DIAGNOSTIC
Si la nature de la syphilide pigmentaire a été contestée, à un moment donné, nul ne songe plus à le faire, à l'heure actuelle. L'opinion des auteurs est unanime sur ce sujet.
Par son aspect particulier en dentelle, sa localisation si spéciale, elle constitue un signe presque pathognomonique, dont la valeur est considérable.
On a pourtant cité des cas de troubles pigmentaires d’origine gravidique et surtout tuberculeuse, présentant de grandes analogies avec la lésion qui nous -occupe. |
M. Thibierge a présenté à la Société de Dermatologie, le 11 février 1897, un malade âgé de 60 ans, tuberculeux avancé, présentantune pigmentation généralisée. La nuque et les faces latérales du cou, étaient d’un gris intense et parsemées de taches arrondies dont les plus larges avaient un centimètre de diamètre. Le malade avait eu, 36 ans auparavant, plusieurs chancres de la
verge, mais il n'avait eu consécutivement et ne pré-
sentait à ce moment aucune lésion, aueune trace de syphilis.
M. Fournier a observé également, une mélanodermie tuberculeuse, prise pour une syphilide pigmentaire, alors que l'examen et l’interrogatoire montraient que le malade était vierge et sans aucun signe de vérole.
Laurent, dans sa thèse, rapporte un cas analogue ; le malade, âgé de 16 ans, présentait des adénopathies cervicales et une lésion bacillaire du sommet gauche.
Rille et Caspari, ont observé 10 cas où la leucodermie était la conséquence du psoriasis. Ces cas sont. moins surprenants, car la plaque de psoriasis présente des lésions analogues à celles des éruptions spécifiques, qui peuvent aboutir à la formation d’ilots décolorés.
Du reste ces exemples de pseudo-syphilide pigmentaire sont si rares qu’on les compte, et nous nous demandons s’ils présentent bien tous les caractères du collier de Vénus. |
Nous pouvons done considérer avec M. Fournier, la
‘syphilide pigmentaire, comme un véritable certificat d'infection spécifique équivalant à la signature de la vérole sur le cou du malade,
Dès lors, si l’on se rappelle la durée fort longue de cette lésion, comparativement à celle des autres manifestations cutanées de la période secondaire, il est facile de comprendre toute la portée d’un tel stigmate.
La lésion primitive, le chancre infectant, peut passer facilement inaperçue surtout chez la femme, lorsqu’elle est profondément située.Que l’une de ces mala-
des vienne plus tard à présenter des accidents, d’un
diagnostic parfois si embarrassant et l’on comprendra la cruelle perplexité du praticien. Le collier de Vénus, lorsqu'il l'observera, lui permettra d’être beaucoup plus catégorique et d'affirmer qu’il s’agit presque à coup sûr de syphilis.
L'époque de son apparition après la roséole, entre celle ci et les accidents secondo-tertiaires n’est pas moins importante au point de vue médico-légal.
Ainsi que nous l’avons vu plus haut, tous les auteurs sont unanimes à reconnaître que cette lésion est postérieure à la plupart des exanthèmes secondaires, ou du moins qu’elle apparaît pendant leur période de déclin. C’est donc un point de repaire précieux pour reconnaître chez deux malades dont l’infection est avérée, quelle est celle qui parait plus ancienne. Si l’un de ces malades est en pleine éruption roséoliquetandis que le deuxième présente déjà un collier de Vénus, il est à peu près certain pour ne pas dire sûr, que l'infection du deuxième est plus ancienne.
Nous disons à peu près certain, car il est des cas où la syphilide pigmentaire est remarquablement précoce. (1 cas au 3° mois chez l’une de nos malades.)
M. Thibierge cite le cas d’une famille dont l'enfant encore au sein, présentait une superbe roséole. L’infection était manifeste, mais où était la cause du malheur qui frappait les parents encore dans le doute. La question était très embarrassante quand M.:Thibierge, en examinant la nourrice, se trouva en présence d'une belle syphilide pigmentaire. Ses soupçons ne tardèrent
pas à se transformer en certitude.