III. — Observations de stomatites graves
OBsERvATION XX.
(Due à l’obligeance de MM. les Professeur PETGES, et Docteurs SouLé et PuEcx.)
X..., âgé de 63 ans, reçoit le 45 avril 1933 une injection de 2 cm3 de campho-carbonate de bismuth, la deuxième d’une série commencée le 41 avril, à titre de traitement d’épreuve, à l’occasion d’un diabète insipide, en raison de ses antécédents et malgré une réaction de B.-W. négative.
Il ne présente pas d’albumine. Sa denture est mal soignée, malgré les recommandations antérieures qui lui ont été faites.
Le 16, il éprouve de vagues douleurs gingivo-dentaires, qui augmentent rapidement, au point de devenir intolérables dans da journée.
Le 17, ces douleurs s’accompagnent de signes fonctionnels assez marqués : difficulté pour ouvrir la bouche, mastication pénible.
A l’examen, on note un peu d’œdème de la joue droite et une légère tuméfaction et sensibilité de la parotide de ce même côté; les gencives sont rouges, œdématiées, douloureuses. Les dents présentent une couche épaisse de tartre et un enduit pultacé qui empêche d’apercevoir un liséré bismuthique. La muqueuse jugale, enflammée, porte l'empreinte de l’arcade dentaire et présente au niveau de la dernière molaire droite une ulcération, de la grandeur d’une pièce de 0 Îr. 50, recouverte d’un enduit grisâtre purulent.
L’haleine est légèrement fétide, la salivation abondante.
Le malade ne présente pas de fièvre.
Les urines, qui avaient diminué en quantité depuis. le début du traitement, ne paraissent pas être influencées par ce début de stomatite.
Traitement. — Interne : soufre sous forme de sulfo-thiorine; local : lavages de bouche à l’eau oxygénée, au chlorate de potasse; nettoyages dentaires au Sanogyl.
Le 18 avril, le traitement n’ayant pas été appliqué par suite de la négligence indocile du malade, la stomatite a progressé, l’œdème a augmenté; il existe un trismus marqué, et la langue est légèrement infiltrée.
Le 19, l’aggravation est encore plus nette : la face est très œdématiée; la langue, volumineuse, sort de la bouche entr'ouvefte, d'où coule continuellement un filet de salive mélangé de pus.
L'intensité du trismus rend l'examen de la bouche très difficile; on constate cependant au niveau des muqueuses jugale, linguale et gingivale un épais enduit blanchâtre.
Les ganglions sous-maxillaires et carotidiens sont augmentés de volume. L’haleine est très fétide.
Le malade est prostré, les urines ont diminué, elles sont légè-
rement albumineuses (0,15 eg.). La température est un peu élevée.
Le 20, l’œdème est encore plus important. La langue, recouverte d’un enduit pseudo-membraneux, porte à sa face inférieure deux petites ulcérations, empreintes des incisives médianes inférieures. Le trismus reste très marqué, la parole est quasi impossible. Le cou est proconsulaire. Les signes généraux se sont également aggravés; le malade présente une température de 38 degrés. La respiration est très difficile, Les urines sont rares. Le malade est obnubilé, insouciant de ce qui se fait autour de lui; il présente des troubles amnésiques.
Le 20 et le 21, les lavages antiseptiques de la bouche, jusque-là faits sans méthode et irrégulièrement par l'entourage, sont correctement pratiqués au bock laveur.
L’obnubilation ne disparaît pas. L'état local, d'abord stationnaire, s'améliore légèrement; l’état inflammatoire de la bouche régresse, la salive est moins purulente, l’haleine moins fétide.
Le 22, la langue peut réintégrer la cavité buccale; les urines auymentent.
Le 24 avril, la situation devient favorable; il existe des ulcérations de la muqueuse des joues, de la langue, des gencives. La langue est encore augmentée de volume, infiltrée, ligneuse. Le voile du palais, la luette, les piliers, sont infiltrés, de couleur