Tribune médicale du 19 septembre
coupée en biseau, tandis que leurs extrémités internes portant l’une des boutons, l’autre des œillets, s’articulent entre elles pour former un are unique, arc d'autant plus court que l’agrafe est boutonnée plus serrée.
CET appareil peut rendre des services, et c’est pourquoi nous avons jugé intéressant de rappeler son existence ; c’est une agrafe pour les cas particuliers (elle convient aux régions où la peau est épaisse et sera utilisée dans les cas où l’agrafe de Michel ne peut être appliquée). Mais elle ne répond pas aux nécessités de la suture métallique, qui sous-entend une réunion rapide etsans tàâtonnements.
Le deuxième appareil présenté au Congrès n’est autre qué l’agrafe de Michel, ou tout simplement « l'agrafe », car, en matière de suture cutanée, les deux expressions sont aujourd’hui synonymes.
Imaginé en 1898, par M. Paul Michel, ce procédé de suture, —- qui n’est que l’application chirurgicale d’un principe d’assemP' ge ou dereliure industrielle, — fut présenté à la Société de chirurgie de Paris dans la séance du 16 mai 1900, par M. le, D: P. Michaux, qui le proposa comme méthode de suture rapide « à tous les chirurgiens désireux de gagner du temps, à tous les praticiens obligés de faire de la chirurgie sans aides. »
La méthode de Michel ne tarda pas à se répandre; et depuis, l’agrafe a fait le tour du monde.
Leur vulgarisation même, nous dispense d'exposer ici longuement la forme et les avantages des « grif-
fes » de Michel (r). Nous nous contenterons de rappeler la méthode de suture cutanée par agrafage métallique, en faisant ressortir au cours de notre exposé, que si l’agrafe se caractérise par un degré de perfection tel, que vingt années d’usage ne lui ont apporté aucune modification, les instruments au contraire, que l’on utilise habituellement poRe n poser, laissent à désirer.
La «griffe» de Michel (fig). est formée d’une
lamelle de nickel, dont les extrémités
QT —S enroulées en volutes, tel un chapiteau
ionique, sont armées d’un picot. Tenue à
l'aide d’une pince spéciale qui la saisit
par ses volutes et l’applique à cheval sur les lèvres
d’une « section nette el bien affrontée par un aide »,
l'agrafe, sous la pression de la pince, fléchit en son milieu et rend cet affrontement permanent.
À l'encontre d’un point de suture, elle ne traverse point le tégument, mais reste superficielle à la peau. Seuls ses picots, longs de 1 millimètre, en déprimant légèrement l’épiderme, prennent sur la peau un contact profond ; aussi l'application de l’agrafe n'est-elle guère douloureuse.
A l'inverse de la serre-fine, qui, rapprochant les tissus par pression continue, les ulcère parfois, l’agrafe ne maintient l’affrontement qu’en vertu de la résistance que l’arceau métallique oppose à la rélraction des tissus. C’est pourquoi les : cicatrices
1. Dérozier, dans sa thèse (Bordeaux, 1904) uniquement consacrée à cette partie du sujet, a déjà précisé ces avantages.
00 ee
consécutives sont linéaires, indemnes de ces traits scalariformes que laissent les crins, et & aussi belles que celles d’une suture intradermique ».
Outre le principal intérêt d’une rapide exécution, la suture cutanée par agrafage offre sur les autres procédés de suture l'avantage incontestable d’une asepsie facile et parfaite.
Bien plus, on accorde aujourd’hui une action antiseptique aux fils métalliques et agrafes : la présence dans les plaies de ces particules de métal s’oppose au développement des germes.
A cette aclion bactéricide se rapportait sans doute cette parfaite tolérance, que déjà en 1647, Fabrice d'Aquapendente reconnaissait aux sutures métalliques. De nos jours Strauss (1) a montré que les cultures de tuberculose nese dévelopyaient pas dans les vases d'argent ;.des expériences bactériologiques minutieuses (2), portant sur les cultures de différents germes, ont démontré la réalité de cette action et précisé la valeur antiseptique de chaque métal (3); et ceci constitue un argument de grande valeur pour les partisans des sutures et ligatures métalliques
perdues.
Pendant le cours de ces dernières années, divers auteurs ont tenté d'introduire en chirurgie des
1. Bull. et mém. de la Soc. de Méd. des Hôp. de Paris, 18 et 25 déc. 1902.
2. Leedham-Green, de Birmingham. 1907 (Practitioner, Londres).
3. Pichler, Antiseptischer werth des Aluminium bronsedrathes. Centralblat. f. chir. Leipzig. 1901, p. 417.
RS pes
agrafes nouvelles, qui pour la plupart ne sont que des contrefaçons de l’agrafe précédente.
Tout d’abord, citons les essais infructueux de perfectionnement (?) que les étrangers tentèrent d’apporter aux griffes de Michel :
Agrafes pourvues de grands anneaux permettant de les retirer facilement (Smeth de Bruxelles).
Agrafes aux bords échancrés en leur milieu (Gentile, Italie) ;
Agrafes doubles, formées de deux agrafes de Michel croisées en X (Allemagne) et dont on ne comprend pas bien l'intérêt (1).
Notons également quelques variétés de griffes, qui diffèrent de l’agrafe de Michel par leur taille plutôt que par leur forme :
L’Autogriffe de Lenormand (2) ;
La Digitogriffe de Corbière (3).
De grande taille, ces agrafes s'appliquent facilement sans pince spéciale, avec les doigts. |
Enfin, signalons pour mémoire, les « agrafes ressorts», faites d’un ressort à boudin terminé par des crochets, et qui furent récemment employées pour rapprocher les tissus « dans les vastes délabrements ou les plaies larges (4) ».
1. Deustche medicine Wochenschrifft, 1910, p. 846. 2. Le Bec, Paris Chirurgical, 1912, p. 198.