I. — Raréfaction osseuse
D'une façon générale on sait que les deux modes de réaction du tissu osseux peuvent être selon les cas : la condensation ou, au contraire, la raréfaction.
I] nous sera inutile d’insister sur ce fait, que l’on retrouve soit au cours d’une infection (blennorragie, tuberculose, syphilis, etc.), soit à la suite d’un traumatisme. Il s’agit, là, d’une lésion purement locale où le facteur, infectieux ou traumatique, est déterminant.
Tout autre est le cas de la spondylose rhizomélique :
en effet, le trouble trophique s'étend à la presque totalité
du squelette ; si le rachis et les articulations des ceintures sont touchés avec prédilection, il n’est pas un os au niveau duquel on ne puisse constater des modifications structurales.
Donc, il s’agit d’un processus général de destruction. Ce processus a été rattaché selon les auteurs aux facteurs les plus divers.
Nous étudierons successivement le rôle de l’infection,. le rôle du traumatisme, le rôle du système nerveux, le rôle des glandes endocrines.
1° Rôle de l'infection.
Très secondaire à notre avis. Dans de nombreux cas, la spondylose s’est développée sans que les antécédents du malade permettent de retrouver la notion d’une maladie antérieure. Léri, lui-même, ne peut considérer comme sûrement infectieuses les spondyloses survenues longtemps après une maladie infectieuse queiconque.
Rôle occasionnel tout au plus, nous semble-t-il, mais jamais rôle déterminant.
2° Rôle du traumatisme.
Rien n’autorise à lui attribuer plus de valeur qu’à l'infection et nous pourrions énoncer à son sujet des idées analogues.
3° Influence du système nerveux.
Certains auteurs ont voulu prétendre que le système nerveux jouait un rôle important dans la production et même dans la répartition du processus ankylosant.
Si ce rôle a été mis en lumière pour l’arthrite déformante et pour le rhumatisme déformant (Weir-Mitchell, Teissier, Touche, Léri), il n’en est pas de même pour la spondylose rhizomélique. Nous avons déjà dit qu’il n’existait pas de troubles nerveux bien caractérisés au cours de l’évolution de la maladie ; de plus, les autopsies n’ont jamais permis de retrouver de lésions anatomiques de la moëlle et de ses enveloppes.
4° Rôle des glandes endocrines. — Arguments plaidant pour le facteur endocrinien.
a) Les troubles endocriniens sont manifestes dans un certain nombre d’observations : Bittencourt signale chez son malade, tout un complexus symptômatique qui permet d’affirmer leur existence : anaphrodisie, dystrophie osseuse, disproportion des membres, développement peu marqué des caractères sexuels secondaires, retard de développement mental, en somme un type de dissociation fonctionnelle sans aplasie manifeste.
Tyczka et Sznajderman ont er un cas de spondylose rhizomélique dans une famille atteinte d’ostéo-psatyrose infantile. Ils supposent que celle-ci est une affection constitutionnelle pluriglandulaire, allant de pair avec une mésenchymatose également constitutionnelle. La spondylose observée résulterait pour eux d’un manque de résistance constitutionnelle du tissu osseux.
Ascoli a vu se développer une spondylose typique après une première période d’ostéomalacie.
b) On sait l'influence des troubles endocriniens sur le
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squelette ; en particulier, celui-ci est touché surtout lorsqu’existent des troubles hypophysaires, thyro et para- -thyroïdiéns, mais aussi dans bon nombre de syndromes pluri-glandulaires.
Les auteurs italiens signalent une cyphose cervicodorsale parmi les altérations morphologiques constatées dans trois syndromes étroitement apparentés : l’infantilisme tardif, le sénilisme et l’eunuchisme.
Pende, dans son tableau de la gérodermie, la signale à côté des altérations génitales et des déformations de la selle turcique.
A quelle variété d'insuffisance glandulaire pourrait se rattacher la spondylose ?
Appel, se basant sur : l’augmentation du calcium dans le sang, la diminution de l’excitabilité électrique des musclés, et sur des résultats thérapeutiques encourageants, soulève l’hypothèse d’un hyperparathyroïdisme.
Rappelons que les éléments de ce syndrôme sont :
l’exagération de la concentration du calcium dans le ‘sang,
la diminution de la concentration du phosphore,
l'exagération de l’excrétion du calcium dans les urines,
la raréfaction osseuse, avec production de kystes osseux,
enfin, l’hypotonie musculaire.
Les bons résultats obtenus par l’association thérapeutique de phosphore et de calcium, les essais encourageants de parathyroïdectomie semblent plaider en faveur de cette
origine.
En réalité la question est beaucoup plus complexe. Nous nous bornerons à retenir, sans rien affirmer, que le facteur déterminant de la raréfaction osseuse constatée peut être un trouble endocrinien.
II, — Ossification des ligaments.
Celle-ci peut reconnaître plusieurs mécanismes. On sait, en effet, qu’une ankylose osseuse peut être secondaire à :
une arthrite aiguë ou, surtout, chronique,
une ostéite spécifique, qui, par irritation de voisinage, peut entraîner une ossification des tissus péri-articulaires sans que l'articulation elle-même ait été touchée,
un traumatisme.
Enfin, Léri attire l’attention sur un processus spécial d’ossification par adaptation fonctionnelle.
Nous nous attacherons à l’étude des deux derniers processus.
1° Rôle du traumatisme.
Léri écrit : (A la suite d’un traumatisme les ligaments peuvent être déchirés, désinsérés, arrachés, déterminant des épanchements séreux et sanguins intra ou péri-articulaires ; ces lésions se réparent souvent par des épaississements périostiques et des néoformations osseuses. Ces faits ne sont peut-être pas sans importance dans la formation des ankyloses si particulièrement fréquentes à la suite des arthrites traumatiques. Au niveau de la colonne vertébrale, les articulations ont un développement très minime comparé à celui de quelques grands ligaments ;
aussi le rôle des altérations et des réparations ligamertaires nous a paru de première importance pour la détermination de certaines ankyloses post-traumatiques du rachis ».
Ces constatations ne sont pas applicables seulement aux traumatismes portant sur un point du rachis. Dans ces cas, d’ailleurs, on peut remarquer que l’ossification ligamentaire s'étend au-dessus et au-dessous de la lésion, constituant une véritable adaptation fonctionnelle.
Frâenkel, rapportant deux cas d’ankylose chronique de la colonne vertébrale, admet l’origine traumatique ; selon lui, non seulement le traumatisme direct, mais la simple commotion peut endommager les articulations vertébrales : le processus ankylosant ne se montre parfois qu'après un temps plus ou moins long. |
Rossi, étudiant les spondyloses traumatiques, a trouvé dans un cas des lésions d’ossification à distance du siège initial de la contusion vertébrale. Selon lui, il faut admettre alors l’ossification des ligaments arrachés par le traumatisme.
Sicard a suivi, pendant la guerre, des blessés projetés par le déplacement d’air dû à l’éclatement d’obus à courte distance et d’autres qui, renversés, avaient été pris sous un éboulis. I1 a noté que, si certains se relevaient pliés en deux, la plupart n’avaient vu leur plicature vertébrale apparaître que quelques semaines plus tard ; tous avaient éprouvé de vives douleurs dorso-lombaires. Dans le cadre de ces « spondylites par obusite » rentrent les cas de camptocormie (Souques) que l’on a attribués au pithiatisme et dont beaucoup ont pu être guéris par la psycho-
thérapie. Il ne faut pas rejeter de parti pris l’origine organique de ces plicatures du tronc et nous adoptons à ce point de vue l'opinion émise par Sicard : la distension articulaire vertébrale, associée d’une part au diastasis ligamenteux avec réaction des synoviales des apophyses articulaires, d’autre part à la distension du ligament vertébral commun antérieur, tiraille les arcades du psoas et provoque une lésion irritative des filets nerveux de ce muscle. Le résultat en est une attitude antalgique pour favoriser le relâchement du ligament antérieur, l’écartement des apophyses articulaires, la détente du psoas. Mouchet pense, lui aussi, que l’entorse vertébrale peut être, dans certains cas, à l’origine de la camptocormie. Le malade de notre première observation est un bel exemple à l’appui de cette idée : les phénomènes qu’il a présentés immédiatement après son traumatisme devaient le faire prendre pour un camptocormique ; or, l’évolution ultérieure fut celle d’une spondylose rhizomélique typique.
2° Ossification par adaptation fonctionnelle.
Holzknecht écrivait en 1902 « qu’il existe, dans des conditions de charges devenues anormales, des néoforma-
tions de substances osseuses dans les parties molles ; ces néoformations compensent d’une manière grossière la statique troublée de los. Elles surviennent alors que le squelette ne peut pas réparer le trouble par une transfor-
mation de sa propre substance interne. Leur apparition ne se fait pas au hasard ; elle paraît toujours secondaire à des troubles de la stabilité, des luxations et des sub-luxations non réduites, des fractures non coaptées, des fléchissements d’os atrophiés ».
Léri voit dans cette théorie l’explication du processus compensateur et curateur d’ossification de la spondylose rhizomélique.
Nous croyons pour notre part que cette adaptation fonctionnelle est capitale, mais qu’elle ne peut agir seule que si la spondylose rhizomélique apparaît sans traumatisme initial. Si, au contraire, il existe à la base du syndrôme un traumatisme évident, comme cela s’est produit chez notre malade, nous faisons la plus grande part aux lésions ligamentaires multiples qui peuvent en être la conséquence. ;
En résumé, plusieurs facteurs peuvent intervenir :
1° La maladie peut être occasionnée, soit par une infection (blennorragie, tuberculose, syphilis), soit par un traumatisme. Cela n’est cependant pas indispensable, beaucoup d’observations ne faisant mention ni de l’une ni de
l’autre.
2° Elle ne se développe que s’il existe une prédisposition organique ; celle-ci, que nous rapportons volontiers à des troubles endocriniens, explique l’étendue des lésions et le nombre important d'observations dont l’étiologie reste obscure. En l’absence de tests glandulaires évidents, il nous est difficile de préciser davantage. Peut-être pouvonsnous retenir la notion d’hyper-parathyroïdisme, étant donnés les résultats obtenus par la parathyroïdectomie
(Oppel).