II. — Manifestations muqueuses
Les altérations des muqueuses occupent une place considérable de la syphilis héréditaire précoce. Très souventelles sont l'expression primitive de la diathèse syphihitique. De toutes ces manifestations, le coryza est la plus constante et la plus caractéristique. ‘
1° Coryza. — Le coryza est un accident très précoce, survenant généralement près de la naissance. C’est un symptôme des plus constants de l’hérédo-syphilis précoce et il existe rarement sans aucune autre manifestation.
Diday pense que cet accident lient aux plaques muqueuses développées sur la membrane de Schneider, qui, en s’ulcérant, donne lieu à un écoulement purulent. Cet écoulement se concrèle et l'enchifrènement commence, qui cause une grande gêne à la respiration, surtout quand le petit malade tette.Les efforts nécessaires à l’enfant pour faire passer l'air à travers les fosses nasales, amènent souvent une rupture des petils vaisseaux et l'écoulement devient très vite sanieux , puriforme, strié de sang où même sanguinolent. Cet écoulement ne tarde pas à se concréter en croûtes jaunes ou verdâtres qui obstruent les narines des deux côtés. [Il est à remarquer que dans le coryza spécilique les deux narines se prennent simultanément.
Le coryza syphilitique est très tenace, et c’est une des dernières manifestations à disparaître. Il finit par atteindre le périoste, les cartilages et enfin les os. Les eroûtes enlevées se reproduisent avec une rapidité étonnante ; la pituitaire détruite
ns À es laisse les os à nu, qui s’altèrent à leur tour. En même temps le nez S'aplatit, la partie supérieure s'étale en donnant au visage un aspect caractéristique.
L'atrésie narinaire a été souvent observée par Sevestre à la suite d'un coryza spécifique. La peau, au niveau des orifices
des narines, est plus tendue, comme altérée à . l’intérieur et les orifices sont plus étroits. Les narines semblent rétractées en dedans, par suite de cette modification de la peau.
OBsERvATION [IT (Personnelle)
(Recueillie dans le service de M. le profeseur Baumel.)
E. H.., âgé de trois mois, entré à l'hôpital le 5 juin 1901, dans le service clinique des maladies des enfants, de M. le professeur Baumel. L
Antécédents héréditaires. — La mère a contracté la syphilis, il y a trois ans, sans avoir subi aucun traitement. Depuis deux ans elle n'a présenté aucun accident. Elle n’a jamais fait de fausses couches. Le petit E.., est son second enfant. Elle a eu une première grossesse terminée par la naissance d’une fillette qui présenta des manifestations spécifiques, plus tard, et qui a contaminé sa nourrice, la mère ne pouvant pas l’allaiter à cause de faiblesse.
Antécédents personnels. — Né à terme et ne présentant alors aucune lésion apparente, il a été toujours très chélif. Depuis trois semaines il est atteint d'un coryza qui l'empêche de téter. Les fesses présentent de petites ulcérations depuis quinze jours seulement, qui, ces derniers temps, ont envahi la cuisse droite. Sur les membres inférieurs, en particulier sur la jambe droite, on trouve des syphilides maculeuses très caractéristiques.
Plaques muqueuses aux deux commissures labiales et une belle fissure médiane sur la lèvre inférieure.
Le testicule gauche, indolore à la pression, est augmenté de volume. Il a presque le volume d'un testicule d'adulte. L’épididyme et
AO en le testicule forment une masse unique arrondie, dure, très dense, sans inégalités à sa surface. Le testicule droit a un volume normal.
Traitement : Liqueur de Van Swieten, 20 gouttes Eau distillée. . . . 20 grammes
À prendre une cuillerée à café toutes les six heures, immédiatement avant chaque tétée.
8 juin. — L'enfant est très faible et prend difficilement le sein. La mère perd l'espoir de sauver son enfant et, malgré tous les avertissements, elle quitte l'hôpital
27 juin. — Nous sommes allé voir en ville le petit malade, que nous avons trouvé un peu amélioré par le traitement : amélioration des plaques muqueuses buccales, La fissure labiale de la lèvre inférieure a complètement disparu, mais elle a laissé à sa suite une cicatrice facilement reconnaissable. Etat général très mauvais.
Même traitement.
8 juillet. — Depuis le 5, on a apporté le petit malade à la montagne, qui a ainsi échappé à notre surveillance.
Nous avons appris que l'état général de l'enfant n'a pas changé.
2° LES FISSURES SYPHILITIQUES s’observent quatre fois sur cinq. Elles ont été parfaitement décrites par Sevestre. Elles constituent un des foyers les plus actifs de la contagion syphilitique ; c'est le mode aussi le plus commun. D'après la place qu'elles occupent, ces fissures peuvent être divisées en :
a) Fissures labiales,
b) — conjonclivales, ) — ano-génitales.
a) Fissures labiales. — Dans la grande majorité des eas,
ces fissures sont la conséquence du coryza ou bien se développent en même temps que lui. Les fissures les plus fréquentes et les plus caractéristiques sont :
nos
æ Commissurales, B médianes, y dispersées.
Les fissures labiales commissurales sont profondes, larges et entourées d'un bourrelet saillant, le plus souvent grisâtre, qui circonscrit une surface suintante.
Les fissures labiales médianes peuvent siéger sur les deux lèvres, mais elles s’observent principalement sur la lèvre supérieure, à droite et à gauche du lobule médian. Elles respectent la peau et ne dépassent jamais le chorion muqueux. A la lèvre inférieure, la fissure est unique et se trouve juste au milieu. Elle est peu caractéristique. D’après Parrot, les deux fissures médianes de la lèvre supérieure sont un signe à peu près certain de la syphilis, alors même que l’examen le plus altentif ne relève aucune autre manifestation.
Les fissures labiales dispersées sont disposées d’arrière en avant, et, comme les précédentes, elles gênent la succion et sont très douloureuses, non seulement pendant leur période d'état, mais encore au moment de leur guérison, car elles se froncent et tiraillent les parties voisines. Elles laissent à leur suite des cicatrices pathognomoniques d’une grande importance, et qui constituent un des stigmates de la syphilis héréditaire tardive.
b) Fissures conjonctivales. — Plus rares et moins profondes que les premières; elles siègent aux angles dés paupières. Généralement ces fissures s’accompagneut de conjonctivites, de kératites, d’ophtalmies purulentes.
c) Fissures ano-génitales. — Ces accidents syphilitiques présentent les fissures les moins fréquentes. Elles siègent quelquefois sur le serotum, au niveau de la fourchette. Elles
pr A sont analogues à celles des lèvres que nous venons de décrire Autour de l'anus ces fissures offrent l’apect radié.
Résumé :
a) Commissurales.
1° Fissures labiales. b) Médianes.
Fissures c) Dispersées.
/ syphilitiques \ 2 Fissures conjonctivales.
a) Scrotales.
3° Fiss. ano-génitales. b) Anales.
OBsERvATION IV
(Personnelle)
Recueillie dans le service de M. le professeur Baumel
G. C..., âgé de 3 mois, né à Béziers le 25 avril 1901, est enfant assisté à Montpellier, n°.…., fils naturel de G. J..., entre à la clinique des maladies des enfants, dans le service de M. le professeur Baumel, le 15 mai 1901.
Antécédents héréditaires. — La mère du jeune malade nous dit avoir toujours joui d'une parfaite santé. D'une voix voilée, elle accuse de la céphalée nocturne et a présenté, il y a dix mois, une éruption sur le corps qui a disparu au bout de peu de temps. Pas le moindre aveu au point de vue spécifique. Quant au père, la mère nous déclare qu'il serait bien portant.
Examen du malade le 12 mai.
L'enfant est maigre, chétif, pâle et présente sur le corps un grand nombre de taches jaunâtres cuivrées,résultat de cicatrices d’anciennes ulcérations. L'orifice des narines est obstrué en partie par des croûtes noirâtres de sang desséché, détruites à chaque instant, et aussitôt reformées. La respiration est gênée, sifflante, embarrassée par le nez, et la succion est difficile, quelquefois impossible. La
LE
on © 19 D
commissure labiale gauche présente une fissure large, béante d'un fond suintant. Les bords sont boursouflés et rouges. Sur la lèvre supérieure, on voit deux fissures symétriquement disposées par rapport à la saillie médiane. La lèvre inférieure présente à droite une légère fissure et trois cicatrices très apparentes.
Sur la voûte palatine, nous constatons quelques légères ulcérations peu profondes ayant l'aspect des plaques muqueuses. Il nous est cependant difficile de nous prononcer sur la nature de ces lésions, étant donné la cachexie avancée du petit malade; mais elles sont très probablement de nature spécifique.
Les membres inférieurs sont fléchis et la contracture est plus prononcée à gauche. La contracture des membres supérieurs est moindre.
Autour de l'anus, on voit quelques petites ulcérations elliptiques ayant l'aspect de plaques muqueuses.
A la partie inférieure et interne du tibia droit, on remarque quelques cicatrices qu'on nous déclare avoir été des ulcérations venues les premières en date après la naissance de l'enfant.
Le talon droit présente une éruption de papules qui s’annoncent par des macules grisätres qui mettent deux jours à se soulever. Elles se remplissent d’un liquide jaunâtre et crèvent en quelques jours en laissant à leur place des taches rouges faciles à reconnaître. J'en ai compté ainsi plus d'une dizaine.
L'enfant est soumis à des frictions d'onguent napolitain dès son entrée à l’hôpital. On lui donne XX gouttes de liqueur de Van Swieten avec 20 grammes d'eau, en quatre fois, dans du lait sucré, toutes les six heures.
Le ? juin, l'enfant a diminué de 180 grammes en dix jours. La contracture des membres supérieurs a disparu complètement, mais celle des membres inférieurs persiste, quoique diminuée. On remarque à peine quelques croûtes au niveau du nez.Les ulcérations de l’anus n'ont point changé.
3. — Amélioration légère sous l'influence du traitement. Poussée actuelle de miliaire.
5, — Depuis hier soir, le petit malade est en proie à une vive agitation. Îl tousse, a de la dyspnée; sa température est montée à 39. Le pouls est petit, rapide.
A la percussion, on trouve à droite une matité complète avec augmentation des vibrations perçues, pendant que l'enfant pleure. À gauche, légère submatité.
A l’auscultation, à droite, respiration obscure. Râles sous-crépitants fins, avec un souffle léger. Rien de particulier à gauche.
M. le professeur Baumel a posé le diagnostic de broncho-pneumonie et a prescrit des cataplasmes de farine de lin saupoudrés de farine de moutarde.
7. — T.:39°3. Dyspnée forte. Toux. Râles sous-crépitants disséminés. On met un vésicatoire à droite.
9. — A la visite, nous apprenons que le vésicatoire n'a pas pris. T.: 393. P. : 140. Les lèvres du petit malade'sont cyanosées.