‹ Contribution à l'Étude de la Syphilis PulmonaireChapitre 14 sur 20 · OBSERVATION N · texte numérisé non relu

OBSERVATION N

O. M. âgé de 36 ans, facteur des P. T. T., entré à Bicêtre dans le service de M. le Professeur Moreau, le 25 mars 1938.

Cet homme, originaire de la Guadeloupe, ne peut donner aucun renseignement sur son hérédité. Il n’a jamais connu ses parents et ne sait pas s’il eut des frères et sœurs. À la Guadeloupe, il était ouvrier typographe. Depuis qu’il est en France, c’està-dire depuis sept ans, il exerce la profession de facteur des P. T. T. Il a une fille de 14 ans, qui réside à la Guadeloupe et qui est, dit-il, en bonne santé. Il s’est marié en France voici un an à une Guadeloupéenne dont il n’a pas d’enfant.

Comme antécédents pathologiques, il nous signale que, à l’âge de dix-sept ans, à la suite d’un traumatisme très minime de la face antérieure des deux jambes, à l’union du tiers moyen et du tiers inférieur, apparurent des plaies qui auraient été des plaies saignantes et sphacélées pour lesquelles il ne consulta aucun médecin, mais qu’il soigna' à la mode du pays, en particulier par l’application d’un sou de cuivre sur ses plaies. Il dut garder le lit pendant huit ou 10 mois, mais les plaies persistèrent bien au-delà de ce temps, surtout au niveau

Étiare

de la jambe droite. La guérison ne fut totale qu’au bout de dix-huit mois ou deux ans.

À Pâge de 25 ou 26 ans, il présenta une maladie éruptive vésiculeuse qu’à la Guadeloupe on appelle, nous dit-il, « banglin » et qui paraît bien avoir été la variole.

En 1922 et en 1927, il se souvient avoir ressenti de très vives douleurs dans ses deux jambes, là où siégeaient ses anciennes plaies.

Au point de vue pulmonaire, aucun antécédent pathologique.

Ce n’est qu’en décembre 1937 qu’il commença à se sentir fatigué en même temps qu’il commençait à tousser, à expectorer, que son appétit diminuait, qu'il perdait du poids et qu’il était incommodé la nuit par d’abondantes sueurs.

Jusqu’en février 1938, la situation s’aggrave lentement. Au début de ce mois, ses crachats, qui jusque-là étaient muco-purulents, prennent un aspect hémoptoïque; ils sont striés de filéts de sang et même, le 14 mars, il fait une petite hémoptysie de sang pur de 200 grammes environ, suivie de plusieurs autres dans les jours qui suivent.

Son médecin, pensant à une tuberculose pulmonaire, lé fait hospitaliser le 25 mars.

Nous sommes alors en présence d’un homme de grande taille, d’un type nettement exotique, dont

la peau, assez fortement pigmentée, est parsemée de cicatrices ou cupules du diamètre d’une petite lentille, dont le fond, sans être blanc, est cepen- . dant plus clair que les régions intactes des téguments. Selon toute vraisemblance il s’agit bien de cicatrices de variole.

__ Ala face antérieure des deux jambes, à l’union :du tiers moyen et du tiers inférieur, on observe des cicatrices longues de 4 cm., larges de 2 Cm; la peau, à leur niveau, est plus fortement pigmentée. La palpation nous montre qu’elles sont adhérentes aux tibias. On perçoit sous les cicatrices une hyperostose de ces deux os, hyperostose peu saillante donnant l’impression d’un élargissement en masse des diaphyses; la surface en est légèrement: bosselée et irrégulière. Ceci, joint à la manière dont ces lésions ont évolué, il est légitime de penser que les douleurs ressenties en 1922 et 1927 par le malade étaient des douleurs ostéocopes, et il s’agit sans aucun doute de séquelles laissées par üne osiéopériostite hyperostosante d’origine syphilitique des deux tibias.

L'état général de M. O. M. est fort médiocre à son arrivée dans le service.

Sa température vespérale est de 39°8; il est asthénié et amaigri.

Ilest dyspnéique, présente une toux presque’in-

cessante, empêchant tout sommeil et ramenant une: expectoration abondante fortement teintée de sang.

Dans les deux champs pulmonaires, on: entend des râles abondants, de toutes intensités, extrêmement disséminés.

La diurèse journalière est inférieure à un litre. Les urines sont foncées; elles ne contiennent ni. sucre ni albumine.

Rien à signaler au point de vue cardio-vasculaire en -dehors de l’accélération du pouls en rapport avec la température. La tension artérielle, prise au Vaquez, est : Max. 12 — Min. 7.

Somme tout, un syndrome de bronchite aiguë.

diffuse d’origine vraisemblablement tuberculeuse.

Une radiographie pulmonaire est pratiquée le lendemain de l’admission de M. M. O. dans le service; radiographie qui montre une augmentation des ombres hilaires et un obscurcissement des deux champs pulmonaires, mais aucune image caractéristique.

Uné radiographie des deux jambes est également pratiquée, qui montre des deux côtés l’épaissement en masse des tibias avec effacement presque complet des canaux médullaires au niveau des deux cicatrices.

Le 26 mars, une recherche des bacilles de Koch dans les crachats-est négative. De nouvelles recher-.

ches, effectuées les 5, 19, 23, 28 et 30 avril, après homogénéisation, resteront négatives.

Le 28 avril, étant donnés les antécédents du malade, on pratique sur son sang diverses réactions en vue de dépister la syphilis. En voici le résultat:

Réaction de Hecht avec détermination de l’index hémolytique : + + +.

Réaction de Wassermann : .

— avec extrait simple : ++ (positif partiel);

— avec extrait cholestériné : +++ (positif).

Réaction de Kahn (standard) : +++,

L’unanimité de ces réactions confirmait le diagnostic rétrospectif d’ostéopériostite hyperostosante syphilitique, mais, jointe à l’absence persistante de baciles de Koch dans l’expectorisation, elle permettait de penser à la possibilité d’une étiologie syphilitique de la bronchite aiguë que présentait le malade.

En conséquence fut institué un traitement antisyphilitique par le cyanure de mercure en injections intra-veineuses d’abord quotidiennes, puis tous les deux jours, car très vite apparut de la gingivite. Le traitement fut continué ensuite par des injections de bismuth intra-musculaires.

On observe alors une amélioration de l’état général; la température s’abaisse et, à partir du 2 avril, se maintient à la normale.

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