‹ Contribution à l'étude de la suette miliaire: Une forme nerveuse avec contractures tétaniformes généraliséesChapitre 11 sur 15 · RE · texte numérisé non relu

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Notre cas de suette présente un certain intérêt au point de vue épidémiologique.

Comment, en eftet, expliquer ce cas isolé? Nous savons que la suette existe dans certaines contrées à l'état sporadique ; mais ces cas isolés ont été précédés d'épidémies ; ils montrent que le germe de la maladie n'a pas encore disparu et que celle-ci est endémique.

Bientôt. apparaissent des conditions climatériques favorables à la reproduction du germe ou une reviviscence de celui-ci, de cause encore inconnue, et une nouvelle épidémie éclate. En sorte que les différentes épidémies sont reliées entre elles par des cas sporadiques provenant eux-mêmes d'affections précédentes.

Rien de semblable dans le cas qui nous occupe. I se présente dans un pays où cette maladie n'a jamais sévi, du moins à l’état épidémique. Mais si l'on songe à la difficulté qu'offre parfois le diagnostic, on peut admettre qu'il a peut-être existé dans la région des cas méconnus dont l'origine eût été plus facile à découvrir. Combien peut-être de suettes rubéoliques prises pour de la rougeole !

Qu'on se rappelle ce qui est arrivé à propos de la dernière épidémie de typhus à Paris, en 1893: Dans le service de M. Netter, à l'hôpital Beaujon, éclate, au mois d'avril, un cas de typhus chez une surveillante de nuit; la veille, M. Millard diagnostiquait du typhus chez un veilleur dans le même hôpital. « L'apparition « de ces deux cas intérieurs de typhus à l'hôpital « Beaujon nous surprenait fort, dit M. Netter (1), et « cela d'autant plus que, malgré nos investigations, « nous ne retrouvions ni dans mon service, ni dans les « services voisins, le cas de typhus méconnu qui avait « dû semer la contagion ». Ce n'est que près de deux mois plus tard, et comme par hasard, qu'il apprend qu'un cas de typhus est passé inaperçu au mois de mars’ précédent dans son service, alors confié à M. Gombault. Il avait ainsi le point de départ de la contamination; par des recherches analogues, il a réussi à montrer que l'épidémie de 1893 provenait de la Bretagne où le typhus règne à l'état endémique.

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(1) M. Nelter. — Société médicale des hôpitaux. Séance du 23 juin 18093, p. 531.

Ut Fort probablement, nous sommes en présence d’un pareil fait. La suette ne naît pas au hasard; elle ne s'éteint pas aussitôt après son apparition sans motif aucun; il existe des cas intermédiaires. Ne voyonsnous pas tous les jours des cas isolés de choléra ? M. Gaucher (1) signale un cas isolé de choléra vrai qu'il a observé à l'hôpital Saint-Antoine ; en juillet 1893, M. Netter (2) relate un cas de choléra à bacille virgule dans la banlieue de Paris; enfin, nous lisons dans la. . Gazelte médicale de Nantes (3) une observation d'un cas de choléra asiatique rapportée par M. le docteur Rappin, chef du laboratoire de bactériologie. Ces cas isolés peuvent servir de trait d'union entre deux épidémies. C’est, d’ailleurs, un des grands bienfaits de l'épidémiologie contemporaine de chercher à rétablir l'enchainement des épidémies et de conduire par ce moyen à la connaissance des mesures prophylactiques contre l'éclosion et l'extension des épidémies. Nous serions heureux si nous pouvions attirer de ce côté l'attention des hygiénisites en ce qui concerne la suette.

Gas isolés de suette.— Notre cas n'est pas le seul isolé. M. le docteur Couëtoux, de Nantes, nous communique l'observation suivante prise, il y a quelques années,

(1) Société médicale des hôpitaux, 31 mars 18093, p. 235. (2) Netler. — Annales de l’Institut Pasteur, 1804, p. 500. (3) Gazette médicale de Nantes, décembre 1894.

Pre par un de ses amis, le docteur Bousseau, de Cholet : « Un jeune militaire venant de Poitiers, en congé pour les moissons, est pris, en pleine santé, d'un frisson intense et d'une prostration excessive. On le rapporte du champ sur une charrette, on le couche. La réaction se fait et la sueur commence au déclin de la fièvre. Quand je le vois, le lendemain matin, tout le lit était traversé de sueurs, la paillasse mouillée dans une grande épaisseur : quinze chemises séchaient sur des cordes; on cut dit une lessive générale. Le jeune homme se plaignait d'une vive anxièté avec douleurs précordiales, étouffements, céphalalgie intense, subdélire, etc., etc. Sur le corps, de l’urticaire avec démangeaisons intenses et des sudamina.Le lendemain, mêmes symptômes, sueurs toujours profuses. — Agitation extrème, insomnie. Le 3° jour apparaît enfin l'éruption de miliaire rouge qui ne laisse plus aucun doute sur la nature de la maladie. L'éruption persista huit jours; la convalescence fut longue et un congé de deux mois fut nécessaire. Il y avait plusieurs enfants dans la maison, le père et la mère; personne ne fut atteint. »

Voilà un cas isolé non douteux de suette milaire. D'un autre côté, en recherchant dans la littérature médicale, voici ce que nous lisons dans le rapport de M. Brouardel sur la suette du Poitou : « En 1880, il y « eut à Sillards (canton de Lussac), un cas très marqué « de sucette chez le jeune G..., âgé de 19 ans, qui suc- « comba; c'est son fière qui fut atteint le premier, « en 1887, à Sillards. Enfin, à Lussac même, il y eut, « en juin 1886, chez M. D..., minotier au pont de

EST Vi « Lussac, un cas très grave et très typique. (Docteur Thiaudière).

« En 1870, un cas mortel fut observé à date (Deux-Sèvres) chez le dénommé Den. qui fut « enlevé en trois jours. — En 1885, il y en eut un cas au village de Jarrige (commune de Sauzé), cas « qui guérit. »

Ces différents cas ont éclaté dans des régions où la suette est endémique; pour quelques-uns d° entre eux, celui de Cholet par exemple, il est certain qu'il faut en chercher l'origine à Poitiers, ancien foyer de suette.

Mais comment expliquer la présence de notre cas isolé dans une région où la suette n’a pas encore été signalée? Celle-ci se propage, il est vrai, rapidement à de grandes distances avec immunité des localités intermédiaires et fait son apparition sur les demeures les plus éloignées d’un même village. Ce mode de propagation est surtout possible en temps d’épidémie, alors que le germe suettique est bien développé. Avionsnous affaire à ce mode d'extension de la maladie ou à une importation du germe par des personnes, par des produits provenant des régions où la suette règne à l'état endémique? A quelle époque a eu lieu cette importation et comment s'est opérée la transmission du germe de l'individu malade à l'individu sain? C'est ce qu'il nous est impossible de dire ne connaissant ni la nature du contage ni son mode de propagation. Ce qui nous ferait croire à la présence déjà ancienne de la suette dans la Loire-Inférieure, ce sont les deux observations suivantes, que nous devons à l’obligeance

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