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CHAPITRE V

Données pratiques

Dans ce court chapitre, nous nous proposons, en terminant cette étude, d'exposer sommairement ce qui doit rester, au point de vue pratique, de la question de la Syphilis post-traumatique. Nous aborderons également quelques éléments du diagnostic, sans vouloir envisager d’une façon complète tout le diagnostic différentiel des manifestations syphilitiques post-traumatiques; elles sont d’ailleurs au point de vue clinique, semblables aux lésions de même nature à apparition spontanée et nous ne pourrions apporter aucun élément nouveau sur ce sujet.

Toutes les observations publiées présentent entre elles certains caractères d’analogie et peuvent se résumer de la façon suivante :

Traumatisme d'intensité variable chez un syphilitique dont la plupart du temps, l’infection est ignorée ou méconnue. Secondairement, après une période

plus où moins longue, évolution anormale des lésions produites et apparition à leur niveau de manifestations diverses, disproportionnées, non en rapport avec le traumatisme initial. La nature syphilitique de ces accidents est en général difficile à reconnaître et ce n’est que devant l’échec des thérapeutiques habituelles, tous les auteurs insistent sur ce point, que l’on cherche si un autre facteur ne viendrait pas modifier les conditions de la guérison.

La notion confirmée de la Syphilis post-traumatique, conduit donc, en face de l’évolution anormale de lésions traumatiques tégumentaires, osseuses ou articulaires, à la nécessité de pratiquer un examen minutieux et complet afin de rechercher si une infection, parfois très ancienne, héréditaire même, ne serait pas la cause réelle de ces phénomènes, le traumatisme n’ayant là qu’une influence provocatrice, localisatrice.

L'aspect des lésions tégumentaires, leur évolution, les phénomènes douloureux spontanés, à prédomi nance nocturne, permettront parfois à eux seuls de faire songer à la syphilis. Nous avons montré combien étaient fréquentes les lésions osseuses sousjacentes aux manifestations cutanées traumatiques; leur importance et leurs caractères échappent souvent au simple examen clinique et la radiographie apporte alors un élément précieux du diagnostic, en montrant des périostites et des ostéites absolument caractéristiques dépassant parfois largement l’étendue de la région traumatisée. L'apparition souvent précoce, d’une dermite pigmentée et purpurique et de

lésions leucodermiques, est encore un témoignage certain de l'infection syphilitique.

L'examen général enfin permet parfois de déceler au niveau d’autres appareils, des symptômes d’une atteinte spécifique. Nous ne pouvons évidemment les passer tous en revue, mais nous signalerons particulièrement les modifications (diminution ou abolition) de certains réflexes tendineux ou du réflexe photomoteur, qui ont contribué au diagnostic dans deux des observations du Docteur Favre.

Les réactions sérologiques peuvent être d’un grand secours à cet examen clinique; il ne convient cependant pas de leur attacher un caractère de certitude absolue et d'éliminer aussitôt la syphilis devant une réaction de Wassermann négative. Souvent il s’agit d’une syphilis héréditaire ou d’une syphilis ancienne parvenue à la période tertiaire après une évolution discrète et on sait combien dans ces cas, le contrôle apporté au diagnostic par la réaction de Wassermann est de valeur incertaine.

Dans un grand nombre de cas, on se trouve en présence d’une syphilis acquise ou héréditaire, ignorée du malade et les antécédents ne donnent souvent pas les résultats attendus. Leur recherche, particulièrement au point de vue familial, est cependant importante et nous rappelons que dans une des observations de M. le Professeur Agrégé Favre, ce sont les lésions syphilitiques nasales de la femme du malade, ainsi que la notion de deux fausses couches et de deux enfants morts en bas âge, qui attirè-

rent l'attention. Dans une autre observation, c’est

l'existence d’un tabes chez le père qui souleva la question d’une imprégnation spécifique chez le fils.

Enfin l'épreuve du traitement antisyphilitique viendra sanctionner, par ses merveilleux résultats, la découverte de la nature réelle de ces lésions traumatiques : évoluant souvent depuis des mois, résistant aux thérapeutiques habituelles, elles pourront guérir très rapidement en quelques semaines.

Certains auteurs, mettant en pratique ces notions nouvelles, traitent d'emblée par la médication antisyphilitique, tous les malades porteurs de lésions {raumatiques à évolution anormale, alors même que l'examen clinique ne leur révèle aucun signe de syphilis. Au cours de la guerre, Chaput fut un des premiers à agir de cette manière. « Malgré la fréquence extrême des syphilis diagnostiquées, écrivaitil, nous méconnaissons cette maladie dans un nombre considérable de cas. J’ai l'habitude d’essayer le traitement spécifique pour toutes les tumeurs inopérables et quelquefois pour celles qui sont opérables; je l’essaie aussi pour les arthrites chroniques suppurées ou non, et surtout pour toutes les plaies et ulcérations rebelles. » (Journ. de Méd. et Chir. pratiques, 10 juillet 1916, p. 506).

L'idée n’est certes pas nouvelle et on la retrouve chez les anciens chirurgiens, pénétrés de l'influence des maladies constitutionnelles et des états diathésiques sur la guérison des plaies. Jean-Louis Petit, à ce propos, s’explimait ainsi : « J’ai vu périr dans les hôpitaux un grand nombre de blessés qui seraient guéris si, au lieu de les noyer d’apozèmes ou de les

brûler avec des cordiaux, on s'était avisé de leur faire des frictions mercurielles dont ils avaient besoin. >» (Œuvres de Chirurgie, parues en 1774, T. I, p. 127).

Pourquoi ces notions anciennes, reprises plus près de nous par Verneuil, puis par Fournier, n’acquirent-elles que tout récemment l’importance qu’elles méritaient ? Nous ne saurions guère l'expliquer. Mais en terminant, nous estimons que c’est dans ces résultats thérapeutiques qu’il faut rechercher l’aboutissant pratique de toute cette question, un moment si controversée. La notion de l’existence des manifestations syphilitiques post-traumatiques, que nous avons cherché, après bien d’autres, à démontrer surtout par des faits cliniques, mérite de devenir une acquisition définitive en Syphiligraphie et permettra par la suite d’obtenir la guérison de ces lésions, irréalisable sans la connaissance de leur nature

réelle.

Conclusions

I. — Le traumatisme peut indiscutablement provoquer, chez des sujets syphilitiques, l’apparition de manifestations spécifiques en son point d’application : ces lésions constituent la Syphilis post-traumatique. Le terme traumatique doit être entendu au sens de traumatisme externe dans toutes ses modalités.

IT. — Les localisations les plus fréquentes s’observent au niveau des téguments et des os atteints par l'agent vulnérant, plus rarement au niveau des articulations.

IT. — Les manifestations cliniques de Ia Syphilis post-traumatique sont des plus variées; elles appartiennent en général au type tertiaire de l'infection et peuvent être groupées de la facon suivante :

1° Les syphilides post-traumatiques cutanées, le plus souvent ulcéreuses ou gommeuses, plus rare-

ment tuberculeuses ou tuberculo-squameuses;

2° Les lésions osseuses syphilitiques post-trauma-

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