‹ Contribution à l'étude de la stérilisation de la syphilis à la période primaireChapitre 9 sur 36 · PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

PRÉLIMINAIRES

Quel que soit le remède employé dans le traitement de la syphilis, qu’il soit mercure, arsénobenzol, hectine, ce remède doit être amené à son maximum de dose, pour en obtenir le maximum d'effet.

L'on doit se souvenir, en effet, que des maladies infectieuses, la syphilis est une des plus redoutables par sa ténacité, par son absence totale de tendance à la guérison spontanée. Aussi paraît-il étrange que, lorsque le chirurgien emploie les moyens les plus énergiques pour stériliserune plaie anfractueuse, profondément infectée, plaiequi pourrait peut-être, dans des cas heureux, guérir d’elle-même, il est étrange, disons-nous, qu’en face d'une maladie que l’expérience nous a montrée si rebelle à tout traitement, on hésite à employer, avec la plus grande ténacité, les armes les plus actives. Car non seulement le tréponema est rebelle et tenace à toute thérapeutique, mais encore se fixe-t-il avec une rapidité presque foudroyante sur le système nerveux (bien avant la période secondaire, quelques jours après l'éclosion du chancre). Par conséquent, il sera légitime de penser que le traitement devra être aussi précoce que possible pour éviter sa fixation, et aussi énergique que possible pour vaincre sa résistance,

Parmi les corps employés contre la syphilis, le seul médicament connu autrefois était le mercure si bien étudié par nombre de maîtres, dont l'un avait fixé d’une façon remarquable pour son époque où manquait tout moyen de contrôle, des règles précises qui avaient la grande utilité de donner aux médecins, enclins à se contenter d'à peu près thérapeutiques et de soigner uniquement les symptômes, des lois et des règlements les forçant à un traitement relativement énergique, précoce et d'effort continu, troisième condition également essentielle dans un traitement véritable ; mais il faut reconnaître que le mercure même manié: avec iout le soin désirable n'avait pas empêché les accidents quaternaires (appelés alors parasyphilitiques) d'évoluer : la méningo-encéphalite progressive à une époque encore récente exerçait ses plus cruels ravages ; le mercure . n'avait pu empêcher également le chancre de se développer et la syphilis devenir secondaire.

Ce que n'avaient pu obtenir les grands maîtres syphiligraphes avec le mercure,peut:on espérer l’obtenir avec les nouveaux corps introduits dans la thérapeutique : composés arsenicaux, atoxyl, hectine, arsénobenzol. C’est ce que nous allons examiner.

L’atoxyl fut, lui, un médicament ayant une vogue énorme, heureusement éphémère. Des cas heureux semblaient devoir lui assurer la première place, mais bientôt les accidents, et accidents graves irrémédiables, étaient signalés de partout. Son action néfaste pour le nerf optique était proclamée et l'on

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devait y renoncer; son action avait surtout été éprou: vée dans la maladie du sommeil,

De l’hectine nous ne pouvons guère parler : les travaux et leurs critiques qui ont paru à ce sujet sont peu nombreux, de sorte qu'il est diflicile de limiter exactement sa valeur thérapeutique.

Aussi, lorsque poursuivant le développement de ses idées chimiothérapiques, Ebrlich présenta le 606° produit de ses recherches et annonça qu’enfin la therapia sterilisans magna était trouvée, le monde médical entier se passionna, et devant l'évidence de certains faits: la rapidité de la cicatrisation du chancre initial, la disparition plus rapide de la roséole, des plaques muqueuses, les succès obtenus dans les formes de syphilis maligne précoce, dans les syphilis rebelles, peu de médecins osèrent repousser entièrement le nouveau médicament malgré ses inconvénients.

Ebrlich et Hata, en annonçant qu’une dose unique en une seule injection, aux doses nécessaires (1 cgr. par kilogramme) assurait la stérilisation de la syphilis, se basaient sur leurs expériences de laboratoire, sans recul suffisant pour juger des effets, et oubliant peut-être qu'aucune expérience de laboratoire ne peut suffire dans la thérapeutique humaine sans le contrôle prolongé sur l’homme lui-même.

» La généralisation fut précipitée, les résultats publiés le furent trop vite, l'épreuve du temps n'avait pas été faite et bientôt l’on vit apparaitre des

A.-F, Vasques 2

observations concernant des récidives, des accidents, puis des morts.

« Une seule injection était manifestement insuffisante malgré les résultats immédiats qu’elle donnait, pour stériliser la syphilis (1). »

L'ère de la dose unique élevée avait vécu, il fallait essayer la répétition des doses.

C'est alors que prit corps cette idée : ce qu’une dose élevée n’avait pas pu faire, des doses répétées également fortes le feraient. et alors de plus en plus, devant les avantages considérables de l'injection intraveineuse, se dessinait une nouvelle méthode. L’élimination de l’arsénobenzol était plus rapide, les douleurs quelquefois effroyables de l'injection intra-musculaire, les eschares, les abcès étaient supprimés, et Alt pouvait iidiquer que chaque nouvelle injection pouvait sans inconvénients se faire tous les quinze jours, intervalle qu'il abaïssait bientôt à huit; mais l’on gardait la dose normale pensant frapper fort et vite, et les accidents mortels se multipliaient. La réaction se produit et l’on conçoit la dose faible répétée. En France, on pense en général que des doses faibles de o gr. 4o et o gr. 60 conviennent à tous les cas (Eméry, Millian, Ravaut).

Malgré ces deux injections, bientôt renforcées d’une troisième (1) les résultats sont infidèles, les récidives

1. Jamin, le Salvarsan et ses accidents, p. 5o. 2. Leredde faisait à cette époque o gr. 60 + o gr. 60 + o gr. 6o dans le cas de chancre (1919).

dr DJ

se reproduisent, la séro-réaction n’est point toujours négative à la fin du traitement, Des accidents plus ou moins graves existent toujours, des cas de morts sont publiés. Nous sommes en 1912: devant cet insuccès du nouveau médicament, faudra-t-il renoncer à lui? L'on pense qu'en abaissant encore les doses et en les répétant, l’on évitera les accidents et l’on en arrive à manier l’arsénobenzol comme le mercure.

C’est alors qu'un médecin français élève la voix et peut demander à la Société de médecine de Paris:

« Est-il logique, parce que l’arsénobenzol n’est pas un agent de stérilisation immédiate, de l’employer de telle manière qu'il ne soit peut être plus qu’un agent de stérilisation graduelle. »

Ce sera plus tard, lorsque les querelles seront apaisées, la gloire de la science française et du bon sens d’avoir par sa voix cherché résolument dans le «traitement de la syphilis, la stratégie et la tactique» voulues, imposées par un médicament hors pair et qui manié avec audace, mais aussi avec la plus grande prudence, donne des résultats merveilleux. Qu'on veuille ne pas sourire de voir ces deux mots se joindre : c’est la règle unique pour tous les médicaments réellement actifs, qu’ils s'appellent arsénobenzol, digitaline, atropine, adrénaline.

Des lignes qui précédent, la conclusion s'impose d'elle-même : |

Dans le traitement de la syphilis, il faut agir

d’une façon précoce, intensive, suivie, ou si l’on pré-

fère continue, en se rappelant que les errements employés dans le maniement du mercure ont ici des conséquences graves parce que on a affaire à un médicament beaucoup plus actif et surtout plus régulièrement actif. D'ailleurs, depuis, à l'arsénobenzol a succédé le néo-arsénobenzol, et à la préparation difficile à manier présentant de gros inconvénients, a été substitué un corps directement utilisable sans manipulation autre que sa dissolution dans l’eau distillée stérilisée, soit en solution étendue, soit en solution concentrée (Duhot, Ravaul). Avec lui vont se préciser des règles logiques, que nous allons examiner : ce sont celles que préconise le D: Leredde à l'heure actuelle. Elles ne sont pas un dogme, et seront comme toute vérilé présente transformées dans l'avenir, mais à notre avis sont au moins l'expression des qualités de l'esprit latin : clarté, logique.

Un remède énergique était trouvé ; l'expérience de milliers d’injections faites sur tous les points du globe prouvait sa réelle efficacité et indiquait en mème temps ses dangers, ses échecs.

La dose unique initiale était abandonnée, la dose répétée reconnue insuffisante, les doses répétées plusieurs fois au même titre, reconnues infidèles. De plus, des accidents imprévus étaient signalés et l’on appliquait à ces accidents l'explication qu'avait donnée Herxheimer pour des accidents semblables causés par :e mercure. L'étude poursuivie partout faisait, chaque jour, faire un nouveau progrès dans le maniement du nouveau médicament.

Les injections sous-cutanées et intra-musculaires étaient peu maniables. K. Ulimann prouvait que, pour l’arsénobenzol, quel que fût le mode de préparation : émulsion huileuse, suspension alcaline, neutre ou mono-acide, les résultats sont à peu près les mêmes : élimination irrégulière faible, lente, commençant le deuxième jour pour se prolonger tantôt faible, tantôt forte pendant quatorze, vingt et même soixante jours ; aceumulation dans l'organisme, dou-

lenr vive, souvent intolérable, même, nécrose des tissus.

Tout invitait les médecins à abandonner ce procédé. À l’heure actuelle, seule l'injection intraveipeuse a droit de cité, et l'on peut dire qu'avec le néosalvarsan, c’est réellement le procédé de choix.

Corps neutre, qu'il suffit de dissoudre dans l’eau

et la dissolution*est immédiate.

L'on peut, suivant les méthodes présentées en même temps par Duhot à Bruxelles et Ravaut à Paris, en faire une solution concentrée, soit au contraire en solution étendue.

Les accidents sont alors réduits au minimum : une injection bien faite doit être totalement indolore.

Quelquefois le malade accuse durant l'injection une sensation de chaleur montant le long dela veine; cette sensation cesse en même temps que l'injection, et ne trouve aucune explication véritablement plausible.

Les seuls accidents possibles sont dûs à des fautes de technique et en particulier à des fautes d’asepsie. En effet, il ne faut pas oublier que l'introduction d’une aiguille dans la veine d’un de ses semblables est une opération et que, par conséquent, l’on doit s’entourer de toutes les garanties possibles.

Le ballon où se fera la dissolution, la seringue pour l'injection, les aiguilles devront avoir été soigneusement bouillies, la région de la veine passée à la teinture d’iode, les mains de l’opérateur méticu-

leusement lavées, l’eau de dissolution sera de l’eau fraîchement bi-distillée et bouillie.

Si tous ces soins ont été observés, malade et médecin seront tranquilles, à moins qu’une faute de technique ne se produise alors : c’est le passage de la solution en dehors de la veine, soit que celle-ci ait été traversée de part en part, soit que l’aiguille en soit ressortie. Lorsque quelques gouttes seulement fusent dans les tissus périvasculaire, une très vive douleur se fait sentir, el une légère tuméfaction apparaît, qui d’ailleurs finira par disparaitre ; mais, si la quantité de médicament injectée en dehors est plus considérable, un gonflement marqué entoure alors le coude, les douleurs sont vives, une réaction inflammatoire intense s'établit.

On a signalé des cas de nécrose du pli du coude (Lube, Dermat. Zeitsch., 1913). Ces cas sont rares heureusement, loujours conséculifs à des quantités considérables de liquide hors la veine,ce qui implique de la part de l’opérateur une négligence vraiment extraordinaire, el sont toujours évités lorsqu'on a le soin de constater la présence du sang dans la seringue ou l’ajutage en verre au moment de linjection.

Quant à l'élimination, elle se fait d’une façon absolument régulière, rapide, sans jamais aucune accumulation (à moins de lésions rénales). L’élimination commence presque immédiatement ; elle est proportionnelle à la dose injectée, son maximum est atteint à peu près cinq heures après l'injection pour décroître

os se

. ensuite, et généralement on ne trouve des traces que vingt-quatre heures après. Exceptionnellement, la décharge continue le deuxième jour après l'injection. Ces résultats ont été obtenus grâce à la méthode d’Abeleen, employée systématiquement par M. Rubinstein dans le laboratoire du D’ Leredde (x).

A une élimination complète, rapide, l'injection intraveineuse offre encore la certitude de l’utilisation de toute la dose injectée, une grande rapidité d’action, une constance de résultats.

Aussi Con en est venu à utiliser couramment une méthode jusque-là exceptionnelle, en raison de lasepsie absolue qu'elle réclame et des difficultés de son exécution pratique » (médecin major Vennin, Congrès de Londres, 1913). Avec l'injection intraveineuse, le nombre d’accidents diminuait, et ceux qu'on observait se limilaient très nettement.

1. La méthode d’Abeleen est basée” sur la propriété suivante de l’arsénobenzol. L’arsénobenzol, en sa qualité d’amine primaire, peut être diazoté en solution acide par le nitrite de soude. Le corps diazoïque ou tétrazoïque qui se forme peut donner une matière colorée si on le traite par un phénolate en solution alcaline; on prend donc 5 centimètres cubes d'urine froide, on ajoute HIT à VI gouttes d'acide chlohydrique dilué et III gouttes de nitrite de soude à 1/2 0/0 ; ensuite, dans un autre tube, on prend 0,3 de resorcine pure dissous dans 5 centimètres cubes d'eau distillée, et on ajoute 2 à 3 centimètres cubes de solution de soude caustique. Le contenu du tube urine est versé dans le deuxième. S'il y à du salvarsan dans cette urine, la solution de resorcine sera alors colorée en rouge vif.

Cette réaction est d’une sensibilité extrême; quelques gouttes de solution de salvarsan à 1 centimille donne encore une réaction nette,

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