IV. — Lésions articulaires syphilitiques post-traumatiques
Ces lésions ont été signalées par Broca à la Société de Médecine légale, en octobre 1921, sous le nom d’arthrites syphilo-traumatiques. L'auteur estime que les traumatismes provoquent assez fréquemment, chez des syphilitiques, des manifestations articulaires spécifiques et en rapporte 9 observations, la plupart recueillies pendant la guerre. Il s’agit, dans un de ces cas, d’une pseudo tumeur blanche de l’articulation tibio-tarsienne; dans les 8 autres, d’hydarthroses du genou. Le diagnostic de la nature syphilitique de ces lésions est, en l’absence de signes locaux spécifiques, fait uniquement sur la positivité de la réaction de Wassermann et sur le résultat du traitement d’épreuve. |
Aussi, M. CI. Simon, dans son étude sur la Syphilis post-traumatique, considère-t-il ces observations comme discutables, d'autant plus facilement qu'il n’a pas trouvé, dans la littérature, de cas analogues. L'existence d’arthrites syphilitiques apparaissant après des traumatismes, serait donc encore à démontrer.
Récemment, G. et R. Sorel ont étudié dans les Annales de Médecine légale (novembre 1926), les rapports entre le traumatisme et l’apparition d’arthrites syphilitiques, en envisageant surtout la ques-
tion au point de vue des accidents du travail. Ces auteurs concluent nettement en faveur de l’existence de localisations articulaires de la syphili$ à l’occasion d’un traumatisme et à l’appui de leur affirmation, apportent deux observations personnelles et en signalent deux autres publiées par Morel-Bouhouse et Coutela. Nous rapporterons cette dernière, car elle nous semble la plus caractéristique :
Arthrite syphilitique traumatique (Coutela). — « Une jeune fille d’une douzaine d’années tombe dans les allées d’un jardin public : plaie superficielle de la région pré-rotulienne. Donc traumatisme indubitable. Cette plaie se complique d’hydarthrose du genou. |
« Les téguments se cicatrisent rapidement, mais l’hydartrose. persiste. On pense à la tuberculose et on immobilise l'enfant dans un appareil plâtré. Trois mois après, je suis appelé pour des troubles oculaires; je constate une kératite interstitielle typique et je parle d’hérédo-syphilis. On pratique un examen du sang : résultats positifs. On institue un traitement énergique et tout rentre dans l’ordre.
« Une telle observation se passe de commentaires; elle a la valeur d’une expérience et démontre la réalité indiscutable des localisations articulaires de la syphilis à l’occasion d’un traumatisme. »
La réalité de telles lésions articulaires, grâce à ces faits, paraît donc établie. On peut cependant objecter que ce sont, de toutes les manifestations syphilitiques post-traumatiques, celles qui sont les plus
rarement observées, bien que les articulations soient
Eu se
exposées à des traumatismes fréquents, au même titre que les os et les téguments.
Cet argument n’est cependant pas sans réponse : il faut remarquer que dans presque tous les cas publiés, il s’agit de phénomènes articulaires se présentant cliniquement sous forme d’hydarthroses. Or i! existe en pathologie toute une catégorie de lésions articulaires dites traumatiques et l’on peut très bien recercher les causes de la rareté d'apparition d’arthrites syphilitiques post-traumatiques dans le seul fait qu’en présence de semblables lésions, surtout à forme hydarthrosique, on ait trop souvent tendance à se borner de les qualifier de traumatiques, sans chercher plus loin leur nature réelle et cela d’autant plus facilement qu’il n’existe pas la plupart du temps, de signes locaux permettant de songer à l’infection spécifique.
En terminant l'exposé de ce groupe de lésions, signalons que l'apparition d’arthropathies tabétiques est parfois observée après des traumatismes. Certains veulent en faire de véritables manifestations syphilitiques post-traumatiques ; mais en réalité les arthropathies tahétiques apparaissent le plus fréquemment de façon spontanée et nous ne croyons pas devoir, d’une manière générale, les ranger dans
le cadre de notre étude.