‹ Contribution à l'étude de la syphilide pigmentaire du couChapitre 14 sur 21 · LE RER · texte numérisé non relu

LE RER

présente pas de chloasma utérin lors de sa première grossesse. Devenue enceinte une deuxième fois, un superbe chloasma apparait : la recherche des pigments biliaires dans le sang, montre qu’elle est manifestement cholémique.

. Un certain nombre de malades, présentant des mélanodermies consécutives à des dermatoses, furent examinés par lui; l'étude du sang montra qu'ils étaient non moins cholémiques.

Cette théorie très séduisante expliquerait pourquoi certaines personnes ont une tendance remarquable à faire de la pigmentation, sous l'influence de la moindre lésion cutanée. La recherche des pigments biliaires dans le sang, nous permettrait peut-être de les classer dans la famille des cholémiques avérés.

Toutes ces causes plus ou moins logiques, mais dont la preuve est encore à faire, ont le tort de ne pas expliquer suffisamment la disposition des îlots clairs. Ce sont des causes secondaires adjuvantes, et c’est peut-être même, parce qu'elles exagèrent un processus particulier occasionné par l’éruption, vraie cause déterminante, que certains malades font de la pigmentation plutôt que d’autres.

C’est ainsi que certaines personnes font des troubles .pigmentaires au niveau de la moindre lésion cutanée, telle la malade de Barcat qui, à la suite d’un vésicatoire, présentait sur la poitrine un grand placard fortement pigmenté.

Chez d’autres au contraire, rien d’analogue ne se produit. Nous avons suivi une malade présentant sur

22-66 — le cou un certain nombre de papules assez volumineuses qui laissèrent à leur suite de superbes îlots blancs. Mais à aucun moment nous n'avons observé de pigmentation périphérique.

Elle avait tout ce qu'il fallait pour jui assurer une belle syphilide. pigmentaire : syphilis et éruption très intense. IL lui manquait donc une cause adjuvante, altération du sang, du système nerveux ou du foie.

Voyons d’abord ce qui peut bien se passer au niveau de l’éruption, origine de la tache blanche.

On sait qu'au niveau des éléments de roséole, il y a dilatation des vaisseaux sanguins, tuméfaction de leur endothélium et dans les cas intenses, infiltration cellulaire à leur pourtour. >:

Dans la papule, on remarque en outre, une agglomération de cellules résultant de la prolifération des cellules fixes du tissu conjonctif et de l’affluence des leucocytes.

Neisser pensait que le processus inflammatoire qui existe à ce niveau, déterminait la multiplication des cellules de l’épiderme et le rejet vers la surface des cellules pigmentées.

M. Balzer pense que les troubles pigmentaires qui surviennent au cours des éruptions, peuvent être liés aux phénomènes congestifs et inflammatoires qui persistent plus ou moins longtemps à leur niveau.

Lorsque les éléments éruptifs se développent, le pigment disparaît dans toute leur étendue,.et devient plus abondant à la périphérie, où il semble repoussé en

quelque sorte par l’éruption. Cette disposition du pig-

Ur ee

ment pourrait s'expliquer par l’action des cellules nouvelles infilirées au niveau de l’éruption. Elles absorbent le pigment et le font disparaitre sur place ou le font passer dans le torrent circulatoire.

Pour de Maïeff et Hjelman, les îlots clairs résultent d’une lésion en quelque sorte cicatricielle, attestée par l’atrophie de l’épiderme et la diminution de la vaseularisation.

Par suite de cette selérose, dit Bareat, la matière colorante du sang n'est plus apportée en quantité suffisante aux cellules ramifiées du derme qui cessent de la transformer en pigment.

La dépigmentation s’expliquerait done par arrèt de formation du pigment et destruction de la matière colorante préexistante, sous l’influence de la phagocytose.

Quant aux simples macules de roséole, les lésions sont réduites à leur minimum, mais elles existent. La vasodilatation et la tuméfaction de l’endothélium vaseulaire qu’on y observe, si légères qu’elles soient peuvent laisser des lésions cutanées qui deviendront plus tard un centre de répulsion ou de destruction pigmentaire.

Au niveau des parties pigmentées, nous avons vu que la peau contient une surabondance de matière colorante. La gène de la circulation au niveau des îlots clairs, doit déterminer une fluxion collatérale par vasodilatation périphérique, entraînant une quantité plus grande de globules rouges et par suite, surabondance

de matière colorante.

Nous ne pouvons jusqu'ici, qu'émettre des hypothèses; tout moyen de vérification et de contrôle nous

manque.

$ 4. — Qu’indique la syphilide pigmentaire au point dé vue

du pronostic ?

Même incertitude chez les auteurs.

Pour Pillon, elle peut encore donner la certitude que la diathèse n’est pas encore éteinte, que le traitement fait jusqu'alors est insuffisant et permettre d’annoncer une récidive peu éloignée des accidents secondaires qui ont déjà disparu.

Pour Diday, elle sert tout au plus de témoin et per-

met de dire que la syphilis a passé par là. Mais si elle

dénote une infection ancienne, elle n'implique pas de danger, ne commande point de précautions pour l'avenir. : :

Maireau pense que le pronostic de cette affection, ne présente pas d'autre gravité que celle de la maladie dont elle témoigne.

De Fisson ne pense pas non plus que le pronostie en soit assombri. Mais elle indique souvent que le malade est anémié ou prédisposé à des accidents nerveux.

Pour Petresco, elle ne témoigne nullement d’une

gravité particulière de l'infection. On ne peut même

établir aucun rapport entre l’évolution de la lésion

dyschromique et le degré de virulence de la syphilis à

son origine. Toutefois, elle paraît indiquer un affaiblis- -

sement progressif de la résistance de l’organisme.

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D'après M. Fournier, elle ne parait pas reliée à telle ou telle forme de syphilis, notamment aux syphilis originairement graves. Presque toujours, au contraire, elle se produit au éours de syphilis ou moyennes ou bénignes.

M. le D‘ Ravaut qui s'occupe très activement du liquide céphalo-rachidien chez les syphilitiques, a bien voulu nous donner le résultat des ponctions pratiquées sur un certain nombre de nos malades. Nous lui en sommes infiniment reconnaissant.

Malheureusement les malades n’ont pu être suivies

régulièrement, ce qui rend les résultats incomplets,

- mais néanmoins très instructifs. Nous allons lesexposer

brièvement.

Observations (Docteur RAvAUT) Observation III

Marie R..., 25 ans.

Chancre il ya?

24 décembre 1903. -—- Cyto-diagnostic. Réaction nulle, pas de syphilide pigmentaire,

15 mars 1904.— Syphilide pigmentaire : pas de ponction.

Observation VI

Lina V.., 21 ans. RISS

Chancre il y a? 1902.

Roséole très intense, syphilides folliculares. 1er septembre 1903. — Très grosse réaction,

26 janvier 1904. — Syphilide pigmentaire ; pas de ponction.

Observation VII

Louise C..., 38 ans.

Chancre en juillet 1903.

7 octobre 1903. — Réaction moyenne, 8 à 10 éléments par champ d'objectif à immersion,

Légère syphilide pigmentaire.

Observation XI

Marie R..., 18 ans.

Chancre il y a?

Janvier 1904. — Syphilides folliculaires et papules. Cyto-diagnostic. Grosse réaction.

Avril 1904. — Syphilide pigmentaire. Pas de ponction:

Observation XII

Marie B..., 30 ans.

Chancre en octobre 1903.

Roséole papuleuse, plaques cutanées.

Avril 1903. — CGyto-diagnostice. Grosse réaction, Belle

syphilide pigmentaire.

Observation XIV

Maria. 29%ans.

Chancre il y a?

16 mat 1903. — Pas de syphilide pigmentaire.

Légère réaction ; 5 à 6 éléments par champ d'objectif à immersion,

Avril 1904. — Syphilide pigmentaire, pas de ponction.

le

Observation XV

Léontine H..., 22 ans, Chancre en juillet 1902, Roséole et plaques muqueuses à cette date,

18 août 1903.— Réaction nulle, Pas de syphilide pigmentaire,

Observation XVI

Rose G..., 50 ans.

Chancre il y a?

23 juin 1903, — Pas de syphilide pigmentaire, mais syphi-

lides papuleuses. Cyto-diagnostie. Réaction nette.

Observation XX

Marie B..., 30 ans.

Chancre en septembre 1903. 4 5 juin 1903. — Syphilide pigmentaire, Cyÿto-diagnostic.

Réaction nette.

Observation XXVII

Eugénie T..., 29 ans.

Chancre en août 1902.

Roséole papuleuse très intense.

24 octobre 1903. — Pas de syphilide pigmentaire, Cyto-dia-

gnostic. Réaction nulle.

Qu'indique cette réaction méningée, très fréquemment observée dans la syphilide pigmentaire ? « La

présence d'éléments ‘cellulaires, dit M. Ravaut, en

HD nombre anormal dansle liquiderachidien deces malades, vient nous donner une preuve matérielle dela souffrance des centres nerveux ou de leurs enveloppes alors que la plupart du temps ces altérations ne se manifestent par aucun symptôme constatable cliniquement. »

Or sur 34 malades examinées par lui, ne présentant pas d'accidents, ou seulement atteintes de roséole etde plaques muqueuses, 3 seulement présentaient des réactions nettes du côté du système nerveux. Sur 36 autres malades au contraire, atteintes de syphilides pigmentaires ou papuleuses, 26 présentaient une réaction nette.

«Ilest clair, ajoute-t-il, d’une façon générale, que les syphilitiques présentant des réactions méningées nettes étaient atteintes de manifestations cutanées profondes, intenses, telles que les syphilides papuleuses, ou persistantes comme la syphilide pigmentaire qui mérite une place à part. »

Quelles conclusions peut-on tirer de ces faits ? Ces études sont encore récentes et M. Ravaut pense qu'actuellement, on ne peut que constater le parallélisme de ces deux réactions. « Ce sont deux manifestations différentes de la syphilis, qui frappe ainsi deux systèmes qu'elle affectionne particulièrement : la peau et le système nerveux. L'avenir nous dira s’il est pos-

sible de leur donner une autre signification, »

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