CHAPITRE II
Le but poursuivi
En Suisse, on a recherché surtout l’intérêt de l’individu, l'intérêt social venant en second lieu. Il s’agit de la stérilisation de certains aliénés et de délinquants criminels sexuels ; chez l’homme, d’individus à perversions ou troubles sexuels pathologiques graves, retentissant sur leur santé ou les entraînant à une délinquance incurable motivant, sans la stérilisation, leur internement prolongé et même définitif. Chez la femme, de faibles d’esprit ou d’anormales atteintes d’excitations ou de perversions sexuelles, coupables de délits divers, en particulier d’infanticides répétés et chez qui la stérilisation supprime Ia possibilité de nouveaux crimes semblables et leur internement. Il est à remarquer que ces sujets peuvent alors recommencer une vie nouvelle au lieu de rester des déchets sociaux inutiles et onéreux, de plus leur stérilisation supprime une descendance à laquelle ils auraient pu transmettre leurs tares. Entre aussi dans cette caté-
gorie les femmes faibles d’esprit, dégénérées, qui s’exposent, par leur manque de discernement et de volonté, à être violées et séduites, à avoir des enfants qu’elles seraient absolument incapables de soigner et d'élever (démence précoce, débilité mentale).
Ces cas relèvent autant de l'hygiène préventive sociale que de la thérapeutique médicale. On doit par conséquent les rattacher aux indications médicales (chez l’homme : tumeurs malignes et bénignes, cancers, tuberculose du testicule; chez la femme : affections gynécologiques, néoplasiques et autres, certains cas de bassins rétrécis ou malformés, diabète avec dénutrition, tuberculose avancée, certaines cardiopathies et néphrites) et leur faire suivre la même destinée.
Aux Etats-Unis, par contre, le but recherché a tendance à viser surtout l’intérêt de la race, les raisons eugénétiques prenant toujours la première place dans les discussions. On a cherché par cette opération à prévenir la naissance de produits tarés, d’enfants dégénérés et voués par leur hérédité à être des déchets de la société, des êtres malheureux, inutiles, dangereux ou nuisibles.
Il s’agit toujours de cas où, s’il est difficile de déterminer avec une précision scientifique absolue les tares de la descendance, il y a cependant des données suffisantes pour permettre aux spécialistes compétents de se prononcer : cas dans lesquels les enfants déjà existants d’une même famille sont tous des anormaux, des idiots, des débiles ou des tarés ; cas de constitutions familiales psychopathiques graves, de psychoses.
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caractérisées des parents avec caractère familial ou héréditaire, d’imbécillité ou d’idiotie à caractère familial chez l’un des parents, de tares épileptiques ou névropathiques graves chez des parents dont la descendance a déjà révélé les caractères héréditaires de ces tares, de perversions familiales morales et sexuelles graves avec caractère familial ou héréditaire des réactions délinquantes, de dispositions familiales et héréditaires à la délinquence et au crime.
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GHAPITRE III
Les résultats obtenus
Harry Laughlin a exposé dans plusieurs de ses ouvrages les résultats de l’application de ces lois aux Etats-Unis.
En juillet 1925, 24 Etats avaient adopté les lois de stérilisation ; dans 4 seulement elles furent déclarées contraires à la constitution.
6.244 interventions avaient été pratiquées, dont 4.636 dans l'Etat de Californie.
Ces interventions se répartissaient ainsi : vasectomie, 3.156 ; salpingectomie, 2.778 ; castration, 151 ; ovariotomie, 159.
85 % portaient sur des aliénés ;
12 % sur des débiles mentaux profonds ;
3 % sur des criminels héréditaires.
5.699 opérations furent pratiquées dans les asiles et services hospitaliers, 376 dans les institutions réservées aux débiles mentaux, 93 dans les institutions
pour épileptiques, 76 dans les prisons.
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On remarque donc, bien que la loi s’applique à l’ensemble de la population, l’absence d’intervention dans les institutions d'Etat pour buveurs chroniques, aveugles, sourds et infirmes, dans les colonies officielles pour vagabonds et mendiants irréductibles dont Ia population comprend en majorité des débiles mentaux et des dégénérés constitutionnels. Il faut voir là le résultat des difficultés du diagnostic eugénétique.
Enfin, si l’on considère que la loi fut appliquée dans certains Etats depuis 1911 (Californie, Indiana), on peut s'étonner, d’après le relevé suivant de Laughlin, de sa lenteur à se généraliser.