‹ Contribution à l'étude de la suette miliaire: Une forme nerveuse avec contractures tétaniformes généraliséesChapitre 9 sur 15 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Diagnostic.

Pendant les cinq premiers jours de la maladie, il a été impossible de porter un diagnostic certain, ou plutot la prédominance des phénomènes nerveux semblait comporter avec elle l'idée d’une atteinte organique, tout au moins dynamique, de tout ou partie de l'axe cérébro-spinal. L'éruption survient et donne un caractère spécial à la maladie ; elle permet de porter le diagnostic de suette, mais avec réserves, car on est en dehors de toute épidémie et dans un pays où cette maladie est inconnue.

Aussi bien, croyons-nous devoir ouvrir ici un chapitre spécial traitant du diagnostic. Dans une première partie, nous essaverons d'établir que les phénomènes

ET EDIS —

nerveux dont nous étions le témoin ne rentraient pas d'une façon satisfaisante dans le groupe des affections présentant le même syndrome et qu'ainsi la voie était ouverte aux hésitations. Ce sera, comme dans l'ordre des fièvres éruptives, les phénomènes de la période brééruplive où d'invasion.

Dans une seconde partie enfin, nous établirons 1° que c'était une affection avec éruption ne ressemblant pas aux fièvres éruptives les plus communes: 2° qu'enfin c'étaient les caractères de la suette.

(l PREMIÈRE PARTIE. — Période d'invasion.

1° Tétanos. — Les phénomènes nerveux auraient pu nous faire craindre un instant le tétanos : nous en avions le trismus, la contracture des muscles de la nuque, du dos et des membres, l'attitude en opisthotonos. Dans le tétanos aussi les sueurs sont intenses, les contractures parfois douloureuses au point d’arracher, lors de leurs paroxysmes, des cris au malade (tétanos hyperaloique de Trastour) (1). Il n'existait pas, il est vrai, d'écorchure cutanée ou muqueuse pouvant servir de porte d'entrée au bacille de Nicolaïer. Pareille constatation d'ailleurs ne permet pas d’éliminer ce diagnostic d’une façon absolue, car le tétanos peut se voir en l'absence de plaie ou celle-ci échapper

(1) Teissier. — Semaine médicale, 25 mars 1893, p. 136.

Sn se aux plus minutieuses investigations. Un point important à signaler et peu en faveur d’une infection tétanique, c'est l'absence d'hyperthermie. On sait, en effet, que dans le tétanos, celle-ci s'élève dès le début à un degré élevé et qu'elle atteint 40° et 41° et même les chiffres extraordinaires de 42° et 43°.

2° Tétanie (1). — N'étions-nous pas en présence d'un cas de tétanie? Cette affection peut être occasionnée chez l'enfant par la diarrhée, l'inflammation du tube digestif, la présence de vers intestinaux, l'éruption d’une dent. Chez notre malade, il n'existait aucun trouble gastro-intestinal et la dentition était à rejeter comme cause occasionnelle étant donné l'âge de l'enfant. De la tétanie, nous avions, il est vrai, l'apyrexie et la contracture des extrémités, contracture survenant par accès et pouvant être provoquée par la plus légère impression extérieure. Mais cette contracture était généralisée alors qu'elle est le plus souvent partielle dans la tétanie ; toutefois, dans la forme grave de Trousseau, « tous les muscles, aussi bien ceux du « tronc et ceux de la région cervicale que ceux des « membres sont frappés simultanément.» De plus, les extrémités offrent un aspect caractéristique que ne présentaient pas celles de notre malade. Dans la tétanie, en effet, les doigts sont fléchis à demi, les phalanges étendues, le pouce énergiquement entraîné dans l'adduc-

(1) ,Trousseau. — Clinique médicale de l’Hôtel-Dieu « Tétanie 4e Tome IT, p. 202 et suivantes.

JA tion forcée, les bords interne et externe de la main rapprochés de façon à augmenter la concayité palmaire ; en un mot, « la main affecte Ia forme d’un « cône ou celle que prend la main de l'accoucheur « lorsqu'il veut l'introduire dans le vagin. » Aux pieds, les mêmes phénomènes de contracture se produisent dans les muscles extenseurs. — Chez notre malade, le pouce était dans l’adduction forcée, recouvert par les autres doigts fortement fléchis ; les pieds étaient en équinisme et ne présentaient pas d'augmentation de la concavité plantaire; enfin le signe de Trousseau et celui de Weiss faisaient défaut. Nous étions donc autorisé à éliminer la tétanie comme diagnostic.

3° Epilepsie. — La langue, projetée hors de la bouche pendant les crises paroxystiques, et serrée entre les arcades dentaires, était violemment mordue: les attaques étaient précédées d'un cri analogue au cri initial des attaques épileptiques ; les mictions étaient involontaires pendant les crises ; tout autant de symptômes qui militaient en faveur du mal comitial.

C'est incontestablement une idée qui était soutenable :

1° À cause de l'âge;

2° À cause du cri initial;

3° À cause des accès, des morsures de la langue, des mictions involontaires ;

4° Même à cause des contractures ; car, s'il est vrai que, dans les phénomènes post-épileptiques, on note

os plutôt des paralysies que des contractures, celles-ci se voient néanmoins. Nous avons parlé des contractures signalées par Lemoine. Dans son ouvrage sur les épilepsies et les épileptiques (1), Féré dit, après avoir fait allusion aux contractures de l’épilepsie : « La contrac- « ture permanente n’est qu'un degré supérieur de ces « phénomènes et elle est, comme la paralysie, liée à « l'épuisement des centres cérébraux... A la suite sur- « tout d'accès en série, on constate souvent une exagé- « ration des réflexes et, dans quelques cas, une con- « tracture latente que la moindre excitation met en « évidence. »

Mais alors, pourquoi cet état de mal épileptique sans température ? En outre, l'enfant ne présentait aucun stigmate de dégénérescence et ne pouvait être rangé dans la famille des névropathes par ses antécédents personnels. D'ailleurs, contre l'idée de mal comitial plaidaient l'absence de perte de connaissance, la nature même des accès paroxystiques où on ne retrouve pas les périodes tonique et clonique habituelles des épileptiques. Tout au plus, pourrait-on ranger, à l'exemple de Féré, ce syndrome parmi les épilepsies symptomatiques. L’afféction aiguë aurait mis ainsi en éveil une épilepsie jusque-là latente.

Que l'idée d'épilepsie ait été soutenable au début, on ne saurait le nier. Nous ne pensons pas qu'elle le soit aujourd'hui. Et, d’abord, ce cri initial dont nous

(1) Féré. — Les épilepsies et les épileptiques, p. 167.

avons parlé doit-il être nécessairement comparé au cri: épileptique et rattaché, comme ce dernier, au spasme, à la contracture des muscles inspiratoires et laryngés ? Faut-il y voir un phénomène de même ordre que celui des crises laryngées du tabes, par exemple ? Il est difficile de se prononcer sur ce point de pathogénie. Ce que nous croyons cependant devoir faire ressortir ici, c'est que, comme il a été dit, le malade était sous le coup d'une véritable diathèse de contracture, et que celle-ci se généralisant et s'étendant aux muscles respiratoires rendrait tout au moins plausible l'hypothèse d'une contracture de ces derniers, analogue à celle des autres muscles, sans qu'il soit nécessaire, pour en expliquer la nature, de penser quand même à l'épilepsie. |

Mais laissons de côté ces questions purement théoriques et examinons le fait en lui-même, en le comparant sur ce point aux faits identiques.

L'exemple est fréquent, surtout chez les enfants, de maladies aiguës, de fièvres éruptives, précédées ou accompagnées de phénomènes nerveux rappelant le syndrome épileptique. Nous répondrons ainsi à l'argument que nous avons donné comme étant en faveur de l’idée de mal comitial. Car, si ce dernier se voit plus souvent à l’âge qu'avait notre malade, à ce même âge aussi se manifestent plus volontiers, lors des maladies aiguës, les troubles nerveux convulsifs, éclamptiques ou autres. Les pneumonies à forme méningée ou éclamptique de l'enfant sont depuis longtemps admises. 11 est non moins classique de décrire des convulsions

DOS au début des fièvres éruptives. Certaines formes de celles-ci, justement appelées anomales, ne doivent leurs caractères particuliers qu'à la prédominance de troubles nerveux. |

Ïl y a plus et c'est, à notre avis, un point important à signaler ici: notre observation, nous la rangeons parmi les cas de suette miliaire. Or, les auteurs qui ont décrit cette dernière, M. le professeur Brouardel entre autres, signalent comme principaux symptômes de la suette la fréquence et la gravité des phénomènes nerveux.

Que ces derniers n'aient pas présenté, dans Îles épidémies jusqu'ici décrites, une intensité de même ordre que celle dont nous parlons en ce moment, la chose est certaine. Mais ce qui est non moins exact aussi, c'est que, d’une part, les crises paroxystiques ont rarement manqué et, d'autre part, qu'il a existé des contractures.

Elles ont été en général partielles; mais leur généralisation ici peut-elle nous empêcher de les considérer comme de même ordre? Evidemment non. Il faudrait méconnaïitre l'idée de malade, de terrain, pour ne pas admettre que dans la suette, comme dans toute maladie, chacun réagit à sa façon.

Pourquoi cette réaction particulière dans notre cas? Nous l'ignorons, car en admettant ou une prédisposition individuelle spéciale, ou un virus plus actif, nous restons dans les généralités sans pouvoir donner, à l'appui de notre hypothèse, des preuves rigoureusement scientifiques. |

Un — S'il nous fallait résumer cette discussion nécessaire, à notre avis, nous dirions que les phénomènes nerveux auxquels nous faisons allusion ne sont ni de l'épilepsie essentielle, ni du tétanos, affections dont ils rappellent le syndrome; ils ont été symptomatiques d'une maladie aiguë, la suette miliaire. Nous croyons être dans la vérité en désignant cet ensemble symptomatique sous le nom de suette miliaire avec état permanent de contracture latente entrecoupé d'accès paroxystiques épileptiformes ou tétaniformes.

4 Urémie. — Etait-ce de l’urémie? L'enfant urinait normalement au début ; il fut impossible de recueillir les urines qui s'écoulaient involontairement pendant ou après les crises. Plus tard, il y eut, il est vrai, parurie et enfin anurie; mais on ne constatait ni céphalée, ni obnubilation de la vue, ni vomissements, ni hypothermie; l'enfant n'avait pas été atteint antérieurement de scarlatine ni d’une maladie infectieuse. Nous n'étions donc pas en présence d’un cas d'éclampsie urémique.

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