‹ Contribution à l'étude de la Spondylite TyphiqueChapitre 5 sur 32 · DÉFINITION · texte numérisé non relu

DÉFINITION

Qu'est-ce que la spondylite typhique ?

C’est, répondent MM. Ardin-Delteil, Raynaud et Coudray, en une définition presque devenue clas-

sique, « un syndrome anatomo-clinique résultant

de la localisation du bacille d’Eberth au niveau du rachis, et caractérisé: {

Anatomiquement par un ensemble de 0e In-

flammatoires, pas ou peu suppuratives, portant

sur la vertèbre (ostéite, périostite) et les tissus pé-

rivertébraux (trousseaux fibreux, Hénin dis-

ques cartilagineux);

Cliniquement, par un syndrome douloureux dû à l'irritation des paires rachidiennes au niveau des vertèbres lésées. »

Nous n’ajouterons rien à cette définition. Elle est complète et suffisamment éclectique dans sa deuxième partie pour ne rien préjuger de la cause anatomique des douleurs. S'agit-il de radiculite, de méningo-radiculite, de funiculite? On a beaucoup discuté de ce point; mais il n ’a pas à entrer dans notre définition.

se”

ÉETIOLOGIE

Comment les vertèbres peuvent-elles être le siège d’une inflammation éberthienne ? Comment une maladie intestinale peut-elle retentir sur le rachis? Ce fait eût pu étonner les premiers observateurs, mais il ne présente rien d’anormal si nous Cconsidérons que les vertèbres sont des os à moelle très active et par conséquent sensibles à toutes les septicémies, notamment l’éberthémie. De fait, Quincke en 1899, reprenant les travaux de Fraenkel, a retrouvé le bacille d’Eberth dans la moelle osseuse lombaire de presque tous les cadavres de dothiénentériques qu’il examina. Le bacille d’Eberth peut d’ailleurs persister dans la moelle longtemps après la guérison de la dothiénentérie. :

Maintenant, sous quelle influence ce bacille bien toléré, contrebattu, devenu presque saprophyte, se met-il à produire de l’inflammation? On ne pourrait apporter à cette question que des réponses trop peu matérialistes.

Quel est le microbe en cause ? La plupart du temps, c'est le bacille d’'Eberth; le para B bien plus : rarement, le para A a été signalé deux fois.

La spondylite typhique est une complication rare de la fièvre typhoïde. Nous ne donnerons pas de pourcentage précis, nous ferons seulement remarquer qu'entre 1911 et 1914, époque où l’attention des cliniciens français était très attirée sur la question et où tous les cas étaient publiés comme des curiosités, il n’y en eut que 12 pour la France et les Colonies, nombre qui est évidemment faible comparé à celui des typhoïdes et paratyphoïdes.

Les typhoïdes suivies de spondylite sont généralement graves; celle qui a précédé notre observafon 20 fut assez bénigne, mais compliquée de cholécystite et de mammite. Les formes légères et

courtes semblent mettre à l’abri de la complication. (

En général, la complication survient dans la con-

valescence. On l’a vue survenir un an après la gué-

rison, une autre fois elle a précédé la dothiénentérie. Elle apparaît souvent sans cause occasionnelle, mais il semble bien que, dans la plupart des cas, il faut un effort ou un travail violent pour qu’elle devienne tout à fait manifeste (Notre Observation 19 en est un bon exemple). D’où peut-être sa fréquence plus grande chez les hommes et particulièrement les soldats.

Les lésions ou altérations antérieures de la colonne peuvent aussi contribuer à la provoquer. Turner l’a vu apparaître au niveau d’une vertèbre

dorsale blessée par coup de couteau; la scoliose

est souvent signalée dans les observations; nous

l'avons nous-même observée une fois (Obs. 20). Dans 80 % des cas, la lésion siège à la région

lombaire. Les localisations dorso-lombaires, lom-

bo-sacrée, dorsale et même cervicale, viennent en-

suite par ordre de fréquence décroissante.

SYZMPTOMES

Un symptôme domine le tableau chnique de la spondylite: la douleur.

C’est elle l’élément princeps, elle qui un la contracture musculaire, la rigidité vertébrale, les déviations de la colonne, tous symptômes qui ne sont en somme que la traduction objective du premier.

Deux éléments constituent la douleur du spondy-

litique: des douleurs ostéopathiques, qui traduisent la souffrance du segment de rachis enflammé,; des. douleurs irradiées dûes à l’irritation et à l’inflam-

mation des paires rachidiennes.

Ces douleurs irradiées sont les plus importantes. Ce sont souvent elles qui apparaissent les premieres. Le jeune militaire qui fait l’objet de notre observation 19 a commencé à se plaindre de « points de côté ». D’autres’ signalent des douleurs en ceinture. Le début de ces douleurs est généralement progressif ; cependant, à loccasion d’un effort, d’un traumatisme ou même sans cause

apparente, on les a vu acquérir d'emblée leur maximum d’acuité.

Elles sont extrêmement intenses, Ir les auteurs.

ont été frappés de leur violence. Elles sont à point de départ lombaire et s’irradient, soit transversalement, soit vers les aînes, les testicules, les hanches, les cuisses, le territoire du sciatique. Fait important: la pression sur le trajet des nerfs n’est pas douloureuse. De même le signe de Lasègue est négatif quand il s’agit de douleurs sciatiques.

Ces douleurs existent spontanément, surtout au

début; elles sont aussi provoquées par les mouve-

ments, particulièrement les mouvements de torsion de la colonne; elles obligent les malades à s’immobiliser dans des atttitudes antalgiques; la toux et léternuement sont constamment douloureux.

Les douleurs ostéopathiques sont constantes mais en général beaucoup moins intenses. Aù ni-

veau de la lésion, on trouvera une, deux ou trois. vertèbres dont la palpation des apophyses épineuses est douloureuse. De même, on réveillera une douleur au niveau des vertèbre smalades en exer-

Çant une pression brusque sur les épaules du sujet

assis. Enfin, on découvrira généralement des points de sensibilité exquise à un ou deux centimètres en dehors de la ligne médiane. Ce sont des points dou-

loureux d'origine articulaire. Ce sont les « points

douloureux apophysaires » de Forestier qui les considère comme un élément important de son syndrôme funiculaire.

Les autres symptômes du funiculite sont au com-

plet: la contracture musculaire est constante: elle.

porte surtout sur les muscles des gouttières vertébrales qui sont d’une dureté ligneuse; elle s’exagère

et arrête le mouvement si le malade essaie de flé-

chir le rachis. Ce sont cès contractures qui conditionnent l'attitude du malade, attitude antalgique, suivant l'expression de M. Sicard. En cas d’atteinte bilatérale, on a une immobilisation en demi-flexion

ou tout au moins un effacement de l’ensellure lom-

. } Ce:

baire normale. Lorsque la contracture comme linflammation prédomine d’un côté, il y a inflexion

vertébrale latérale qui a été désignée sous le nom

de scoliose homologue ou croisée. Ces ‘scolioses lombaires sont la plupart du temps compensées par des scolioses dorsales inverses. De toutes façons, le malade paraît soudé; il présente de la rigidité de là colone vertébrale, absolument comme un potftique; il se meut tout d’une pièce; pour

se tourner, pour s’asseoir, pour ramasser un objet

à terre, il est obligé de procéder avec des précautions ingénieuses, d'employer des mouvements compliqués qui lui permettent de déplacer sa colonne en masse comme une tige rigide.

Notons que les contractures peuvent aussi porter sur d’autres muscles que ceux des gouttières, les muscles de la paroi abdominale notamment. La sangle abdominale est signalée dans plusieurs observations comme si tendue qu'elle empêche la palpation des faces antérieures des corps vertébraux. |

Quel est l’état de la sensibilité objective? Généralement, ainsi qu’il est logique de le prévoir, elle

est altérée. Il existe des hyper ou hypo-esthésies

localisées et distribuées suivant un trajet radicu-

laire.

Quant aux réflexes, ils sont peu ou pas modifiés. Les réflexes rotulien et achilléen sont parfois un peu exagérés; on n’a noté que deux fois (Sabrazès, Lance et Jaubert) le signe de Babinski; jamais de

troubles sphinctériens vrais.

Des troubles moteurs n’ont été signalés qu'excep-

tionnellement: ils consistaient en parésies tempo-

raires d’une ou de deux jambes, en phénomènes spasmodiques comme des crises de rétraction du testicule (Wirth}, des mouvements dans les jambes :

allant jusqu’aux orteils chez un malade de Klein, des crampes dans les membres supérieurs (Sabrazès). Au point de vue général, on observe de la fièvre, rarement intense: 38°, 38°5; cependant elle présente des paroxysmes à 40° et plus. A noter qu’il semble exister un parallélisme net entre l’intensité de la fièvre et l’importance des douleurs.

N * es

A Re

Page 1