DATES
Au niveau de la jambe droite, on note la cicatrice d’une plaie ayant porté sur la face externe du péroné, à un travers de main au-dessus de la malléole externe. Il existe là des lésions pigmentaires et leucodermiques d'aspect curieux. On est frappé de la douleur persistante dont le péroné est le siège : elle est spontanée, avec des paroxysmes aigus à type ostéocope; elle se. manifeste même au repos, principalement pendant la nuit et gêne le sommeil. A la pression, elle est tellement vive qu’elle rappelle celle d’une fracture. La pulpe du doigt promenée à ce niveau donne une impression raboteuse et inégale ; on note une tuméfaction importante et irrégulière du péroné.
L'examen viscéral ne révèle aucun signe pathologique. Celui du système nerveux montre des réflexes pupillaires normaux; les réflexes rotuliens existent, mais les achilléens sont irréguliers, parfois abolis; les réflexes mérdo-plantaires sont abolis.
La réaction de Wassermann est négative.
Une radiographie de la jambe droite pratiquée, on voit des lésions du péroné que l’examen clinique n’avait pas permis de supposer aussi importantes. Sur presque toute la hauteur du péroné, on note d’énormes lésions d’ostéo-périostite, donnant à l’os un aspect renflé très net; son épaisseur est double de celle qu’il présente dans sa partie supérieure restée saine. Ses bords sont changés en des lignes sinueuses à incurvations multiples. Sur toute la longueur de ce renflement le canal médullaire se voit mal, par places il est complètement opaque; dans toute cette région existent des alternatives de condensation et de raréfaction du tissu osseux. Le tibia ne présente aucune modification.
Devant l'importance de ces lésions osseuses et leur aspect, devant l’existence de lésions pigmentaires et purpuriques et de cette douleur si particulière au niveau de ces régions anciennement traumatisées, on songe à
une infection générale pouvant seule expliquer ces manifestations disproportionnées avec l'accident inital. Les perturbations des réflexes achilléens et médio-plantaires confirment encore cette hypothèse.
Un traitement antisyphilitique est institué : six injections de novarsenobenzal. Une nouvelle réaction de Wassermann est encore négative. Les résultats de cette thérapeutique furent extrêmement nets; le 25 décembre, 2 jours avant la sortie du malade, le Docteur Favre faisait noter : :
Sous l'influence du traitement, les lésions périostiques douloureuses du péroné droit, qui ne pouvaient supporter aucun contact, sont devenues absolument . indolores et la tuméfaction à surface inégale qu’elles formaient, a nettement diminué. Il faut insister encore sur les lésions leucodermiques et pigmentées qui se sont développées au niveau de l’éraflure tégumentaire et à distance d'elle. Quant aux lésions cutanées de la jambe gauche, ïil s’agit certainement d’une poussée d’angiodermite pigmentée et purpurique qui sous l’influence du traitement interne et des topiques locaux, a rétrocédé.
Le 27 décembre, le malade quitte le service, guéri et reprend son travail. Il est revu le 23 mai 1927 à l’occasion d’une légère récidive de la lésion tégumentaire de la jambe gauche. Au niveau de la jambe droite, la palpation est absolument indolore et ne révèle plus de tuméfaction osseuse; le malade déclare ne plus avoir ressenti de phénomènes douloureux.