‹ Contribution à l'étude de la stérilisation de la syphilis à la période primaireChapitre 12 sur 36 · D' Carle, Añnales des Maladies vénériennes, 1923, n · texte numérisé non relu

D' Carle, Añnales des Maladies vénériennes, 1923, n

Aussi sera-t-il légitime, en cas de chancre, datant de quelques jours avec infection nerveuse au minimum, de commencer d'emblée aux doses avoisinant la dose normale, nous appuyant sur Ehrlich lui-même qui dit : « Mon opinion formelle est que, dans celte forme, la plus importante de la syphilis : chancre au début, sans Wassermann, sans signes de dissémination étendue de spirochètes, on peut et on doit donner en toute sécurité de fortes doses, car il ne peut exister là aucun danger de méningite. »

Pour plus de prudence, lorsque le chancre date déjà de quelques jours, sachant qu’à ce moment l'organisme est déjà infecté, il vaut mieux abaisser la dose. initiale pour, si l’on ne rencontre aucune opposition, monter rapidement aux doses valentes, et pratiquer alors d'une façon continue dix à douze

injections, et arriver à la dose de 1 gr. 20 par injection.

Un Wassermann sera fait quinze jours après la dernière injection. En cas de positivité, le traitement intensif sera repris ; en cas de négativité, l’on demandera au malade, pour pratiquer une ponction lombaire qui, sielle est positive, indiquera la reprise du traitement,qui, si elle est négative, semblera indiquer la stérilisation. On pourra pratiquer la réactivation lombaire suivant les idées du D: Leredde dont nous parlons plus loin à l’élude des moyens de contrôle.

Mais cette méthode est encore à l’étude et, tant qu’elle n'aura pas été mise entièrement au point,il sera prudent de faire un nouvel examen (Wassermann

— 42 = et liquide céphalo-rachidien) deux mois après avec réactivation.

Devant la persistance de la R. W. négative, on pourra conclure à la stérilisation,

RÉACTION DE WASSERMANN

Nous ne croyons pas pouvoir terminer notre étude sans dire au moins quelques mots de cette réaction si importante dans ses résultats puisque, maniée par des mains habiles, elle peut non seulement donner une mesure qualitative, mais encore quantitative, que, sans elle, le ciinicien marche à l’aveugleite, sans données positives sur l'intensité du mal, sans appréciation scientifique de l'intensité et de l’efficacité du traitement. En un mot, la réaction de Wassermann est un moyen de diagnostic, et un moyen de contrôle.

Comme toutes les recherches biochimiques, elle est d’une sensibilité extrême, et la moindre faute de technique, la moindre erreur en faussent immédiatement les résultats.

Cette méthode a ‘été décrite avec une très grande clarté par M. le D' Leredde dans sa brochure : La Réaction de Wassermann. Sa valeur dans le diagnostic et le traitement de la syphilis ; aussi nous permettra-til d'y faire de larges emprunts, et de

nous faciliter une description très ardue déjà pour un homme possédant la langue française à fond,et, à plus forte raison, pour un étranger.

Certains sérums sanguins ont la propriélé de dissoudre, in vitro, les globules rouges d’un animal appartenant à une aulre espèce.

C’est ainsi que le sérum humain, neuf fois sur dix, peut détruire, ên vilro, une certaine quantité de globules rouges du mouton.

On exprime ce fait en disant que les sérums de certaines espèces contiennent, à l'état naturel, des hémolysines, c’est-à-dire des substances capables de dissoudre les globules rouges d’un animal d'espèce différente.

Cette action hémolytique peut être provoquée expérimentalement, dans les cas où elle n'existe pas à l’état naturel.

Que l’on injecte, sous la peau, dans le péritoine, peu importe, des hématies d’une espèce À à un animal d’une espèce B, dont le sérum est incapable, à l'état normal, de dissoudre les hématies de l’espèce A. Ce sérum, après quelques injections, sera capable de dissoudre, in vitro, les globules rouges de l’espèce A; il est devenu hémolytique ; l'injection d'hématies de l’espèce A a déterminé, dans le sérum d'un animal d'espèce B, la formation d'hémolysines qui n’existaient pas à l’état physiologique.

Si l’on chauffe à 56 degrés un sérum hémolytique — que ses hémolysines soient naturelles ou que leur formation ait été déterminée par le mécanisme que

HS

nous venons d'indiquer — la propriété hémolytique est supprimée. En chauffant, par exemple, à 56 degrés pendant une demi-beure, du sérum de lapin, devenu hémolytique pour les hématies du mouton à la suite d’injections réitérées de celles-ci, on fait disparaitre le pouvoir hémolytique acquis; le sérum du lapin ne dissout plus les globules rouges, qu’il dissolvait avant d’être chauffé.

Mais les propriétés hémolytiques n’ont pas disparu d’une manière définitive. Elles peuvent être reslituées au sérum devenu non hémolytique en ajoutant une certaine quautité d’un sérum non hémolytique appartenant à la même espèce, ou à une espèce différente, pourvu qu’il n’ait pas été chauffé à 56 degrés.

On exprime ce fait en disant que le sérum hémolytique a été inactivé par le chauffage à 56 degrés, et réactivé par l'addition d’un sérum sanguin non chauffé.

Et l’on conclut que, dans ces réactions, deux substances interviennent, l’une non spécifique et présente normalement dans le sérum des mammifères, substance qui est détruite par le chauffage à 56 degrés, l’autre spécifique, et résistant à cette température. L'action hémolytique exige que ces deux substances soient présentes.

Que l’on chauffe à 56 degrés le sérum humain, naturellement hémolytique pour les hématies du mouton, la propriété hémolytique disparaitra ; elle

US pourra être rétablie par l’addition d’un sérum frais tel que celui du cobaye,

Les globules rouges, dont l'injection provoque la formation d’hémolysines, font partie d’un groupe très étendu de substances, figurées ou non figurées, bactéries, toxines, albumines, dont l'introduction dans un organisme vivant détermine la formation de substances qui portent le nom générique d’anticorps. Les substances qui déterminent la formation d’anticorps sont des antigènes.

Quand les anticorps et leurs antigènes sont en présence, ils se fixent les uns sur les autres ; dans un grand nombre de cas, la fixation exige l'intervention du complément; elle ne se produira pas, én vitro, lorsque le sérum a été chauffé à 56 degrés; elle se produira, si l’on ajoute à ce sérum chauffé du sérum frais, non chauffé, c’est-à-dire contenant une certaine quantité de complément.

Le sérum d’un malade contient-il des anticorps syphilitiques ? Ces anticorps se fixeront sur un antigène, tel que celui fourni par l'extrait du foie hérédosyphilitique du nouveau-né, quand on mettra en présence le sérum et cet extrait. S'il existe des anticorps Sÿyphilitiques, il y aura fixation du complément ; si le sérum ne contient pas d'anticorps de cette nature, le complément ne sera pas fixé,

La première substance, celle qui est détruite par le chauffage à 56 degrés, porte le nom de Complément (ou Alexine). La seconde, qui est spécifique, porte le nom d’Ambocepteur (Ehrlich) ou Sensibilisatrice (Bordet). Ces faits, mis en évidence par les recherches mémorables de Bordet et Gengou, d’Ehrlich, et dont la notion domine les théories modernes de l’immunité, ont été le point de départ de la découverte de Wassermann (en collaboration avec Neisser et Bruck).

Mais comment démontrer qu'il ya ou qu'il n’y a pas fixation ? Dans la méthode de Wassermann, on chauffe le sérum du malade, de manière à détruire le complément humain, puis on ajoute l’antigène et une certaine quantité de sérum de cobaye, sérum quiest, parmi les animaux de laboratoire, celui dont la teneur en complément est de beaucoup la plus régulière et qui ne contient pas en quantité appréciable d’anticorps naturels pouvant intervenir dans la réaction, C'est le premier temps. Au deuxième temps, on ajoute des globules rouges et chauffés au préalable toujours à 56 degrés, c’est-à-dire inactivé.

S'il y a eu fixation du complèment du cobaye, des anticorps et de l’antigène syphilitiques, c’est-à-dire s’il existe des anticorps syphilitiques, c’est-à-dire s’il y a syphilis — l’hémolyse ne se produit pas. S'il n’y a pas fixation du complément en présence de l’antigène — l’hémolyse se produit, suivant la loi de Bordet et de Gengou.

Bien entendu, ces recherches exigent que l’on

“Or. RENE

mette en présence des quantités déterminées d'extrait de foie hérédo-syphilitique (antigène), de sérum humain chauffé, de complément de cobaye, de globules rouges de mouton et de sérum hémolytique de lapin chauffé. Que, par exemple, la quantité de complément de cobaye, ajoutée à l'extrait de foie et au sérum humain soit trop considérable, même s’il y a syphilis, et l'hémolyse des globules rouges de mouton sous l'influence du sérum hémolytique de lapin deviendra possible.

Comme antigène, on emploie un extrait aqueux ou alcoolique de foie hérédo-syphilitique. Cet extrait doit être titré, c'est-à-dire que son activité sera comparée, au contact de sérums syphilitiques et de sérums non syphilitiques à celle d’un antigène dont on s’est servi antérieurement. On vérifiera également si cet antigène n’est pas capable de fixer par lui-mêmelecomplément aux doses où ilsera employé, ce qui arrive quelquefois.

La quantité d’antigène qui suffit à empêcher l’hémolyse de se produire permet de définir l'intensité de la réaction, de l’évaluer d’une manière quantitative.Si, dans un tube, on a mis par exemple o emc. 1 d’antigène, o cmc. 3 de sérum humain chautfé, o eme. 1 de sérum de cobaye, 1 centimètre cube de globules rouges de mouton (5 0/0.) et o eme. 1 de sérum hémolytique de lapin inactivé, l’Aémolyse n'apparaît pas, alors qué, dans d’autres cas, il faut, dans les mêmes conditions, o cmc. 3 d'’antigène, elle sera faible. Il est utile d’étudier la valeur quantitative de la

réaction chez les malades traités, car on peut se rendre compte, dans une certaine mesure, de l’action du traitement de l’infection syphilitique.

Le sérum humain est recueilli en laissant coaguler, dans un tube à essai stérilisé, 10 centimètres cubes de sang recueilli, soit par ponction directe dans une veine, au moyen d’une seringue, soil par l'application d’une ventouse scarifite. Chez le nouveau-né, on recueille 3 ou 4 centimètres cubes de sang, au niveau du cordon.

Le sang coagulé est décollé, au bout d’une demi heure à une heure, au moyen du fil de platine sortant de la flamme, puis on place le tube dans la glace jusqu’au moment oùjon prélève le sérum au moyen d’une pipette.

Le sérum peut être recueilli avant ou après les repas indifféremment.

Le sérum est chauffé à 56 degrés pendant une demi-heure avant de servir.

Nous avons dit qu’on employait habituellement le sérum de cobaye. Le sang est recueilli par ouverture de la carotide, ou par ponction directe du cœur, et défibriné immédiatement par agitation dans un vase (stérilisé), avec une baguette ou avec des perles de verre, puis on centrifuge. La quantité de complément contenue dans le sérum du cobaye varie suivant les animaux ; d'autre part, elle décroit rapidement, de sorte que ce sérum ne peut être employé pendant plus de quarante-huit heures au maximum, et doit être titré avant chaque expérience.

Le sang est recueilli par ponction directe dans une veine ; on défibrine et on centrifuge.

Les hématies sont lavées à plusieurs reprises dans du sérum physiologique On se sert, pour l'expérience, d’une émulsion de globules rouges, dans du séram physiologique à 5 0/0. Les clobules rouges sont recueillis le jour où on fait la réaction, ou bien sont conservés pendant deux ou trois jours à la glacière.

Pour donner au sérum du lapin des propriétés hémolytiques, les globules rouges, recueillis suivant la technique qui vient d’être indiquée, sont injectés dans le péritoine du lapin à la dose de 3 à 4 centimètres cubes. Après 3 ou 4 injections faites à 3 ou 4 jours d'intervalle, on saigne le lapin. On recueille le sérum, qui est conservé à la glacière, après avoir élé chauffé à 56 degrés pour détruire le complément. Ce sérum est titré soigneusement, il peut conserver des propriétés hémoliytiques pendant plusieurs mois, mais il doit être titré à nouveau de temps en temps.

Un grand nombre d'autres procédés ont été proposés.

Tous sont d’une manipulation aussi difficile, mais n'ont pas une valeur aussi démontrée que celle du procédé de Wassermann. Tels sont les procédés de Bauer, de Marguerite Stern, de Hecht,

Néanmoins ce dernier doit retenir notre attention, parce que, modifié par Weinberg, il est le complé-

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