‹ Contribution à l'étude de la syphilis primaire et secondaire du col utérinChapitre 9 sur 19 · PATHOGENIE nb · texte numérisé non relu

PATHOGENIE nb

Une statistique de Fournier qui porte sur 249 cas de chancres syphilitiques observés au niveau des organes génitaux féminins, montre qu'après la vulve, siège de beaucoup le plus fréquent, c’est le col de l'utérus qui est le plus souvent intéressé. Le vagin ne l’est qu’exceptionnellement, alors qu’a priori on serait en droit de supposer le contraire. Car la muqueuse vaginale n’est ni moins exposée à la contamination ni moins sujette aux effractions traumatiques et pathologiques. Sauf dans le cas d’un chancre du méat ou de la partie toute antérieure du penis, il est impossible que l’accident de l'appareil génital mâle puisse venir en contact avec le col utérin. Or, le chancre du méat est fort

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rare, et il y a des cas où l’on a pu suivre le processus de contagion sans que l’argument du contact direct puisse être invoqué. Un chancere de la rainure balano-préputiale, par exemple, ne peut s’inoculer directement sur le col, et cependant les deux lésions peuvent découler l’une de lautre (obs. XVII). Le virus étant introduit dans la cavité vaginale, quelles raisons l’attirent donc de préférence vers le col ? Fournier explique l’immunité du vagin par «la résistance de la muqueuse vaginale, laquelle est formée d’un tissu conjonctif très dense, très riche en fibres élastiques, et doublée, en outre, d’un épithélium très épais.» Il est logique de penser, en effet, que l’extensibilité des parois vaginales, renforcées par une couche musculaire importante permet à la muqueuse de se dérober aux traumatismes et d’éviter les éraillures et les excoriations.

Mais la question est d'importance et mérite d’être envisagée à un point de vue plus général. Le vagin n’est pas la seule cavité naturelle où l’on observe des phénomènes semblables. Prenons l’exemple de la cavité buccale : le chancre de l’amygdale est d’une très grande fréquence, et personne ne croit plus aujourd’hui qu’un contact direct entre un objet contaminé et l’amygdale soit indispensable pour provoquer un accident primaire sur cet organe. La thèse de Raguenaud (1921) explique cette localisation par l’anatomie de l’amygdale : « Elle est située au point le plus rétréci faisant communiquer les cavités buccale et pharyngée; elle a un aspect tomenteux et contient de nombreuses cryptes… Les saillies, les plis de sa surface et les cryptes inclus dans son épaisseur favoriseront le ralentissement et la stagnation de la salive, dans laquelle pullulent une si grande quantité de germes microbiens,. »

On peut établir, à ce point de vue, un parallèle entre le chancre du col utérin et celui de l’amygdale. Là aussi le tréponème choisit son terrain. Sans invoquer une analogie exacte de structure, on peut cependant faire état de l’existence de glandes dans la muqueuse du col, alors que le

-vagin en est dépourvu. Quant à la présence de cryptes intervenant, d’après Raguenaud, pour retenir la salive, elle est rendue inutile dans le cas particulier, par la déclivité naturelle du vagin dans le décubitus dorsal, qui suffit à assurer une stagnation virulente dans les culs-de-sac, où le tréponème trouve d'autre part une température constante, une protection contre les causes d’irritation extérieure, conditions éminemment favorables à son développement.

En dehors de ces raisons anatomiques, il convient aussi de faire appel à des causes pathologiques : le chancre se développe fréquemment sur une érosion préexistante, fait dont on peut se rendre compte dans quelques planches de l'Atlas d’'Oppenheim. Ces érosions ne sont pas chose rare au niveau du col, qu’il s'agisse de manifestations de métrite cervicale avec ulcération banale ou gonococcique, ou, plus rarement, de vésicules d’herpès ulcérées.

Cette fréquence de la blennorragie antérieure, retrouvée dans presque toutes nos observations, semble indiquer que la première infection a «fait le lit» de la seconde, à moins qu’il ne s'agisse d’une coïncidence singulièrement répétée; nous penchons plutôt en faveur de la première explication.

Pour épuiser le sujet des causes prédisposantes, il convient aussi d'envisager les relations du chancre du col avec la grossesse; la multiparité, en maltraitant le col utérin, en y produisant des déchirures, des lacérations, peut jouer un rôle d’appel indéniable. Enfin, il n’est pas rare de voir le chancre se développer pendant la grossesse ellemême : la littérature obstétricale en renferme de nombreux exemples (cas de Fasola, Cioja, Rudeaux, Remy, Auvard, Ferouelle, etc.). Fournier mentionne que la mollesse du col pendant la gestation et même pendant la menstruation constitue un facteur prédisposant d’une certaine importance. Si l’on a pu dire que la grossesse est une complication de la vérole, il est juste d’établir la réciprocité et de

dire que la vérole devient, dans ces ças, une complication de la grossesse.

En résumé, le bilan de toutes ces causes qui favorisent l'implantation du tréponème sur la muqueuse cervicale vient fournir un nouvel argument en faveur de Ia fréquence des lésions syphilitiques du col utérin : rarement constaté, souvent ignoré sans doute, le chancre doit à sa présence sur le col quelques caractères qui justifient une brève étude | chnique.

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