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SUR L'INSTALLATION DE LA SYPHILIDE PIGMENTAIRE DU COU

Ainsi que nous l’avons déjà vu, deux théories principales se partagent la faveur des Dermatologistes.

Jusqu’à ces dernières années, les auteurs français semblaient avoir adopté à l'unanimité, une même conception de la syphilide pigmentaire, dont ils faisaient une affection primitive. Voici ce qu'en dit M. Fournier, dans son Traité dela syphilis.

« Ce qu'il importe de bien spécifier tout d’abord, c'est qu’elle se développe originairement sous la forme qui lui est propre, c'est qu’elle naît avec la modalité dermatologique qu’elle doit conserver plus tard et indéfiniment. En d’autres termes, elle ne consiste pas, comme certains auteurs l’ont prétendu bien à tort, en une affection pigmentaire consécutive, qui succéderait à une éruption d'autre nature à la façon, par exemple, de ces maculatures noirâtres qui succèdent et survivent à certaines papules sypliülitiques. Non : c’est une affection pigmentaire primitive, une affection pigmentaire

d'emblée, qui naît pigmentaire comme elle doit le rester plus tard. » |

Une théorie rivale ne tarda pas à naître à l'Etranger, car dès 1883 Neisser la faisait déjà succéder sur place à des syphilides maculeuses et papuleuses, la considérant ainsi conime une lésion de transformation. « Au moment où la tache de roséole ou la papule est remplacée par une macule brune, il se développe autour une aire blanche qui gagnant à la fois vers le centre et la périphérie fait disparaître la macule et s'étend d’une façon centrifuge. »

Pillon en 1857, semble l'avoir entrevue, sans être arrivé à s’en faire une conception très nelle. « Après que la roséole a parcouru ses phases, dit-il, après qu’elle a pu exister au cou comme ailleurs, que les syphilides quelles qu'elles soient ont pu disparaître, il reste sur la peau de la région cervicale quelque chose et ce quelque chose peut recevoir le nom de syphilide maculeuse. » Plus loin il ajoute : « La roséole a päli notablement, sa teinte a changé; il existe sur le cou une teinte sombre diffuse mais non continue au milieu de laquelle s'apercoivent des espaces irréguliers bien plus blancs. »

Cette nouvelle théorie a fait depuis, de nombreux adeptes tels que Riehl, Lesser, Haslund, Finger, Poelchen et même en France, elle compte à l'heure actuelle un certain nombre de partisans. Van Buren et Kyes soutiennent aussi qu’elle est quelquefois et peut être toujours consécutive à la roséole. ;

Fox y voit des reliquats, des vestiges d'accidents

spécifiques. « Je désire fixer l'attention sur le fait que, dans ce.cas, l'éruption syphilitique avait été notée comme exceptionnellement abondante sur le cou; queles taches de vitiligo qui succédèrent aux manifestations cutanées antécédentes, roséole et papules, non seulement se manifestèrent sur la région cervicale, mais affectèrent la mème disposition que celles-ci. »

En France un certain nombre de discussions se sont produites à la Société de dermatologie au cours de l’année 1899 et en particulier en décembre, à propos d’un malade de M. Herscher, qui présentait des taches blanches réalisant au cou, grâce à une pigmentation concomitante, l’aspect de la syphilide pigmentaire.

En janvier 1900, M. Herscher présentait un autre malade qui offrait une syphilide pigmentaire dont les îlots décolorés avaient à leur centre des vestiges très nets de l'élément éruptif.

D’après M. Balzer, ces taches claires étaient consécutives à la régression des éléments papuleuxou roséoliques. L’hyperpigmentation juxtaposée, résulterait d’une sorte de’ rejet du pigment à la périphérie. D'ail-

leurs, ajoutait-il, nous ne devons pas nous étonner de

voir des taches claires se former en des points où tout

élément éruptif a passé inaperçu ; les éléments reconnaissables- cliniquement ne nous donnent, en effet, qu'imparfaitement la mesure de ce qu'est en réalité la poussée éruptive, restée certainement invisible, en beaucoup d’autres points.

Une deuxieme discussion eut lieu en mai 1900, à

propos d’un malade de M. Danlos, présentant une

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pigmentation diffuse, généralisée attribuable à une phtiriase ancienne et peut-être à la syphilis. Sur cette pigmentation se détachaient des îlots arrondis, présentant à leur centre une tache noir foncé, que M.Danlos attribuait à la régression de papules ayant probablement existé. :

M. Hallopeau conclut dans le mème sens. D'après lui, la syphilide pigmentaire a pour origine la roséole ou de petites papules : elle est consécutive à des manifestations qui passent le plus souvent inaperçues. Il a du reste, souvent observé la présence de zones achromiques autour des papules syphilitiques, et même des macules colorées au centre des aires non pigmentées dans la syphilide pigmentaire la plus typique. Il attache à cette macule centrale une importance considérable au point de vue de la conception des syphilides pigmentaires étudiées d’une manière générale et plus particulièrement dans leurs manifestations cervicales.

Telest aussi l’avis de Barcat dans sa thèse de 1901 et celui de Hulleu dans sa communication à la Société de Dermatologie de 1903.

MM. Gaucher et Milian, dans les Annales de Dermatologie, citent le cas d’un homme de 35 ans, syphilitique depuis six mois, atteint de syphilide pigmentaire consécutive à une roséole circinée dont ils ont suivi l’évolution. Chez ce malade, la pigmentation apparut au niveau des cercles érythémateux dont le centre restait normal ou même devenait légèrement achromique.

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Un deuxième malade agé de 39 ans, présentait des ilots leucodermiques consécutifs à des papules, mais sans mélanodermie périphérique ; l’un de ces ilots est couvert de poils dont la décoloration est complète.

En mars 1903, ils publient l'observation d’une femme À de 16 ans,enceinte de # mois, et présentant sur plusieurs E régions du corps, surtout au niveau de l’abdomen, une pigmentation diffuse jaune brunâtre, sur laquelle se détachent une multitude de taches blanches arrondies.

Il existait dans la zone périgénitale, de nombreuses papules de teinte jambonnée, presque toutes entourées Ë d’un anneau de dépigmentation. « Ilest évident, à la 1 disposition respective de ces éléments, que c’est la présence des papules qui commande la dépigmentation. » « Ces faits, coneluent-ils, sont intéressants à rapporter comme contribution à lPétude pathogénique des leucodermies, car ils montrent que s’il y a desleucodermies dues à des causes générales, il y en a cerlainement aussi qui sont dues à des causes locales. »

Petresco, élève de M. Fournier, avance timidement que la syphilide pigmentaire est le vestige d’une éruption avortée, et Klein en 1903 tout en exeluant la roséole, admet qu’il se forme autour des papules un cercle blane qui les cerne et finit par se substituer à elles. Ce sont tout autant de concessions qui semblent bien indiquer que l’opinion de MM. Balzer et Hallopeau gagne du terrain. | Depuis le mois d'octobre 1903, époque à laquelle

nous avons commencé ce travail dans le: service de

ER ir

M. Thibierge, nous avons vu défiler sous nos yeux un

nombre respectable de malades. Nous avons examiné avec soin, jour par jour pour ainsi dire, toutes les femmes présentant une éruption spécifique quelconque, concentrant tout, particulièrement notre attention sur

la région cervicale.

Chaque fois que nous rencontrions un exanthème syphilitique à ce niveau, nous prenions une note détaillée de son aspect, que nous complétions à mesure que les lésions évoluaient. Pour plus de rigueur scientifique . nous avons pris, un certain nombre de calques aussi exacts que possible, sur lesquels nous avons dessiné l’éruption, ce qui nous a permis de comparer une fois celle-ci disparue, l'aspect de la région à ce dernier moment avec celui qu’elle avait au début.

Ce qui nous a frappé, comme nos devanciers dans ces recherches particulières, MM. Hulleu et Barcat, c'est l’analogie des deux tableaux successifs que nous avions sous les yeux: d’une part la roséole à cereles rouges entourés de peau blanche, et de l’autre, la syphilide pigmentaire à ilots blancs cernés par un réseau foncé. Aussi a-t-on pu dire à juste titre qu'ils étaient l’un à l’autre, comme l'épreuve positive photo-

graphique est à son cliché négatif (Hulleu).

I nous était dès lors permis de penser que les ilots clairs pourraient bien n’ètre que des reliquats de roséole et d’éruptions secondaires. Cette hypothèse diffère, semble-t-il de celle que combat le professeur Fournier,

d’après laquelle les tractus bruns viendraient se subs-

LS

tituer ën situ à des syphilides et se rapproche de celle de Leser et Haslund.

Nous avons donc poursuivi nos recherches de ce côté,

et voici ce que nous avons pu observer journellement

pendant notre long séjour à l'hôpital Broca.

Dans la grande majorité des cas que nous publions

plus loin, lorsque la roséole apparait au niveau du

cou, celui-ci présente un aspect normalau point de vue de sa coloration.

L’éruption débute donc sur une région exempte de

toute pigmentation anormale. Très légères tout d’abord,

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