'a relevé qu'une seule fois la tuberculose, chez un homme qui présentait au sommet gauche une caverne tuberculeuse, et qui fit à droite une splénopneumonie. «À part ce cas, ditl, où la tuberculose préexistait à la spléno-pneumonie, je n'ai pas vu survenir la tuberculose chez les malades que J'ai pu suivre après la guérison d'une maladie de Grancher. »
Ainsi donc, la spléno-pneumonie tuberculeuse, si elle n'est pas exceptionnelle, est tout au moins assez rare; el si nous ajoutons à la statistique de Queyrat celles de Picot et de Gallois, nous voyons quetsur 59 cassde spléno-pneumonie nous ne trouvons que 7 fois une tuberculose avérée et 4 fois une tuberculose probable.
Néanmoins, par ses lésions qui rétrocèdent lentement, par sa D parfois extrêmement longue, cette affection peut laisser une susceplibihté spéciale du côté malade, se traduisant par une dyspnée facile, des points de côté fréquents, des accès de fièvre avec frissonnements el expectoration muqueuse, et pouvant constituer par la suite une prédisposition constante à la bacillose pulmonaire.
D'ailleurs , l'examen bactériologique des crachats, l’inoscopie et le séro d'Arloing sont beaucoup plus probants que le diagnostic ue aussi ne saurail-on (rôp conseiller de les pratiquer soigneusement el à plusieurs reprises: c'est ainsi que dans le cas spécial qui nous occupe, et bien que M. le professeur Carrieu soupçonnat une éliologie toute différente, ce triple contrôle fut répété plusieurs fois, mais donna toujours des résultats négatifs.
Si la tuberculose ne se retrouve pas fréquemment dans
RO l'étiologie de la spléno-pneumonie, quelles seront les autres affections chroniques susceptibles de favoriser son éclosion ?On constate qu'elles sont encore beaucoup plus rares. Nous trouvons dans la thèse de Bourdel une observation d'un diabétique atteint de spléno-pneumonie qui se termina par une gangrène pulmonaire foudroyante.
. Nous voyons également dans le même travail un homme de 41 ans, albuminurique depuis un an avec ascite et anasarque, et chez lequel la paracentèse avait été faite à plusieurs reprises et dont la spléno-pneumonie évolua vers la guérison. Queyrat de son côté incrimine l’albuminurie dans trois cas et le paludisme dans un autre.
Waitz, enfin {thèse précitée), publie une observation du D' Merklen où la spléno-pneumonie s’est déclarée chez un enfant de 8 ans issu d’un père arthritique et présentant lui-même de l’erythème noueux fébrile associé à de l’'urticaire et accompagné de douleurs rhumatoïdes généralisées.
Enfin :l existe certaines affections aiguës qui ont une tendance marquée à retenir sur l’appareil respiratoire et qui peuvent provoquer la congestion et la splénisation du parenchyme pulmonaire. Nous voulons parler de la fièvre
tvphoïde et surtout de la grippe.
1° Fièvre typhoide. — Vers la fin du siècle dernier, Stoll constata un des premiers les complications pulmonaires de la fièvre typhoïde; mais ce fut Louis, dans ses recherches sur la même maladie, qui précisa le mieux les lésions constatées ; 1l nous dit en effet avoir rencontré 19 fois la splénisation, 17 fois l’inflammation au f* et au 2° degré, rarement l’hépatisation.
Pour Bazin (Thèse de Paris, 1831), les lésions pulmonaires de la dothiénentérie sont des lésions hyperémiques
qui peuvent affecter trois degrés différents : congestion simple, splénisalion, enfin apoplexie pulmonaire, et Bouillaud (Cliniques de la Charité, 1837) nous dit que ‘la lésion pulmonaire tvphoïdique la plus fréquente est la splénisalion, qui se trouve surtout à la base et en arrière des poumons. Il est done de toute certitude qu'avant la descripion de Grancher, nombre de fièvres typhoïdes avaient déterminé du côté du poumon des lésions se traduisant par une symptomatologie analogue à celle de la splénopneumonie, On pourrait en retrouver beaucoup d'exemples dans les auteurs que nous avons cités plus haut; mais, d’après la description qu'ils en font en une terminologie d’une autre époque, nous ne pouvons affirmer qu'il s'agissait d’une congestion du tvpe Grancher. :
Nous ne pouvons donc rechercher les cas de‘splénopaeumonie typhiques que depuis 1886 seulement. La littérature médicale en enregistre au moins trois absolument probants. Le premier a été relaté par Bouici dans les Annales de médecine romane, 1896. Il s’agit d’un typhique chez lequel la spléno-pneumonie se déclara le onzième Jour et qui succomba trois jours après l'apparition de la complication pulmonaire.
L'autopsie put être faite et confirma tout d'abord le diagnostic de fièvre typhoïde ; on ne constata pas trace de liquide dans la plèvre ; le poumon gauche dans toute son étendue, mais surtout à la base, était transformé en un bloc solidifié d’une coloration rouge foncé, sans élasticité et sans crépilation.
À la coupe, l’altération est lobaire comme dans la pneumonie franche. Tous les lobules sont atteints, mais un peu plus haut la lésion cesse d’être confluente ; à peine voit-on, dans la partie postérieure du lobe supérieur, des foyers discrets d’induration pulmonaire.
Put)
L'aspect macroscopique était dû à une congestion pulmonaire intense, une vérilable inondation de sang, autant dans les capillaires que dans les alvéoles, accusée par la présence d'un stroma fibrineux et d'un grand nombre de globules rouges entre lesquels se trouvaient des globules blancs, mais en moindre quantité.
Il résulte donc de cette autopsie qu'au point de vue
-macroscopique et histologique, les signes cliniques de l’épanchement pleural étaient dus uniquement à un état pulmonaire analogue ou voisin de la congestion avec splénisalion du parenchyme pulmonaire.
Nous n'avons pu retrouver les deux autres observations despléno-pneumoniecompliquantla dothiénentérie. L'une, de MM. Auché et Carrière, est relatée dans les archives cliniques de Bordeaux en 1897. La seconde est rapportée par M. Méry dans le Traité de thérapeutique de MM. Brouardel et Gilbert. Dans ces deux derniers cas, la spléno-pneumonie s’est déclarée à la période terminale de la fièvre typhoïde, notamment dans celui de MM. Auché et Carrière où la complication pulmonaire fut constatée au déclin de la période pyrétique. H semblerait donc, d'après ces trois cas, que la maladie de Grancher est une complication de la période ultime de la fièvre typhoïde, rarement de la période d'état (cas de Bouicli), ne se produisant jamais dans le premier septénaire.
2% Grippe. — Il semble nettement établi que la splénopneumonie est surtout consécutive à la grippe. La fréquence de cette affection coïncidant avec la recrudescence des épidémies grippales depuis 1889 en est certainement une des meilleures preuves, et on peut se demander si l’influenza, de par l’action de son bacille, le diplocoque de Pfeifer, n'imprime point un cachet nouveau aux affections
ML: DE pulmonaires. En effet, avant l'apparition de la grippe, les types cliniques, tels que la pneumonie, la broncho-pneumonie ou la pleurésie, avaient un caractère propre qui ne permettait pas une hésitation dans l'esprit du elinicien : mais aujourd'hui, bien peu nombreuses sont les pneumonies franches, assez rares de même les pleurésies à SYMptomatologie classique. La grippe est venue bouleverser le tableau elinique de ces affections. De sorte que la pneumonie ou la pleurésie franches diffèrent parfois profondément de la pneumonie ou de la pleurésie grippales.
Il en est de même pour cette rareté pathologique que semblait être la spléno-pneumonie. C’est surtout à M. le professeur Lemoine {de Lille) que nous devons une étude approfondie de la spléno-pneumonie grippale, et son élève M. Makereel en a fait le sujet de sa thèse inaugurale (Lille, 1898).
Dès 1850, il semble cependant que l'École de Montpellier Pait entrevue ; et Fuster, dans son traité intitulé : Monographie de l'affection catarrhale, donne une descripüon détaillée d'une détermination pulmonaire spéciale consécutive à l’influenza. «
€ La pneumonie catarrhale, dits ne va pas le plus souvent sans la pleurésie congénère. Elle réunit aussi les signes complexes des deux lésions. On ne peut que soupçonner chez beaucoup de: malades la coexistence de la pleurésie, plusieurs de ses signes étant masqués Jusqu'à la mort par ceux de la pneumonie. Ces pleuro-pneumonies calarrhales ont la plupart des Symptômes pleurétiques. Douleurs de la cage thoracique exagérées par la pression et le mouvement. La toux vive, quinteuse, continuelle et fatigante, arrache des flots d'un liquide limpide aqueux, plus où moins teinté ou mêlé de sang. Les mucosités de de lexpectoration envisquent le sérum sanguinolent et
Se en l'empêchent de couler, ce qui donne aux crachats une apparence de viscosité. »
Cette description semblerait plutôt en faveur de la congestion pleuro-pulmonaire de Potain; les caractères seuls de l'expectoration semblent plutôt se rapprocher de l’expectoration gommeuse de la maladie de Grancher.
Puis Fuster analyse les signes physiques :
«La percussion, dit-il, donne un son mat en divers endroits et à divers degrés: l'auscultation révèle sur quelques points des ràles crépitants, du souffle bronchique et de la bronchophonie, preuve que ces maladies envahissent d'emblée la totalité de l'appareil respiratoire, et sont à la fois, dès le début, bronchite, pneumonie naissante, pleurésie et pleurodynie. »
Et le professeur de Montpellier cite l'observation suivante :
Un soldat jeune et de robuste constitulion fut atteint d'une pleurésie très lancinante précédée d'une douleur de tête aiguë, d’une pesanteur dans les bras et d’une vive douleur au cou. Il eut des crachats rares el sanguinolents, une loux sèche el fréquente, la respiralion courte el difficile; la douleur s'obseureit le sixième jour, le pouls fut mou et intermittent, la peau froide et humide, il survint de la léthargie et du délire, et la mort survint au commencement du seplième jour.
‘ Le cadavre fut disséqué attentivement. Rien dans la cavité abdominale. À la poitrine, la plèvre était recouverte d'un, gluten luisant, jaunâtre, et semblait collée, sans y adhérer, à plusieurs points de la région dorsale du poumon.
La face externe du poumon gauche paraissait presque entrièrement vernissée par un semblable gluten. Le poumon droit était enflammé, gonflé et sensiblement dur, excepté sur certaines portions noires et livides. Coupé par le scalpel, il avait en général la lexture d’un morceau de rale déchirée, mais plus résistant et plus compact.
N'y a-t-il pas lieu de voir dans cette observation, un cas assez nel de spléno-pneumonie droite, avec partieipation de la plèvre au processus inflammatoire? Ce dernier fait au resté ne serait pas exceptionnel, puisque Bourdel signale déjà que dans quelques cas la splénopneumonie peut s'accompagner, consécutivement à la lésion du poumon, d'une légère transsudation pleurale ; et ce sont ces cas dont le diagnostie clinique serait si délicat à établir d'avec la congestion pleuro-pulmonaire de Potain, cet état pathologique où les deux éléments congestion et pleurésie peuvent s'associer de façon si variable. fre pi
Gi nous faisons donc quelques réserves sur les descriptions et sur l'observation de Fuster, nous devons reconnaître que depuis Grancher tous les auteurs qui ont traité de la spléno-pneumonie, Barth, Queyrat, Faisans, Florand, Picot et Gallois rangent la grippe en première ligne parmi les causes de cette affection. Florand (1) publie deux cas très net de spléno-pneumonie grippale. Barth déclare que de toutes les affections aiguës c’est la grippe qui joue le plus grand rôle dans la maladie de Grancher: Picot et Gallois font des déclarations à peu près identiques ; Lemoine enfin nous dit avoir réuni en quatre ans quinze cas de spléno-pneumonie grippale et Makereel en rapporte sept dans sa thèse.
La grippe, comme on le sait, présente un polymorphisme spécial à déterminations le plus souvent pulmonaires. La toxine du bacille de Pfeifer semble exercer une action congestive élective sur les divers territoires vasculaires de l'organisme, d'où une vaso-dilatalion active
(1) Florand. — Médecine moderne, 1892.